La plasticité cérébrale permet-elle d’expliquer et de renverser l’autisme ?

La plasticité cérébrale permet-elle d’expliquer et de renverser l’autisme ?

Plasticité cérébrale et plasticité modal-croisée, deux phénomènes pourtant complètement distincts, sont confondus lorsque nous parlons d’autisme. Ainsi, certains chercheurs attribuent la « cause » de l’autisme à une plasticité cérébrale aberrante et souhaitent renverser le processus. 

La plasticité cérébrale (neuroplasticité, plasticité neuronale) est la capacité qu’a le cerveau à façonner ses connexions entre autres en fonction des expériences vécues et de l’environnement dans lequel il évolue. Il s’agit du remaniement des circuits nerveux et ainsi, certaines connexions neuronales ou réseaux de neurones peuvent être créés, consolidés, défaits ou réorganisés. Le cerveau est donc malléable et évolue ainsi tout au long de la vie. Ce phénomène est évidemment extrêmement complexe et plusieurs mystères demeurent.  

Par exemple, ce potentiel d’adaptation du système nerveux permet au cerveau de récupérer après des troubles ou lésions et peut également réduire les effets des altérations structurelles causés par des pathologies[1].

Lorsqu’on considère la plasticité cérébrale en autisme, plusieurs éléments sont à considérer. D’une part, nous partons du principe que le cerveau autistique comporte des lésions, des zones affaiblies, des altérations. D’autre part, nous considérons que ces « dysfonctionnements » dans le cerveau autistique proviennent d’une certaine « aberration » du phénomène de plasticité cérébrale, ce qui conduirait à des modifications inadaptées du cerveau et à des défaillances des systèmes fonctionnels nécessaires à une cognition.

Dans cet optique, certains spécialistes croient que ce potentiel d’adaptation pourrait être contrôlé pour réduire ou prévenir ces « dysfonctionnements » cérébraux. Plusieurs croient qu’il pourrait être possible de modifier le « câblage » des neurones dans le cerveau des autistes afin d’encourager, par exemple, les interactions sociales. On veut rééduquer pour remettre les circuits au bon endroit. 


Or, l’autisme ne s’explique pas par une simple plasticité cérébrale mais par une plasticité modal-croisée (réorganisation neuronale, réorganisation intermodale) !


Une distinction majeure ! La plasticité cérébrale ne permet pas de changer les fonctions des aires cérébrales alors que la plasticité modal-croisée modifie la fonction d’une aire précise dans le cerveau. 

Nous pouvons faire un parallèle avec les non-voyants de naissance qui utilisent les aires visuelles pour traiter les informations sensorielles tactiles ou sonores par exemple. Les neurones des aires visuelles ont donc une autre fonction que celle de voir.  Ce qui donne aux non-voyants un meilleur traitement de l’information non visuelle[2] qu’aux voyants. C’est ce que l’on appelle une réorganisation fonctionnelle des aires visuelles. Pour les aveugles, ce processus a lieu puisque les aires visuelles sont inactives in utéro alors le cerveau réattribue les neurones des aires visuelles à d’autres fonctions. 

Ces régions visuelles inactives sont ainsi récupérées pour optimiser, par exemple, le traitement de l’information auditive ou tactile chez les non-voyants. Les aires visuelles ont donc une autre fonction : celle de traiter les stimulus auditifs ou sonores. 

Pour Laurent Mottron, les facultés supérieures des autistes dans le domaine langagier (autistes Asperger) et de la perception (autistes prototypiques) comportent des similitudes considérables avec les personnes privées d’un sens depuis leur naissance. 

Selon les tâches données, on observe que l’activité cérébrale de certaines aires cérébrales est supérieure chez les autistes par rapport aux non-autistes. Les connexions cérébrales sont également plus élevées. « Il s’agit de régions perceptives, principalement visuelles ou auditives ainsi que d’aires associatives qui permettent d’intégrer les informations venant des différents sens.[3] » C’est ce que nous pouvons appeler une réorganisation des zones cérébrales qui n’a rien à voir avec la plasticité cérébrale ! Lorsqu’on regarde à l’IRM, les régions visuelles sont davantage activées pour traiter l’information entrante que chez les non-autistes. 

Pour simplifier le tout, nous pouvons dire que les autistes utilisent une plus grande zone perceptive (sensitive) de leur cerveau pour traiter l’information entrante. Ayant davantage de connexion, les aires perceptives (sensorielles) des autistes exercent des tâches plus complexes que les non-autistes pour traiter l’information entrante. C’est pourquoi nous parlons d’intelligence perceptive en autisme. Les autistes utilisent la perception autrement que les non-autistes.

Ce qui démontre que le cerveau des autistes ne comporte pas de lésions, mais qu’il est organisé de manière différente.

Pour aller plus loin, brièvement, ce qui distingue les prototypiques et les Asperger est le surdéveloppement de zones cérébrales précises. Le surdéveloppement des zones perceptives (qui empiètent sur les aires langagières) chez les prototypiques et le surdéveloppement des aires langagières (qui empiètent sur les aires motrices) chez les Asperger traitent une grande partie de l’information entrante. Il en résulte des habiletés perceptives chez les prototypiques et des habiletés langagières chez les Asperger. 


Ce qui permet d’expliquer, par exemple, le langage tardif chez les autistes prototypiques. Dans les deux cas, les ressources neuronales favorisent la dimension perceptive de la communication (intérêt pour le matériel imprimé, communication effective) et non celle sociale (abstraite). 

Également, en ce qui a trait aux aveugles, plus tôt survient cette réorganisation neuronale, plus le traitement de l’information auditif ou tactiles par les aires visuelles sera optimisé puisque c’est durant l’enfance que la plasticité cérébrale est plus importante. 

Le même principe survient en autisme. Ainsi, il est de loin préférable de développer les facultés perceptives des autistes afin que le développement du cerveau atteigne son plein potentiel plutôt que de forcer un développement social. Les aires sociales des autistes ne sont pas dysfonctionnelles. Ces ressources cérébrales sont sous-utilisées au profit de la perception surdéveloppée qui traitera une partie de ces informations sociales autrement. 

Comme Laurent Mottron le mentionne « la plupart des programmes d’intervention précoce adoptent une approche réparatrice en se centrant sur les intérêts sociaux. Cette stratégie pourrait monopoliser les ressources cérébrales sur un type d’information que l’enfant traite avec moins de facilité. » Selon lui, en considérant ce modèle, nous devrions « axer les interventions en bas âge sur le développement des forces cognitives particulières de l’enfant, au lieu de les concentrer uniquement sur les comportements manquants, ce qui constitue d’ailleurs une pratique qui pourrait bien lui faire manquer une occasion unique dans sa vie ». Il est alors préférable d’identifier et d’exploiter les forces et intérêts des enfants autistes, comme par exemple, en lui donnant accès au langage écrit plutôt que de les opprimer et forcer une communication sociale réciproque. Similairement aux sourds pour lesquels les facultés linguistiques sont optimisées lorsqu’ils ont accès très tôt aux langages des signes. Comme le souligne le Laurent Mottron, « l’intervention précoce en matière d’habiletés sociales et de langage chez les autistes n’a pas donné de résultats concluants. » Lorsqu’on utilise ces méthodes, « c’est comme si on criait à un sourd congénital, au lieu de l’aider avec le langage des signes. » 

Les aires perceptives du cerveau des autistes réalisent des tâches plus complexes que celles des non-autistes. Ce traitement de l’information atypique permet aux autistes de réaliser des tâches tout aussi complexes que les non-autistes, mais le chemin pour y parvenir est différent, simplement. 

Bien sûr, personne ne sait ce qu’est exactement l’autisme. Aucun marqueur biologique ni génétique permettant de l’identifier concrètement existe. Cependant, nous ne pouvons pas non plus nier que ces divergences cérébrales existent et favorisent vraisemblablement l’intelligence perceptive. Cette réorganisation cérébrale rend les autistes TRÈS réceptifs et sensibles aux détails de leur environnement. Ce fonctionnement perceptif est un traitement de l’information majoritairement via les aires sensitives ce qui favorise un mode de pensée en images, précis, objectif et concret. Cette réorganisation neuronale est une valeur adaptative naturelle du cerveau et de la diversité humaine.

Mélanie Ouimet


[1] https://www.cognifit.com/fr/plasticite-du-cerveau

[2] http://nouvelles.umontreal.ca/article/2015/08/21/la-cecite-temporaire-postnatale-provoque-une-reorganisation-durable-du-cerveau/

[3]http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf

La pensée en images, les fonctions exécutives et l’attention

La pensée en images, les fonctions exécutives et l’attention

Le « déficit » des fonctions exécutives est une problématique de plus en plus abordée lorsqu’on parle entre autres d’autisme ou de TDAH. 

Les fonctions cognitives sont les capacités de notre cerveau nous permettant de communiquer, de percevoir notre environnement, de nous concentrer, de nous souvenir d’un événement ou d’accumuler des connaissances[1]. Les fonctions exécutives et l’attention font parties de ces fonctions cognitives. 

Les fonctions exécutives représentent un ensemble hétérogène de processus cognitifs de haut niveau. Ces processus cognitifs sont associés généralement à l’intelligence d’un individu. Quand une personne a des difficultés à ce niveau, nous avons tendance à nommer cette difficultés « troubles », ou « déficit ». 

Cependant, nous oublions un élément fondamental. Les neurologies divergentes. Le fonctionnement de la société n’est basé que sur la neurologie majoritaire, celle des neurotypiques. Tous les comportements que nous pouvons observer, comme les processus cognitifs sont basés sur cette norme et également évaluer selon cette norme. 

Les autistes et les personnes ayant un TDAH ont un cerveau davantage perceptif. Quand notre cerveau analyse les informations de manière perceptive, l’ordre de pensée n’est pas linéaire. Le cerveau est bombardé de stimuli et le flux informatif est très élevé. 

Il est alors facile de se sentir perdu, confus et distrait parce qu’on n’arrive que difficilement à rendre les informations entrantes fluides et de les prioriser. Il y en a trop. 

Lorsqu’on traiter les informations de manière perceptive, il faut généralement plus de temps pour traiter les informations abstraites et les environnements changeants. Il faut les analyser de manière consciente, manuellement. Nous devons essayer de construire un scénario continu et fluide avec des images reçues de toute part, sans lien nécessairement les unes avec les autres. 

Nous avons un tas d’images, d’idées et de schémas qui circulent dans notre tête. Elles circulent extrêmement rapidement, sans ordre linéaire. Quand un imprévu ou une nouvelle tâche s’ajoute, notre schéma initial s’égare ou explose et nous devons tout refaire pour donner un sens cohérant. C’est un processus ardu et complexe. 

Plus nous apprenons à connaître notre mode de penser, plus nous devenons habiles pour conceptualiser les mots et notre environnement en image (schémas, pattern, émotions, etc.), plus nous apprenons à faire des associations rapidement entre nos images et ainsi, à être plus fonctionnel dans notre quotidien. 

Avoir un cerveau favorisant un traitement perceptif n’est pas un déficit attentionnel et ni un déficit des fonctions exécutives. 

Lorsqu’on parle d’attention et de fonctions exécutives, nous nous basons sur le fonctionnement des neurotypiques, les personnes qui ont le fonctionnement neurologique majoritaire, c’est-à-dire, une pensée linéaire, plus ordonnée. Alors, il est impossible de comparer ces deux modes de pensées qui sont totalement différents.

On ne peut pas demander à une personne d’avoir un ordre linéaire de ses pensées et de sa planification quand son mode de pensée inné est non linéaire !

Lorsque notre cerveau analyse les informations entrantes de manière perceptives, il favorise la pensée en images et la réflexion intuitive. Les pensées sont nombreuses, arborescentes et très rapide. Plus rapide que le raisonnement verbal. La confusion et la dispersion surviennent souvent et la personne peine à expliquer son raisonnement et ses pensées. Elle peut avoir l’impression d’être plongée dans un profond brouillard. 

La majorité des personnes neurodivergentes adultes ignorent ou ont ignoré leur fonctionnement. Personne n’a tenu compte de leurs particularités. Plutôt que d’adapter l’environnement et de tenir compte de leurs différences, leur entourage, le système scolaire et le milieu de travail tentent de normaliser ou ne tient tout simplement pas compte de ces particularités. Souvent, elles ont été critiquées et forcées de se mouler afin de faire comme les autres. Ces personnes passent pour paresseuses et d’irresponsables.

Les gens ne s’imaginent même pas tous les efforts que ces personnes doivent déployer pour essayer d’être fonctionnel dans leur quotidien. Elles sont incapables de planifier correctement et d’accomplir leurs tâches quotidiennes. Elles sont dispersées, confuses, anxieuses et elles doivent faire d’énormes efforts pour essayer de fonctionner au rythme de la société… mais elles n’y parviennent pas. Elles ont appris à compenser leurs difficultés attentionnelles et d’organisation plutôt que d’apprendre leur mode de fonctionnement divergent. 

La personne n’a tout simplement jamais pu capter comment elle fonctionne. Elle essaie seulement de compenser sans cesse pour être à la hauteur des exigences. Quand on compense toute sa vie, on ressent un profond sentiment de honte et d’incompétence. Le sentiment de ne jamais être à la hauteur. Le risque de développer de l’anxiété généralisée ou de sombrer dans une dépression est bien réelle. 

Notre société étant construite en fonction de la majorité, le mode de réflexion est d’établir des listes de tâches déroulantes suivant un ordre linéaire. La majorité des gens analysent les informations les unes après les autres. Les idées s’enchaînent dans l’ordre séquentiel, étapes après étapes. 

Mais quand une personne autiste, TDAH ou toutes autres personnes ayant cette pensée perceptive réfléchit, c’est une explosion d’idées et de tâches qui surviennent dans tous les sens dans le cerveau. La personne est assaillie de mots, de couleurs, d’odeurs, d’émotions, d’images, de schémas. 

Il est alors évident qu’il est impossible de « lire » le dessin non linéaire de la même manière que le dessin linéaire !

Dans l’explosion d’idées, il y a un élément central auquel il est embranché une multitudes d’autres chemins et idées. L’élément central est souvent l’idée (ou la tâche) sur laquelle on réfléchissait initialement. Il est donc essentiel de nous recentrer sur cette idée de base pour avancer et accomplir la tâche. Une idée centrale nous amène vers d’autres pensées secondaires et la personne fait des associations entres les pensées secondaires. Les cartes mentales ou le « mindmapping » pourraient très bien représenter ce mode de pensée non linéaire. 

Il est possible de mettre de l’ordre dans le chaos de nos pensées et de moins se laisser submergée par ce flot informatif. Il est essentiel tout d’abord de connaître de mode de pensée et de le respecter. Par la suite, nous pouvons nous recentrer sur nous-même et sur notre objectif principal. Et n’oublions pas, les fonctions exécutives sont des compétences qui se développent… à long terme!

Mélanie Ouimet


[1] https://aqnp.ca/la-neuropsychologie/les-fonctions-cognitives/

L’intelligence autistique

L’intelligence autistique

De nos jours, l’intelligence autistique est encore sous-estimée. Déficience intellectuelle et autisme sont largement associés dans la société en générale comme si tous deux coexistaient quasi simultanément. 

Longtemps, les premières conclusions des mesures de l’intelligence autistique ont rapporté qu’une proportion de 75% des autistes étaient déficients intellectuels (QI inférieur à 70). Aujourd’hui, officiellement, ce chiffre tourne aux alentours de 15%. Un chiffre officiel qui demeure plus élevé que le taux de déficience intellectuelle de la population générale qui est d’environ 3%. 

Bien que la proportion d’autistes diagnostiqués déficients intellectuels ait largement diminuée, il semblerait que ce chiffre soit encore erroné. Selon les recherches de Laurent Mottron, nous pouvons distinguer quatre profils autistiques prototypiques selon le langage :

  • Les autistes anciennement nommés Asperger avec un surdéveloppement langagier (10%)
  • Les autistes dont le développement du langage est tardif (30-40%)
  • Les autistes dont le développement du langage est associé à une dysphasie, dyspraxie, apraxie, etc. (20%)
  • Les autistes non verbaux (10%)

Les 15% restant seraient représentés par des autistes syndromiques dont le langage est tardif et simplifié. Ces « autistes » sont également, dans la majorité des cas, déficients intellectuels. La pertinence de cette catégorie dans l’autisme est grandement remise en question. À priori, ces personnes ont un syndrome d’origine génétique ou non : X fragile, sclérose tubéreuse, syndrome de Rett, syndrome de Cowden, syndrome de Angelman, syndrome de Timotty, maladies rares. Ces syndromes peuvent amener des comportements observables similaires à l’autisme prototypique, mais qui en réalité, n’ont rien à voir avec le fonctionnement interne de la pensée autistique. Ces deux catégories s’opposent sur de multiples critères tant et si bien qu’on ne devrait plus les réunir sous le même terme : autisme. Pourtant, autistes prototypiques et autistes syndromiques ne sont aucunement différenciés à l’heure actuelle lors des diagnostics ce qui mène à une énorme confusion et incompréhension. 

Par ailleurs, mesurer cette intelligence autistique particulière est souvent un grand défi. Le cerveau des autistes fonctionne différemment et la manière de traiter l’information est unique. Les outils pour mesurer l’intelligence autistique ne sont souvent pas adaptés à cette neurologique distincte. Les tests d’intelligence standards ne tiennent pas compte du développement cognitif, de la communication, de la mémoire, de la perception, etc. atypiques des autistes. Le surfonctionnement perceptif des autistes est à la base de l’intelligence autistique. Le traitement de l’information est totalement différent de celui des non autistes. Nous pouvons voir ce traitement de l’information perceptif dès le jeune âge lorsque l’enfant développement ces intérêts spécifiques (patterns, lettres, mécanismes). 

Pour mesurer l’intelligence des autistes, des tests perceptifs devraient être utilisés, comme les matrices progressives de Raven, un test entièrement logique ne requérant aucune instruction. Parfois, il est même nécessaire d’adapter davantage les tests d’intelligence, comme le démontre Isabelle Soulières. Certains autistes ne sont pas en mesure de pointer un choix de réponse. Pour cette raison, la neuropsychologue a adapté les tests des matrices progressives de Raven pour en faire une sorte de casse-tête. Ses recherches ont démontré que 65% des autistes ayant fait le test de Raven, considérés comme déficients intellectuels ont des capacités de résolutions de problèmes comparables aux élèves non autistes de classe régulière. Combiné aux tests de perception, les résultats sont renforcés. 

Lorsque des enfants autistes déclarés déficients intellectuels réalisent des apprentissages surprenants, voire spectaculaires, nous avons tendance à nommer ces forces comme étant « des exploits inexpliqués ». Pourtant, ces apparences d’habilités isolées font appel à l’intelligence véritable qui a été sous-exploitée et sous-estimée. Lorsque nous sommes dans l’impossibilité d’établir une communication avec l’enfant autiste, il est, dans bien des cas, considéré comme déficient intellectuel. Il en va de même lorsque l’enfant autiste est considéré comme « sévère » (anciennement nommé « lourds » ou « de bas niveau »). Les enfants dits « sévèrement atteints » ont un véritable potentiel intellectuel, même s’ils ont obtenu un score très faible au tests traditionnels de QI. 

Ainsi, il n’y a également aucune corrélation entre le développement du langage et l’intelligence pas plus qu’il n’y a de corrélation entre « autiste sévère » et déficience intellectuelle. 

Il ne faut jamais abandonner l’idée de faire des apprentissages académiques à un autiste étiqueté déficient intellectuel, et allons plus loin, il est préférable de présupposé que l’enfant est intelligent que le contraire. Cette grande confusion dans la compréhension de l’autisme dans ce secteur amène une difficulté considérable à exploiter le potentiel des autistes. 

La déficience intellectuelle n’est pas plus fréquente chez les autistes que chez les non autistes. Les autistes sont divers tout comme le sont les non autistes. Les capacités intellectuelles des autistes sont aussi variables et dans des proportions très similaires que les chez non autistes. L’autisme, la condition neurologique, n’affecte pas les facultés intellectuelles.

Mélanie Ouimet


L’intervention précoce pour enfants autistes. Nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence, Laurent Mottron, (Mardaga, 2016)

http://www.asdi-org.qc.ca/defdi.php

L’hypersensibilité perceptive des autistes

L’hypersensibilité perceptive des autistes

La majorité des gens croient que l’hypersensibilité des autistes est liée à un système d’intégration sensorielle défaillant et qu’ils doivent être stimulés pour éveiller leurs sens. 

Un autiste aborde son environnement de manière totalement différente d’un non-autiste. Par le biais de l’imagerie par résonnance magnétique (IRM), nous pouvons voir que le cerveau des autistes utilise davantage les aires sensorielles (perceptives) que les non-autistes[1]. C’est ce que nous appelons une réorganisation des aires cérébrales. Cette réorganisation entraîne un fonctionnement perceptif chez les autistes. 

Pour faire très simple, nous pourrions dire que le cerveau d’un autiste favorise des intérêts sensoriels, concrets, précis et objectifs alors que le cerveau des non-autistes favorise des intérêts généraux, subjectifs, abstraits et donc, la socialisation. 

Un autiste est un être social comme tous les humains, mais son cerveau ne priorise pas les informations sociales comme peut le faire le cerveau des non-autistes. Également, comme la perception est plus élevé, les autistes voient et ressentent une multitude de détails. Le flux sensoriel devient très important. C’est ce flux important d’information qui peut créer l’hypersensibilité et les surcharges sensorielles des autistes. Il ne s’agit donc pas d’une mauvaise intégration sensorielle. 

Comme les autistes perçoivent beaucoup plus de détails, ils n’ont aucunement besoin que l’on stimule et éveil leurs sens. Ils le sont suffisamment ! Leurs expériences sensorielles sont immenses. 

Un autiste qui est obnubilé par le tournoiement d’un ventilateur, par des roues de ses petites voitures, par des rayons lumineux ou qui passe constamment ses doigts sur ses yeux n’est pas en recherche sensorielle. Du moins, pas dans le sens que peuvent le penser les non-autistes. Cette « recherche » de stimulation sensorielle n’est pas la conséquence d’un système d’intégration sensorielle non-fonctionnel. La personne autiste recherche les attraits sensoriels par plaisir et intérêt tout comme un non-autiste recherche le bavardage social. Il joue simplement, d’une manière atypique.

Il en va de même lorsqu’un autiste fait des alignements par exemple. Ce n’est pas une mauvaise intégration sensorielle qui l’empêche d’entrer en relation avec le monde « extérieur ». L’autiste est dans le même monde, mais sa manière d’entrer en contact avec ce monde est différente. Le cerveau perceptif entraîne une pensée en image. Cette pensée est non linéaire. Par les alignements, l’autiste observe, apprend et entre en relation avec son environnement. 

Quand un autiste se balance, saute, tourne en rond, fait des bruits de bouche ou est incapable de rester en place, ce n’est pas un problème de proprioception lié à une mauvaise intégration sensorielle. Par conséquent, il n’a pas besoin de se faire balancer sur une balançoire pour combler un manque sensoriel. Ces mouvements l’aident à assimiler l’information entrante. Cette bougeotte est un mécanisme que le cerveau utilise pour aide l’autiste à se réguler et à trouver son équilibre interne. 

Dans cette même optique, certains autistes peuvent sembler indifférent à la douleur ou à la température. Il s’agit de sensations et celles-ci sont abstraites. Elles sont également nombreuses en stimuli perceptifs. Il est parfois difficile pour un autiste d’associer la sensation, par exemple, le froid, avec les frissons et tremblements de son corps. Les sensations peuvent être très diffusent. Combinées aux autres stimuli ambiants de l’environnement, les sensations deviennent alors à peine perceptibles. De plus, lorsque l’autiste a fait le lien entre les frissons, les tremblements et le froid, cela ne veut pas dire qu’il saura davantage comment se réchauffer. Il doit apprendre en plus à associer le tout avec les vêtements qui le tiendront au chaud. Il ne s’agit pas d’apprendre par cœurs la séquence, mais bien d’apprendre à l’autiste comment reconnaitre les sensations par lui-même et de faire des liens les unes avec les autres. Ensuite, il pourra mieux généraliser.

Les intérêts et les jeux des autistes qui semblent être limitatifs et stéréotypés dans leur développement ne le sont pas. Pas plus que les comportements « bizarres » et inhabituels que l’on peut observer chez eux en lien avec leurs sens. 

Quand un autiste semble avoir un besoin insatiable de stimulation sensorielle, ce n’est pas parce que son système nerveux a besoin de plus de stimuli sensoriel mais bien parce que le cerveau perceptif favorise les intérêts liés aux sens. 


Mélanie Ouimet


[1]http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf

Également en ligne au MPLV : https://www.mamanpourlavie.com/blogues/le-blogue-dune-maman-autiste/15935-l-a-hypersensibilit-perceptive-des-autistes.thtml

L’autisme n’est pas qu’un défi social et communicationnel

L’autisme n’est pas qu’un défi social et communicationnel

L’autisme se résume souvent aux défis sociaux et communicatifs. Cependant, l’autisme est beaucoup plus profond et complexe. Nous ne voyons que la fine pointe de l’iceberg. 

Ce qui est visible. 

C’est en se basant sur des observations que les spécialistes ont émis la majorité de leurs constats. Apprendre au plus vite à l’enfant autiste à parler, à communiquer, à socialiser. Entrer au plus vite l’enfant dans le monde social des non-autistes. C’est la mission que l’on se donne encore bien souvent aujourd’hui lorsqu’on offre des services en autisme. C’est selon plusieurs, la clé de la réussite. La socialisation, la communication. 

Cependant, l’autisme n’est pas un déficit social en soi. L’autiste a assurément une communication et une socialisation bien atypique, mais jamais elle n’est absente. En ce sens, l’objectif ne devrait jamais être de forcer la communication et socialisation typique mais bien de trouver des moyens de communiquer dans un langage commun : signes, sons, dessins, gestes. 

Ce qui est invisible.

Le fonctionnement interne de la pensée autistique, comme le nomme Brigitte Harrisson. Cette énorme partie qui est invisible et inaccessible aux yeux de tous ceux qui ne vivent pas l’autisme. Un autiste n’a pas du tout le même mode de pensée qu’un non-autiste et il perçoit le monde de différemment. Le cerveau d’un autiste analyse l’information de manière perceptive, c’est-à-dire que la pensée est images est favorisée. Ils voient et reçoivent une multitude de détails provenant de leur environnement. Cette pensée est très concrète ! Tout doit faire du sens et être explicite. 

Les non-autistes, quant à eux, ont une pensée davantage portée vers le linguistique, le verbe. Ils comprennent de manière innée les subtilités du langage, des expressions faciales, les concepts abstraits. Pour faire très simple, le cerveau des non-autistes a une tendance pour le social et celui des autistes tend vers le perceptif. Il n’y a pas un mode de pensée meilleur ou inférieur. Simplement des différences à apprivoiser et à comprendre. 

Quand notre pensée est préférentiellement en images, c’est toute notre manière d’être qui est différente. Percevoir, observer, appréhender, ressentir notre monde sont uniques, singulières et surprenantes. 

Quand nous percevons et ressentons tous les minuscules petits détails, nous sommes attirés vers notre environnement, vers des toutes petites choses qui sont banales et passent même totalement inaperçus pour les autres. Nos intérêts sont portés vers l’environnement plutôt que vers le social. Observer le monde qui nous entoure est une véritable fascination. Regarder fixement vers un endroit, inspection visuelle, jouer avec les doigts devant nos yeux, caresser une couverture douce, regarder le plafond, ne sont pas des comportements d’enfermement. Ils sont de véritables jeux, au même titre que pourrait l’être de jouer à la poupée ou aux petites voitures. 

Quand notre mode de pensée est en images, il est important d’avoir de la stabilité et des repères. Sans quoi, il devient difficile de se retrouver. Une image, c’est comme une photo, c’est fixe et identique. Ça ne bouge pas, ça ne change pas. Les alignements, ouvrir et fermer des portes, trimballer un objet, sont des exemples qui permettent d’explorer, de mettre de l’ordre, d’apprendre et de comprendre comment les choses bougent et changent. Sans cette liberté d’exploration, les risques sont énormes pour la personne autiste. 

Quand on reçoit une quantité faramineuse de stimuli et que nous sommes assiégés par des millions de détails, souvent, il devient difficile de se concentrer, de rester calme, de simplement assimiler l’information. Parfois, plusieurs manifestations autistiques en découlent : bougeotte, crise (effondrement autistique), se frapper la tête. Des comportements qui font non-sens aux yeux des personnes qui ne sont pas familière avec l’autisme. Ils ont cependant tous une fonction précise, à comprendre pour aider et soutenir l’autiste. 

Il faut surtout regarder plus loin que les défis sociaux et communicatifs. L’autisme cache un monde complexe et riche à découvrir et apprécier.   

Mélanie Ouimet


Également disponible sur : https://www.mamanpourlavie.com/blogues/le-blogue-dune-maman-autiste/16229-l-a-autisme-n-a-est-pas-qu-a-un-d-fi-social-et-communicationnel.thtml