Les thérapies comportementales intensives sont-elles réellement efficaces pour les autistes ?

Les thérapies comportementales intensives sont-elles réellement efficaces pour les autistes ?

Depuis 2003, au Québec, on recommande aux parents venant de recevoir un diagnostic d’autisme pour leur enfant, d’entreprendre une intervention comportementale intensive (ICI) d’environ 20 h par semaine. Ces interventions visent les jeunes enfants autistes de moins de 5 ans. L’objectif premier de l’ICI est de rendre l’enfant « moins autiste » en modifiant ses comportements. Selon le principe de l’ICI, « le plus tôt, le mieux », il faut intervenir rapidement afin que le cerveau de l’enfant reprenne son cours normal de développement.

Nous pouvons d’ailleurs retrouver sur le site de la fédération québécoise de l’autisme[1] que « le comportement de l’enfant autiste laisse présager que le mode d’éducation employé avec lui devra faire preuve d’originalité par rapport aux méthodes traditionnelles afin de l’éduquer tout en respectant sa différence. Les méthodes TEACCH et ICI (Lovaas/ABA) répondent à cette exigence et préconisent une intervention précoce et systématique. Elles sont généralement considérées comme les meilleures méthodes actuellement disponibles. »

Pourtant, comme le souligne le Dr Mottron, « l’intervention précoce en matière d’habiletés sociales et de langage chez les autistes n’a pas donné de résultats concluants. » Lorsqu’on utilise ces méthodes, « c’est comme si on criait à un sourd congénital, au lieu de l’aider avec le langage des signes. » Il dénonce également ces pratiquent dans son dernier livre l’intervention précoce pour enfants autistes. En plus de ne pas correspondent au profil particulier des autistes, ces méthodes outrepassent les droits fondamentaux des enfants et sont contraires à l’éthique. 

Plusieurs autistes et parents d’enfant autistes témoignent également dans le même sens. Par exemple, Amy Sequenzia, autiste engagée, témoigne à plusieurs reprises des mauvais traitements qu’elle a subi en suivant le modèle ABA, thérapie qu’elle a « échoué » selon les experts dû à « sa grave déficience et son QI extrêmement faible ». « Je suis fière de cet échec dans ma vie. Je suis cependant une autiste très handicapée qui a besoin de soutien, mais qui est totalement indépendante dans ce qui, à mon avis, compte le plus : ma pensée, mes idées, mes décisions, mon identité. » [2]  Dans son livre la souffrance des envahis, Johanne Leduc témoigne des atrocités que ses fils ont subi lors des interventions comportementales, il y a de cela quelques années. Elle a décidé de dénoncer ces situations absolument inacceptables que bien d’autres familles ont vécues, en silence. 

Dans ce même optique, la Cour suprême du Canada a également statué qu’il n’était pas discriminatoire de ne pas offrir de thérapie comportementale comme ABA et ICI aux enfants autistes puisque ces thérapies ne sont pas des soins requis [3]. Par conséquent, les enfants autistes qui n’auraient pas pu suivre ces thérapies ne sont pas désavantagés selon ce jugement.  C’est aussi l’avis de Laurent Mottron qui insiste sur le fait que, sans ces interventions, les enfants autistes auraient progressé dans leurs apprentissages tout de même, en suivant le cours normal de leur développement atypique. 

Forcer un enfant à parler, à regarder dans les yeux, à jouer de telle manière, même sous forme de jeux, c’est de l’ingérence et c’est une forme de violence banalisée. Lorsqu’on essaie de rendre une personne le plus « normale » et « indiscernable » que possible, nous violons les droits fondamentaux des humains et c’est contraire à l’éthique. Ces droits sont outrepassés sous prétexte que l’autisme est une maladie. Jamais il ne serait acceptable dans notre société actuelle de faire subir telles thérapies aux enfants non-autistes, et qui plus est, de manière si soutenue.

Bien qu’au fils des dernières années, les interventions comportementales semblent s’adapter un peu plus à la réalité autistique en tenant compte des intérêts des autistes, en leur laissant libre de certains gestes et rituels et que les punitions sont de moins en moins utilisées, il n’en demeure pas moins que les interventions comportementales dirigent et contrôle l’environnement, les comportements attendus et par conséquent, l’enfant lui-même. Ainsi, plutôt que d’utiliser des punitions, on utilise davantage aujourd’hui les récompenses, les renforçateurs, ou encore, on ignore volontairement quand l’enfant a un « mauvais comportement », comme une crise, un comportement opposant, un geste jugée inadéquat ou sans but précis. 

On joue dans le subconscient d’enfant. L’enfant semble s’amuser et avoir beaucoup de plaisir. Cependant, ce qu’on lui apprend véritablement, c’est que des gens « supérieurs » à lui, des figures d’autorité, peuvent le forcer à faire certaines choses et qu’ensuite, il aura une récompense. On ne lui apprend pas à tenir compte de ses préférences, de sa personnalité, de ses besoins. On ne lui permet pas de se découvrir, d’apprend à se connaître. On ne lui apprend pas à respecter ses propres limites. On ne lui apprend pas à se respecter, à respecter son corps. On ne lui apprend pas à s’affirmer, à s’opposer, à s’identifier, à se différencier, à se responsabiliser. On l’étouffe petit à petit. On le rend vulnérable. 

Ce qu’on envoie comme message à l’enfant c’est : mes comportements et mes gestes naturels sont mauvais…je suis donc mauvais, je suis nul, je n’ai pas de valeur. Quand je suis en détresse, on m’ignore. Mes émotions et mes besoins ne sont pas légitimes. 

On met une pression énorme sur l’enfant, certes, involontaire, mais bien ressentie par ce dernier qui tente de se conformer aux attentes, voire aux exigences, des adultes. Ce sont des messages subtils que l’on envoie à l’enfant. Pour certains enfants, les conséquences sont immédiates : anxiété, crises, opposition, agressivité sont augmentés. Pour d’autres, à moyen et long terme, les conséquences pourraient être désastreuses.

Les résultats sont parfois spectaculaires et très rapides lorsqu’un enfant autiste suit une thérapie comportementale intensive. Plusieurs parents constatent une « belle amélioration » chez leur enfant qui a appris à faire des demandes verbalement, qui joue davantage avec les autres enfants. Les crises sont moins fréquentes, le un contact visuel s’établit, l’attention conjointe est plus soutenue, l’opposition diminue… mais à quel prix ? Et pour combien de temps l’enfant pourrait-il contenir ainsi ses réels besoins ? Entre autres, le camouflage social est parmi les causes importantes d’anxiété, de dépression et de suicide chez les autistes [4]. Ces statistiques ne devraient-elles pas porter à réflexion sur nos méthodes éducatives ? 

On prétexte souvent qu’on doit faire ces thérapies comportementales intensives, sans quoi, l’autiste ne sera jamais autonome. Comme le mentionne Brigitte Harrisson [5] « On parle énormément de développer l’autonomie d’une personne en lui fixant l’objectif de faire seule des tâches : faire son lit, se préparer un repas, faire les courses au supermarché. Cependant, lorsqu’on parle d’autisme, ce n’est pas cette autonomie-là qu’il faut essayer d’installer en premier lieu. » L’autiste doit avant tout prendre conscience de son corps, pouvoir déceler ses besoins, ses sensations, c’est l’essentiel ! 

Lorsqu’on dirige les activités en contrôlant l’environnement et les objets, on ne permet pas à l’enfant de se développer selon son potentiel unique, selon qui il est véritablement. Nous exerçons une forme de contrôle sur ses comportements et sur ses apprentissages, et même lorsque le tout est fait sous forme de jeu et que l’enfant démontre du plaisir. En utilisant des récompenses, on élimine également la motivation intrinsèque de l’enfant. On dirige les activités de l’enfant pour le normaliser là où nous devrions le laisser aller, l’observer et comprendre ses comportements, ses intérêts, ses motivations. Nous devrions aller à sa rencontre, simplement. Sans attente préconçue. 

Ces principes de conditionnement comportemental sont bien ancrés dans notre société pour les enfants et même pour les adultes. Cela est d’autant plus vrai pour les enfants autistes. Nous croyons qu’il n’existe aucun autre moyen pour favoriser l’autonomie d’un enfant. Alors qu’au fond, il n’y a aucune bonne raison à utiliser des méthodes béhaviorales.

Par ailleurs, lorsqu’on laisse l’enfant décider de son activité, on crée un sentiment de sécurité, un lien de confiance peut se tisser. En allant vers lui, plutôt que d’imposer l’environnement, nos règlements, nos jeux, l’enfant se sent reconnu pour qui il est. Aller vers lui nous permet de comprendre ses besoins et de comprendre le sens de ses comportements, mêmes ceux qui en apparence, semblent être sans but précis et nuisibles au développement de l’enfant. Les comportements sont tous porteurs d’un message ! 

Comme le mentionne Joël Monzée[6] « Il est clair qu’une posture d’accompagnement peut parfois s’avérer moins rapide qu’une intervention béhaviorale qui tend à conditionner la personne pour éviter l’apparition des comportements dérangeants. Toutefois, cela s’inscrit surtout beaucoup plus profondément, puisque la personne se responsabilise tout en développant ses habiletés affectives et sociales, ce qui est l’objectif d’une intervention éducative et qui devrait teinter la direction thérapeutique proposée par un professionnel de la santé. » 

Ainsi, nous devrions favoriser les périodes d’exploration libre plutôt que de contrôler les activités de l’enfant autiste. Nous devrions nous intéresser à ses intérêts spéciaux en nous incluant de manière parallèle si besoin au départ, et non intrusive, à ses jeux, même si ceux-ci ne font pas de sens pour nous. Nous ne devrions pas chercher d’interactions sociales spontanées ou d’indices sociaux typiques. Nous pouvons alimenter ses apprentissages en imitant et en complexifiant son jeu à côté de lui et non avec lui directement en forçant une relation de réciprocité émotionnelle et sociale.

On lui permettra de se définir puisqu’il pourra prendre conscience de son corps. Il pourra ressentir ses émotions, ses sensations qui sont à la base même de ses besoins. On nous dit constamment que les autistes n’ont pas ou peu d’émotions, qu’ils ne sont pas capables de les reconnaître ou de reconnaître celles des autres, qu’ils ne savent pas reconnaître leurs sensations… Mais on les prive dès leur plus jeune âge de ces découvertes perceptives !

Le cerveau d’un autiste fonctionne différemment du cerveau d’un non-autiste. Nous pouvons observer à l’IRM. Il y a une réorganisation des zones cérébrales (cross-modal plasticity)[7]. Les autistes utilisent davantage leur aires perceptives (sensorielles) pour intégrer les informations venant des différents sens. Ce fonctionnement n’est pas anormal, il est simplement différent de la majorité des gens. Ainsi, les autistes sont des êtres humains qui se développent à leur rythme comme n’importe quel autre être humain. « Pourquoi les gens essaient-ils de tirer dessus au lieu de les alimenter afin qu’ils se développement ? L’urgence est-elle que l’on doive gaspiller des vies ? » se demande Brigitte Harrisson[8]

On manipule l’environnement de l’enfant, on guide, on dirige ces comportements. On souhaite rendre « normaux » les autistes, parfois même sans s’en apercevoir. On croit véritablement agir pour leur bien. « C’est ce qui arrive quand on adopte une approche suivant un modèle médical de l’autisme – quand on considère que les personnes autistes sont brisées, désordonnées ou malades. [9]» nous mentionne Shona Davison, autiste et mère de deux enfants autistes, qui dénonce ces pratiques comportementales. « Nous nous efforçons de faire des choses qui nous font mal ou que nous rendent mal à l’aise, ce qui explique en partie les taux élevés de problèmes de santé mentale et de suicide dans notre communauté. »

Également, lors des interventions comportementales intensive, on cherche à rendre l’enfant autiste plus social, or, l’autisme n’est pas un déficit social. On cherche à modifier ou à masquer les comportements jugés problématiques alors que ces comportements ont tous une raison d’être qu’il est essentiel de comprendre. On cherche à faire acquérir différentes compétences rapidement alors que l’autiste n’est simplement pas rendu à ces étapes dans son développement. On tente de faire acquérir des compétences à l’enfant autiste ou de lui faire rattraper son dit retard sans tenir compte de son développement unique. Il n’est pas en retard ! Il n’a pas de déficit ! 

Certaines aptitudes s’expriment à un autre moment que celui attendu ou de manière différente, simplement. Pouvons-nous respecter le développement des autistes ? Pouvons-nous simplement respecter le développement unique de chaque humain ? Même si parfois, ce développement nous inquiète ? Même si parfois, les comportements qui en découlent bousculent nos croyances, nos attentes ? 

On transpose d’immense craintes, voire angoisses sur les parents en leur laissant toutes sortes de fausses croyances sur l’autisme. On leur transmet l’urgence d’agir au plus vite afin de permettre un meilleur « rattrapage » de leur enfant. Alors qu’en fait, tout ce que l’enfant a besoin, c’est d’être compris et respecté pour ce qu’il a offrir. Le parent a assurément besoin d’être rassuré sur les comportements de son enfant et non pas d’être alarmé devant la singularité de son enfant. 


Mélanie Ouimet


Pour voir l’analyse complète faite par Michelle Dawson THE MISBEHAVIOUR OF BEHAVIOURISTS Ethical Challenges to the Autism-ABA Industry

http://www.sentex.net/~nexus23/naa_aba.html


[1] http://www.autisme.qc.ca/tsa/methodes-educatives-interventions.html

[2] https://awnnetwork.org/my-thoughts-on-aba/

[3] http://www.sentex.net/~nexus23/naa_scd.html

[4] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5509825/

[5] L’autisme expliquer aux non-autistes, Brigitte Harrisson et Lise St-Charles, TRECARRÉ, 2017

[6] J’ai juste besoin d’être compris, Joël Monzée, Le DAUPHIN BLANC, 2015

[7] Barbeau, E.B., Lewis, J.D., Doyon, J., Benali, H, Zeffiro, T.A., & Mottron, L. 2015

[8] L’autisme expliquer aux non-autistes, Brigitte Harrisson et Lise St-Charles, TRECARRÉ, 2017

[9] https://autisticuk.org/does-aba-harm-autistic-people/

TDAH : une pathologie?

TDAH : une pathologie?

Le livre « pourquoi être ordinaire quand on peut être spécial » de Sylvain Guimond et Johanne Lévesque dernièrement paru amène un regard positif sur le TDAH. 

Derrière ce livre, nous pouvons y lire ce passage en guise de prémisse « En réalité, chacun de nous est unique et spécial, ce qui donne sa beauté à notre monde. Cependant, la crainte de sortir de rang nous a amenés collectivement à identifier nos différences et à la cataloguer. La société a alors diagnostiqué des pathologies parfois insensées, sinon dangereuses et aux conséquences trop souvent malheureuses pour nous, nos enfants, et notre avenir. »

Un passage fort qui dérange, chamboule et remue notre vision collective sur les troubles mentaux maintenant diagnostiqués en masse. Je me demande comment avons-nous pu en arriver là? Comment l’observation de comportements atypiques a-t-elle pu mener à une telle dérive envers des êtres humains?  Comment pouvons-nous comparer, rabaisser, étiqueter des humains entre eux? Mais qui a décidé d’établir que le cerveau humain devrait être uniforme? Qui a donc mis la ligne de la normalité à ne pas franchir ? Qui a pu se permettre d’affirmer qu’un cerveau est sain et l’autre troublé? 

Aujourd’hui, nous assistons au cirque du TDAH. Une maladie, un trouble, un déséquilibre inventé de toutes pièces. Des médecins, des pédiatres, des psychiatres et d’autres spécialistes ont autoproclamé les comportements des personnes ayant un TDAH comme des troubles, des pathologies, des déséquilibres conduisant des réactions démesurées, exacerbées et disproportionnées. 

Le cirque du TDAH dans lequel le TDAH est devenu le mal du siècle. Un mal épidémiologique qui s’en prend à nos enfants. Un mal pour lequel il est urgent de trouver les causes, un remède. Un mal que l’on doit guérir ! 

Un cirque où l’on pointe du doigt ces enfants comme étant des mal élevés, des colériques, paresseux et d’hyperémotifs, des impulsifs, des incapables ! Nous avons préféré voir un trouble en ces enfants, en ces adultes, plutôt que de voir en eux un potentiel créatif, authentique, sensible et unique. Nous avons préféré choisir la voie pharmacologique plutôt que la voie de la remise en question de notre fonctionnement sociétaire. 

Or, pour avoir ce potentiel créatif débordant et cette pensée hors du cadre, il est essentiel que notre cerveau soit moins inhibée, moins restreint par le cadre social, plus spontanée, plus intuitif, rapide et logique. Des différences cérébrales à la base même de la neurologique du « TDAH ». Une différence que l’on s’empresse de remédier par des médicaments. Des médicaments qui petit à petit éliminent cette richesse qu’est la diversité humaine. 

Nous avons inventé une maladie de toute pièce au bonheur de l’industrie pharmaceutique : le TDAH

À aucun moment, ces experts semblent avoir cru bon de se demander comment pouvait se sentir une personne ayant un TDAH au-delà de ses défis sociaux et environnementaux.

Investiguer sur le « trouble » a primé sur l’être humain tant et si bien que l’être humain se croit lui-même réellement trouvé et inférieur. Bien que les médicaments puissent être indispensables dans des cas d’exception, nous semblons avoir généraliser cette option comme étant LA bonne solution et nous semblons l’avoir justifié par le TROUBLE. Le mot « trouble » rend donc le traitement pharmacologique quasi obligatoire.

Pendant ce temps, des humains souffrent. Des humains qui essaient de faire comme les autres, mais qui n’y parviennent pas. Des humains qui se demandent ce qu’ils ont de mauvais en eux. Des humains qui se cherchent et se dévalorisent. Des humains ayant une neurologie divergente qu’on demande d’effacer. Des humains à qui on demande d’effacer l’essence même de leur personnalité et de leur âme. 


Mélanie Ouimet

La symphonie des détails

La symphonie des détails

Percevoir ces éclats que nous offrent la nature et le monde fascinent et nous amènent à effleurer le bonheur dans toute sa simplicité et dans toute son authenticité.

Le fonctionnement perceptif en autisme est démontré depuis plusieurs années déjà. Cette perception rend les autistes très réceptifs et sensibles aux détails de leur environnement. Le flot de stimuli devient alors très important pour nous. Comme les autistes perçoivent beaucoup plus de détails, nos sens sont perpétuellement en état d’éveil. Contrairement à ce que certains croient encore, nos expériences sensorielles sont généralement bien plus grandes que la majorité des gens. 

Nous voyons le monde en fragments d’images, d’émotions, de sensations, de sons, de formes, de couleurs. Nous sommes assaillis par les détails physiques et psychiques qui émergent de partout pour lesquels nous essayons souvent de donner un sens tant bien que mal.   

On dit souvent, particulièrement à l’âge préscolaire, que les autistes ont des intérêts restreints, qu’ils n’entrent pas en contact avec leur environnement, qu’ils ne font rien de leur journée. Ils peuvent sembler être inaccessibles et incapables d’entrer en relation. Pourtant, lorsqu’on prend le temps de les observer avec un autre œil, sans préjugés, sans attentes, on se retrouve souvent être fasciné devant l’enfant singulier qui est devant nous. 

Observer le visage de votre enfant qui s’illumine lorsqu’il fait couler l’eau du robinet, qu’il regarde le plafond, qu’il fait tourner les roues de voitures. Vous verrez alors ses émotions qui vous semblent si souvent absentes. Parfois, il éclatera de rire sans que vous compreniez pourquoi. Mais souvenez-vous qu’il ne rit pas sans but. Il pourrait rire des ombres des feuilles projetées au sol par la fenêtre, des crépitements du feu de foyer, des sensations de joie que lui procure le tournoiement sur lui-même. Bien qu’étrange vu de l’extérieur, ces expériences sensorielles sont variées et enrichissantes.

Recueillir toutes ces parcelles que m’offrait mon environnement m’émerveillaient lorsque j’étais enfant. Clignoter sans cesse des yeux en alternance ou les entrouvrir à peine pour y laisser passer le plus minuscule rayon de lumière. Voir les rayons se diviser entre eux, voir la brillance de leur couleur dorée. Passer les doigts devant mes yeux pour y laisser passer les rayons de soleil. Pour faire une mélodie rythmée, entre luminosité, brillance et ombre. Faire disparaître, faire apparaître. Mettre les doigts près des yeux pour attraper du bout de ceux-ci les feuilles au sommet des arbres. Passer le sable réchauffer par le soleil entre mes mains et regarder toutes les couleurs que chaque petit grain de sable unique pouvait offrir.   

Les autistes sont des êtres sociaux comme tous les êtres humains et ils ne demandant qu’à entrer en relation. De percevoir tous ces détails demande souvent de découvrir le monde progressivement, à notre rythme, sans se sentir bousculer. Même s’il semble ignoré ses parents, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’enfant autiste n’est pas dépourvu d’affection pour eux. Il a par ailleurs immensément besoin de chaleur humaine, de se sentir aimé et en sécurité pour s’ouvrir à cette délicate sensibilité. 

Nous apprenons à vivre avec les multiples contradictions des êtres humains et réalisons à quel point la société se joue la comédie. Cette sensibilité accrue nous pousse instinctivement à s’isoler et à préférer profiter de la richesse que nous offre la nature qui ne trahie jamais. Doucement, on apprend à se laisser aller à de ressentir viscéralement l’atmosphère et d’être imprégné par la détresse et la souffrance de l’humanité entière. On apprend à ressentir des émotions profondes, les nôtres et celles des autres qui nous insufflent souvent malgré nous. On conjugue avec cette sensibilité nourrissante et drainante. Ressentir intensément, c’est d’apprendre à apprivoiser la vulnérabilité et grandir avec elle comme une alliée qui nous rend plus fort. 

La symphonie des détails c’est de percevoir les parcelles de couleurs de la vie dans toute sa beauté florissante et vacillante. 

Mélanie Ouimet


Disponible également sur le MPLV : https://www.mamanpourlavie.com/blogues/le-blogue-dune-maman-autiste/16891-la-symphonie-des-d-tails.thtml

La propreté : un concept parfois complexe pour les autistes

La propreté : un concept parfois complexe pour les autistes

L’apprentissage de la propreté est un concept parfois laborieux à comprendre pour les autistes. Il faut savoir en premier temps que l’autisme n’empêche pas la propreté.

Si une personne autiste est aux couches à un âge très tardif, ce n’est pas l’autisme la cause, mais l’incompréhension de l’autisme qui prive l’autiste d’assimiler le concept de la propreté. 

Lorsqu’on essaie d’apprendre à un enfant autiste la propreté, nous avons tendance à l’encourager avec un système de récompenses. Premièrement, nous oublions que la propreté d’un autiste peut arriver un peu plus tardivement que la moyenne et que c’est indépendant de la volonté de l’enfant. Il ne sera donc ni rare ni anormal qu’un enfant autiste de 4-5 ans, parfois un peu plus, porte des couches.  

Mais surtout, plusieurs ignorent que parfois, l’enfant autiste n’a pas conscience de toutes les parties de son corps. Il ne sait pas qu’il a une vessie et ne fait pas le lien entre le liquide par terre et son corps qui vient d’éliminer son pipi. Il ne sait pas intuitivement qu’il faut faire ses besoins seulement dans la toilette et non dans ses culottes ou sur le plancher. Il ne sait pas qu’il peut faire ses besoins ailleurs que dans la toilette de sa maison. Il ne sait pas qu’il peut aller faire pipi quand il ressent seulement une petite envie non urgente, ce qui permet d’éviter les accidents. Il ne sait pas qu’il ne peut pas faire ses besoins dehors comme les animaux. Il ne sait pas que la sensation qu’il ressent dans son corps est en lien avec l’élimination de son urine ou de ses selles. Ce sont tous des exemples de pistes à explorer qui, si nous l’ignorons, peuvent empêcher l’enfant autiste d’acquérir la propreté. 

L’autiste peut également avoir besoin qu’on lui explique tout le processus d’élimination des déchets biologiques pour comprendre logiquement le concept de propreté. Il faut généralement être très explicite avec les autistes pour qu’ils puissent acquérir et bien comprendre de nouveaux concepts comme celui de la propreté. Il ne faut pas hésiter à prendre du papier et des crayons pour dessiner ou mieux encore, lui montrer par l’exemple ! Et ce, même si l’enfant est non verbal, il comprend. 

Par ailleurs, il n’est pas rare d’entendre que les autistes jouent dans leurs excréments et font de jolies œuvres d’art sur les murs ! Encore une fois, ce n’est pas la condition autistique qui génère cette problématique ou une déficience intellectuelle associée à l’autisme. Certains jeunes enfants, autistes ou non autistes, expérimentent le plaisir de jouer dans leurs selles. Pour les enfants, les selles ne sont pas sales et ils n’ont pas encore l’émotion de dégoût associée à leurs selles. Ce comportement fait partie du développement des enfants et s’étend parfois plus longtemps pour les autistes, pour qui le plaisir passe par le sensoriel avant le social. 

Cependant, pour certains autistes, parfois, cette phase perdure et il est important d’aider la personne autiste à comprendre que les selles ne sont pas propres. Par le même principe, la personne autiste n’a pas nécessairement la conscience naturelle et innée que les textures brunes qui se retrouvent dans sa couche ou par terre sont ses excréments. Ils ne peuvent pas savoir et comprendre que « ce n’est pas propre et qu’il y a plusieurs bactéries nocives pour leur santé ». Ils ont besoin d’avoir une explication claire et logique. Et parfois, selon l’âge chronologique, ce principe logique ne peut être compris, que l’on soit autiste ou non. Ce n’est pas un signe de déficience quelconque lié à l’autisme. 


Les autistes sont des êtes perceptifs. L’abstrait est complexe pour eux. Il faut revenir à la base et s’assurer avant toute chose que l’enfant autiste ressent ses sensations internes et qu’il a bien conscience de son corps et de ses frontières entre lui et son environnement. 

Plus l’enfant grandira, plus il sera en mesure de comprendre et d’assimiler le concept lorsqu’on lui explique concrètement et non en le motivant par des systèmes de récompenses car on court le risque que l’autiste demeure aux couches toute sa vie ou qu’il ne sache pas généraliser ce concept comme bien d’autres d’ailleurs. 

Mélanie Ouimet


Aussi disponible sur le MPLV: https://www.mamanpourlavie.com/blogues/le-blogue-dune-maman-autiste/17285-la-propret-un-concept-parfois-complexe-pour-les-autistes.thtml

La plasticité cérébrale permet-elle d’expliquer et de renverser l’autisme ?

La plasticité cérébrale permet-elle d’expliquer et de renverser l’autisme ?

Plasticité cérébrale et plasticité modal-croisée, deux phénomènes pourtant complètement distincts, sont confondus lorsque nous parlons d’autisme. Ainsi, certains chercheurs attribuent la « cause » de l’autisme à une plasticité cérébrale aberrante et souhaitent renverser le processus. 

La plasticité cérébrale (neuroplasticité, plasticité neuronale) est la capacité qu’a le cerveau à façonner ses connexions entre autres en fonction des expériences vécues et de l’environnement dans lequel il évolue. Il s’agit du remaniement des circuits nerveux et ainsi, certaines connexions neuronales ou réseaux de neurones peuvent être créés, consolidés, défaits ou réorganisés. Le cerveau est donc malléable et évolue ainsi tout au long de la vie. Ce phénomène est évidemment extrêmement complexe et plusieurs mystères demeurent.  

Par exemple, ce potentiel d’adaptation du système nerveux permet au cerveau de récupérer après des troubles ou lésions et peut également réduire les effets des altérations structurelles causés par des pathologies[1].

Lorsqu’on considère la plasticité cérébrale en autisme, plusieurs éléments sont à considérer. D’une part, nous partons du principe que le cerveau autistique comporte des lésions, des zones affaiblies, des altérations. D’autre part, nous considérons que ces « dysfonctionnements » dans le cerveau autistique proviennent d’une certaine « aberration » du phénomène de plasticité cérébrale, ce qui conduirait à des modifications inadaptées du cerveau et à des défaillances des systèmes fonctionnels nécessaires à une cognition.

Dans cet optique, certains spécialistes croient que ce potentiel d’adaptation pourrait être contrôlé pour réduire ou prévenir ces « dysfonctionnements » cérébraux. Plusieurs croient qu’il pourrait être possible de modifier le « câblage » des neurones dans le cerveau des autistes afin d’encourager, par exemple, les interactions sociales. On veut rééduquer pour remettre les circuits au bon endroit. 


Or, l’autisme ne s’explique pas par une simple plasticité cérébrale mais par une plasticité modal-croisée (réorganisation neuronale, réorganisation intermodale) !


Une distinction majeure ! La plasticité cérébrale ne permet pas de changer les fonctions des aires cérébrales alors que la plasticité modal-croisée modifie la fonction d’une aire précise dans le cerveau. 

Nous pouvons faire un parallèle avec les non-voyants de naissance qui utilisent les aires visuelles pour traiter les informations sensorielles tactiles ou sonores par exemple. Les neurones des aires visuelles ont donc une autre fonction que celle de voir.  Ce qui donne aux non-voyants un meilleur traitement de l’information non visuelle[2] qu’aux voyants. C’est ce que l’on appelle une réorganisation fonctionnelle des aires visuelles. Pour les aveugles, ce processus a lieu puisque les aires visuelles sont inactives in utéro alors le cerveau réattribue les neurones des aires visuelles à d’autres fonctions. 

Ces régions visuelles inactives sont ainsi récupérées pour optimiser, par exemple, le traitement de l’information auditive ou tactile chez les non-voyants. Les aires visuelles ont donc une autre fonction : celle de traiter les stimulus auditifs ou sonores. 

Pour Laurent Mottron, les facultés supérieures des autistes dans le domaine langagier (autistes Asperger) et de la perception (autistes prototypiques) comportent des similitudes considérables avec les personnes privées d’un sens depuis leur naissance. 

Selon les tâches données, on observe que l’activité cérébrale de certaines aires cérébrales est supérieure chez les autistes par rapport aux non-autistes. Les connexions cérébrales sont également plus élevées. « Il s’agit de régions perceptives, principalement visuelles ou auditives ainsi que d’aires associatives qui permettent d’intégrer les informations venant des différents sens.[3] » C’est ce que nous pouvons appeler une réorganisation des zones cérébrales qui n’a rien à voir avec la plasticité cérébrale ! Lorsqu’on regarde à l’IRM, les régions visuelles sont davantage activées pour traiter l’information entrante que chez les non-autistes. 

Pour simplifier le tout, nous pouvons dire que les autistes utilisent une plus grande zone perceptive (sensitive) de leur cerveau pour traiter l’information entrante. Ayant davantage de connexion, les aires perceptives (sensorielles) des autistes exercent des tâches plus complexes que les non-autistes pour traiter l’information entrante. C’est pourquoi nous parlons d’intelligence perceptive en autisme. Les autistes utilisent la perception autrement que les non-autistes.

Ce qui démontre que le cerveau des autistes ne comporte pas de lésions, mais qu’il est organisé de manière différente.

Pour aller plus loin, brièvement, ce qui distingue les prototypiques et les Asperger est le surdéveloppement de zones cérébrales précises. Le surdéveloppement des zones perceptives (qui empiètent sur les aires langagières) chez les prototypiques et le surdéveloppement des aires langagières (qui empiètent sur les aires motrices) chez les Asperger traitent une grande partie de l’information entrante. Il en résulte des habiletés perceptives chez les prototypiques et des habiletés langagières chez les Asperger. 


Ce qui permet d’expliquer, par exemple, le langage tardif chez les autistes prototypiques. Dans les deux cas, les ressources neuronales favorisent la dimension perceptive de la communication (intérêt pour le matériel imprimé, communication effective) et non celle sociale (abstraite). 

Également, en ce qui a trait aux aveugles, plus tôt survient cette réorganisation neuronale, plus le traitement de l’information auditif ou tactiles par les aires visuelles sera optimisé puisque c’est durant l’enfance que la plasticité cérébrale est plus importante. 

Le même principe survient en autisme. Ainsi, il est de loin préférable de développer les facultés perceptives des autistes afin que le développement du cerveau atteigne son plein potentiel plutôt que de forcer un développement social. Les aires sociales des autistes ne sont pas dysfonctionnelles. Ces ressources cérébrales sont sous-utilisées au profit de la perception surdéveloppée qui traitera une partie de ces informations sociales autrement. 

Comme Laurent Mottron le mentionne « la plupart des programmes d’intervention précoce adoptent une approche réparatrice en se centrant sur les intérêts sociaux. Cette stratégie pourrait monopoliser les ressources cérébrales sur un type d’information que l’enfant traite avec moins de facilité. » Selon lui, en considérant ce modèle, nous devrions « axer les interventions en bas âge sur le développement des forces cognitives particulières de l’enfant, au lieu de les concentrer uniquement sur les comportements manquants, ce qui constitue d’ailleurs une pratique qui pourrait bien lui faire manquer une occasion unique dans sa vie ». Il est alors préférable d’identifier et d’exploiter les forces et intérêts des enfants autistes, comme par exemple, en lui donnant accès au langage écrit plutôt que de les opprimer et forcer une communication sociale réciproque. Similairement aux sourds pour lesquels les facultés linguistiques sont optimisées lorsqu’ils ont accès très tôt aux langages des signes. Comme le souligne le Laurent Mottron, « l’intervention précoce en matière d’habiletés sociales et de langage chez les autistes n’a pas donné de résultats concluants. » Lorsqu’on utilise ces méthodes, « c’est comme si on criait à un sourd congénital, au lieu de l’aider avec le langage des signes. » 

Les aires perceptives du cerveau des autistes réalisent des tâches plus complexes que celles des non-autistes. Ce traitement de l’information atypique permet aux autistes de réaliser des tâches tout aussi complexes que les non-autistes, mais le chemin pour y parvenir est différent, simplement. 

Bien sûr, personne ne sait ce qu’est exactement l’autisme. Aucun marqueur biologique ni génétique permettant de l’identifier concrètement existe. Cependant, nous ne pouvons pas non plus nier que ces divergences cérébrales existent et favorisent vraisemblablement l’intelligence perceptive. Cette réorganisation cérébrale rend les autistes TRÈS réceptifs et sensibles aux détails de leur environnement. Ce fonctionnement perceptif est un traitement de l’information majoritairement via les aires sensitives ce qui favorise un mode de pensée en images, précis, objectif et concret. Cette réorganisation neuronale est une valeur adaptative naturelle du cerveau et de la diversité humaine.

Mélanie Ouimet


[1] https://www.cognifit.com/fr/plasticite-du-cerveau

[2] http://nouvelles.umontreal.ca/article/2015/08/21/la-cecite-temporaire-postnatale-provoque-une-reorganisation-durable-du-cerveau/

[3]http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf