Les crises sont nécessaires!

Les crises sont nécessaires!

Les crises ont une connotation bien négative et tout être humain enclin à ces comportements est souvent jugé par la société, voir méprisé. Les parents ayant un enfant qui fait une crise en public sont également jugés sévèrement et surtout, injustement. 

Je vous propose de pousser la réflexion un peu plus loin que la simple observation d’un comportement et ainsi, essayer de changer la perception péjorative du mot crise. 

Par définition, une crise est une rupture d’équilibre. La crise a alors une fonction vitale pour les êtres humains, soit de rétablir l’équilibre émotionnel interne. 

Les crises sont le résultat d’une accumulation de tension insoutenable. Un grand bouleversement émotionnel déstabilise la personne. Cette tempête émotionnelle s’impose à elle. C’est le chaos à l’intérieur de soi. 

Lorsque la crise s’exprime, la tension s’évacue. Ce sont par des manifestations parfois bruyantes, parfois silencieuses qu’un individu espère faire entendre sa souffrance par son entourage pour ainsi pouvoir retrouver son bien-être. 

Dans notre société, nous avons tendance à favoriser les émotions calmes. Les crises (les surcharges en autisme) sont irritantes et troublantes et difficiles à accueillir. Les émotions, bien que souvent réprimer dans notre société, sont nécessaires.  Les émotions font peur, les fortes émotions à l’état pures effraies. Pourtant, plus nous accompagneront un individu tôt dans l’enfance dans ces moments de crises intenses, plus ce dernier les apprivoisera. Plus nous l’aideront à mettre des mots sur les déclencheurs et sur les émotions ressentis, plus la personne sera en mesure de comprendre ses émotions et de les gérer et n’en saura plus effrayée. 

Les crises ne doivent pas nécessairement être perçues comme un moment négatif. Nous avons tendance à confondre sentiments et émotions. Une émotion est physiologique et comprend trois phases : charge, tension, décharge. C’est la décharge qui permet à la personne de se soulager. Ce que l’on nomme « crise » est le processus de décharge émotionnel. Nous demandons à l’enfant ou l’adulte de se calmer, mais en fait, c’est justement la crise en soi qui calme la personne. 

C’est la crise qui calme la personne!

Il ne faut jamais banaliser une crise même si les événements déclencheurs semblent futiles. Jamais ne nous devons juger les émotions ou la sensibilité sensorielle d’autrui. Ce qui semble exagération pour une personne est vécu différemment pour une autre.

Ainsi, lorsque nous accompagnons la personne en accueillant son émotion, en l’écoutant et en laissant toute la place à l’expression de ce qu’elle vit intérieurement, nous l’aidons à bien vivre ce moment et à apprivoiser ses émotions. Nous lui permettons de ne plus être effrayée et submergée par ses émotions. Nous l’aidons à gérer son anxiété.  Nous aidons l’enfant à faire face à ses émotions et ses impulsions. Nous lui donnons des outils pour mieux gérer ces tempêtes et ses émotions envahissantes. Graduellement, nous favorisons les bonnes connections neuronales dans son cerveau qui lui permettrons de faire face aux situations de la vie de manière plus sereine non plus en se laissant envahir mais bien en traversant avec confiance ses émotions. Nous lui permettons de mieux se connaître ce qui lui donnera des outils également pour mieux gérer les surcharges sensorielles. Il apprendra à reconnaître les déclencheurs et connaîtra ses limites. 

Il ne faut pas avoir honte que notre enfant fasse une crise en public, même si le regard des autres semble nous mépriser. Entrez dans une bulle avec votre enfant et oublier l’extérieur. Accompagnez-le avec confiance et douceur. À ce moment, il n’existe que vous et lui. Faites-vous confiance. Vous savez ce dont votre enfant a besoin. 


Mélanie Ouimet

Dans la tête d’une personne autiste

Dans la tête d’une personne autiste

En tant que parents d’enfant autiste, nous sommes souvent confrontés aux nombreuses crises magistrales et autres comportements « bizarres » ou déstabilisants de notre enfant. 

Pour bien faire, plusieurs personnes ont tendance à vouloir faire disparaître les comportements dont ils ne comprennent pas la source. En faisant « disparaître » le comportement, que ce soit par des thérapies comportementales ou par des médicaments, on croit que la personne autiste ne souffre plus et qu’elle va mieux. 

Le cerveau des autistes est connecté différemment des non autistes. Les autistes traitent l’information et les émotions de manière différente. Ces connexions différentes amènent les autistes à avoir des manifestations et des gestes particuliers. Ce que les non autistes appellent : trouble de comportement. 

Ce que la majorité des gens ignorent, c’est qu’il y a toujours une raison aux comportements des autistes, que ce soit les crises, les multiples réveils nocturnes, « l’automutilation », l’autostimulation, l’acquisition de la propreté, l’agressivité, l’impulsivité, l’irritabilité, l’agitation, etc.

Tant et aussi longtemps que ces comportements ne seront pas compris ou qu’ils seront ignorés, la personne autiste ne pourra pas progresser pleinement. L’autiste n’apprend à gérer sa structure interne et tôt ou tard, son autonomie, son potentiel et son état émotionnel en seront affectés. D’autres problèmes et « troubles de comportement » seront possiblement générés. 

Les gestes et manifestions des autistes sont souvent des mouvements qui aident le cerveau à traiter les nouvelles informations. Ces gestes particuliers peuvent représenter simplement l’expression d’une émotion comme le battement des mains « flapping ». Ils peuvent aussi aider à la concentration, à l’assimilation de nouveaux apprentissages. 

C’est un moyen que le cerveau a trouvé pour aider à demeurer en équilibre interne. 

Les autistes se sentent souvent agressés par leur environnement et par leur entourage. Trop de bruits, trop de lumière, des contacts physiques, des non-sens, des incompréhensions face à l’autisme, des incompréhensions sociales, des interventions non adéquates, etc.

Lorsque ces gestes sont brimés, ignorés ou encore lorsque le cerveau de la personne autiste devient incapable de gérer les nouvelles informations entrantes, on peut voir apparaître des comportements agressifs, impulsifs, de « l’automutilation », des crises (surcharge sensorielle-émotive), etc. 

Par exemple, lorsqu’une personne autiste se frappe sur la tête, il ne s’agit pas d’un trouble de comportement nommé automutilation. Un autiste n’a aucune intention d’automutilation ! Il s’agit plutôt d’une manifestation autistique dû à la surcharge sensorielle qu’il subit. Il s’agit d’une déstabilisation vécue à l’intérieur. Par ces manifestations, la personne autiste essaie de retrouver son équilibre interne. Effectuer une pression sur la tête est le moyen rapide qu’un autiste a pour essayer de retrouver la paix intérieure.

L’autiste essaie généralement de comprendre une information complexe qu’il a reçu de son environnement et qui est extrêmement difficile pour lui de traiter. L’autiste essaie par tous les moyens d’enrayer son mal-être intérieur. Il lance un véritable appel à l’aide car il est dépourvu d’outils pour gérer son malaise interne et d’outils pour nous le communiquer. 

Il est important d’intervenir adéquatement sans quoi, nous accentuons ce malaise interne chez la personne autiste. Un autiste agressé deviendra un autiste « agressif » parce qu’il sera en mode d’autodéfense. L’agressivité est bien involontaire.

Il faut garder en tête qu’en aucun cas, il s’agit d’un trouble de comportement, de crise de colère, de caprice ou d’un manque « d’autorité » parentale. 

Les thérapies, les systèmes de récompense, les punitions et les médicaments sont inutiles si on mise le travail à long terme et voir souvent pernicieux pour les autistes. Le cycle « trouble comportemental » s’installe. Des comportements jugés inacceptables sont souvent remplacés par d’autres, l’autiste ne parvient pas à maitriser son cerveau particulier et son autonomie future ainsi que son autodétermination se retrouvent hypothéquées. 

L’autisme n’est pas un trouble comportemental et ce que nous nommons « troubles de comportement » découlant de l’état autistique n’en sont pas davantage.  Il y a toujours des explications rationnelles derrières ces gestes et manifestions. Ils sont de véritables appels à l’aide et des mécanismes de survie dans un monde neurotypique. 


Mélanie Ouimet


Également disponible sur mon blogue au MPVL : https://www.mamanpourlavie.com/blogues/le-blogue-dune-maman-autiste/15581-dans-la-t-te-d-une-personne-autiste.thtml

Ces comportements qui nous désarçonnent

Ces comportements qui nous désarçonnent

En tant que parent, il est souvent difficile de comprendre les comportements « excessifs » et « énervants » qu’adoptent nos enfants. Nous avons tendance à interpréter rapidement ces comportements comme étant des manifestations d’opposition, de provocation, de mauvaise volonté, d’insolence. 

Souvent, par manque de ressources, d’informations et d’outils, les parents deviennent de plus en plus rigides et punitifs et un climat autoritariste s’installe dans la maison. Les parents souhaitent ainsi modifier rapidement les comportements inadmissibles de leur enfant. La crainte d’élevé un enfant capricieux ou violents qui n’ira pas au bout de son potentiel est présente dans l’esprit de bien des parents. 

Si nous prenions un peu de recul face à nos propres sentiments et que nous regardions la situation plus objectivement. Ces comportements qu’adoptent nos enfants sont tous des messages à décoder provenant bien souvent d’un débordement émotionnel. Des émotions trop fortes pour la maturité cérébrale actuelle d’un enfant. Les enfants ont besoin du soutien d’un adulte pour s’autoréguler, c’est essentiel à leur développement émotionnel, affectif et social. 

Les cris et les punitions nous éloignent et abîment progressivement la relation que nous avons avec nos enfants. Et surtout, l’estime de soi de l’enfant s’amenuise et son amour propre s’estompe. L’enfant refoule ses émotions au plus profond de lui. Parfois, ses émotions explosent en d’autres « mauvais comportements » physiques ou verbaux. 

« Tu es méchante ! » « Je te déteste » « Tu n’es plus ma mère ». Le cycle d’agressivité et de provocation s’accentue. Pour d’autres, l’affirmation à la punition est immédiate. L’enfant s’affirme encore plus fort en s’opposant, en hurlant, en insultant, en étant plus insolent, en brisant des objets, etc. Une rage au ventre le ronge et il prend tous les moyens qu’il possède pour montrer qu’il existe car ses besoins ne sont pas entendus. 

Or, ces conflits sont souvent évitables lorsque nous sommes disposés à accueillir les émotions de nos enfants et que nous avons conscience de leur rythme de maturation cérébral. Ces comportements que l’on juge inacceptables ne sont pas dirigés contre nous et ne sont pas le résultat d’un manque de discipline ou d’autorité. Pour s’affranchir de cette émotivité, les enfants ont besoin d’une présence empathique et d’amour. Ils ont besoin d’être guidés et accompagnés quotidiennement. Graduellement, l’enfant apprendra à comprendre et gérer ses ressentis et à s’exprimer de manière respectueuse envers autrui. 

En tant que parents, il nous est souvent difficile de demeurer calme dans ces situations pour lesquelles nos enfants sont si intenses. N’hésitons pas à dire notre ressenti à notre enfant. Les besoins de tous peuvent être reconnus lorsque nous admettons que nous sommes dépassés pour le moment mais qu’ensemble, nous allons trouver une solution. Pour se sentir en confiance et pour ouvrir un dialogue réciproque, les enfants ont besoin d’avoir une personne authentique et non d’un parent « parfait ». Pour reconnaitre et accueillir les émotions intenses de nos enfants, nous devons avant tout s’avoir reconnaitre et accueillir les nôtres sans jugement. Nous évoluons avec nos enfants et nous cheminons à leur côté.  


Mélanie Ouimet

Autiste Asperger : le camouflage et les mécanismes d’adaptation

Autiste Asperger : le camouflage et les mécanismes d’adaptation

Pour la majorité des gens, lorsqu’un autiste parle et s’exprime, c’est signe que tout va relativement bien et que la personne a très peu de défis. 

J’ai cette chance d’avoir une famille bien neurodiverse et plus qu’atypique. Dans cette famille, il y a entre autres une petite fille autiste Asperger, deux petits garçons autistes classiques et une maman autiste classique également. Des ressemblances entre nous, il y en a plusieurs. Des différences également. Des défis et des forces particulières et uniques pour chacun d’entre nous. 

Dès l’âge de 2 ans, ma fille faisait de longues phrases, plutôt complexes. Son vocabulaire était très varié et sa prononciation était parfaite. Au cours des dernières années, son vocabulaire s’est davantage enrichi. Ses mots employés sont recherchés. Sa manière de s’exprimer n’a rien de ressemblant avec les enfants de son âge. Combiné à sa mémoire exceptionnelle, elle peut se souvenir de faits passés avec une exactitude déconcertante. Il lui est possible de répéter textuellement des phrases entendues lors de discussions ou dans des séries télévisées. C’est une petite fille très brillante et perspicace qui sait mettre à profit de ses forces. 

En apparence, ma fille semble fonctionner très bien. L’autisme qu’on lui attribue semble bien léger sans avoir d’impacts majeurs dans sa vie. D’autant plus que ma fille est une petite fille bien sociale qui adore montrer ses intérêts, converser au sujet de ses frères, des animaux, des rénovations, etc. Avoir un beau vocabulaire et être très intelligente n’est pas nécessairement synonyme de défis moins élevés, au contraire. 

Les autistes développent une multitude de stratégies d’adaptation et les filles Asperger plus particulièrement sont très douées pour ce type de camouflage social. Celui de mettre à profit leur mémoire phénoménale en utilisant une panoplie de phrases déjà entendues et de les intégrer subtilement dans les conversations. Rapidement et surtout aux yeux des adultes, ma fille semble communiquer aisément. 

Cependant, lorsqu’on regarde plus attentivement et que l’on décortique ses phrases, on s’aperçoit qu’il s’agit de copier-coller. Rien n’est spontané et autonome dans sa communication. Qu’il s’agisse de films, de conversations d’adultes déjà entendues, des phrases d’amies, tout est calqué et s’agence à son discours qui semble sensiblement cohérent et bien ludique vu d’un œil extérieur. 

Son monologue semble d’autant plus riche et complexe lorsqu’on mélange le tout à ses intérêts spécifiques. Nous pouvons littéralement avoir une « savante petite professeure » devant nous. Sa mémoire, ses phrases apprises par cœurs, ses phrases enregistrées dans son cerveau, ressorties au moment propice pour parler des dinosaures et vous semblez avoir une petite fille habile socialement, sans trop de difficultés. 

Tenir un monologue ne signifie pas savoir tenir une conversation réciproque. 

Savoir parler ne signifie pas être capable de suivre des apprentissages scolaires réguliers. 

Savoir parler ne signifie pas comprendre ce que l’interlocuteur dit. 

Savoir parler ne signifie pas comprendre tout ce que l’on dit soi-même. 

Savoir parler ne signifie pas être capable de communiquer efficacement dans le monde neurotypique.  

Savoir parler ne signifie pas ne pas être autiste. 

Et un monologue sur des intérêts spécifiques, comme énumérer la liste des dinosaures ayant existés ainsi que leur grandeur proportionnelle, leurs types alimentaires, carnivores, herbivores, etc. malheureusement, ça ne crée pas d’amitié. Ça crée plutôt des regards étranges et exaspérés. On ne parle pas de jeux sociaux réciproques mais bien d’un discours récité par cœur. Et ne l’interrompez pas avec une question, son écholalie différée risque de perdre suite…et de se retrouver dans un mutisme sélectif. 

Elle est gênée, elle n’a pas envie de parler tout simplement ou dans le pire des cas, elle est mal élevée, c’est ce que vous pouvez sous-entendre. Mais la réalité, c’est qu’elle est figée et coincé avec un mutisme sélectif. L’accès à l’information de son cerveau lui est impossible à ce moment précis tant et si bien qu’il lui est impossible de répondre à cette simple question : Comment t’appelles-tu ?  

Le mutisme sélectif est également un grand défi avec lequel plusieurs autistes verbaux doivent composer lors de situations anxiogènes, émotionnelles, lors de surcharges sensorielles, etc. Ne pas avoir accès à ton cerveau, à des mots simples est très difficile à supporter. Se sentir stupide et impotente est souvent ce que ressentent les autistes Asperger. 

Ma fille peut parler, mais il lui est souvent impossible de nommer l’endroit où elle a mal, de nous dire ce qu’elle ressent, de nous dire à quoi elle pense en ce moment, etc. sans s’enfermer dans un mutisme complet. Impossible pour elle de mettre des mots précis, concis et clairs. Impossible d’énumérer ses émotions ou sentiments sans un repli sur soi ou sans que nous ayons droit à un gros grognement grimaçant de sa part.  

Ce n’est pas parce qu’un enfant autiste (même un adulte autiste !) parle qu’il comprend les métaphores, les blagues, les doubles sens, le sarcasme. 

Ce que les gens n’ont pas conscience et ce dont ils ne sont pas témoins, c’est que bien souvent, après un effort social important, ma fille se retrouve en surcharge sensorielle. Elle se déconnecte complètement. Le chaos interne s’installe dans tout son corps. Ses hypersensibilités tactiles deviennent à leurs sommets et les meltown autistique se succèdent parfois sur 2-3 jours après l’événement. 

La majorité des autistes auront une communication verbale mais ce n’est pas pour autant que l’autisme n’est plus présent, que les défis sont moindres et surtout, que leur communication n’est pas atypique. Jamais un autiste communiquera naturellement et spontanément comme un non-autiste. C’est un fait que nous avons tendance à oublier ou à ne plus tenir pour compte. 

Les autistes Asperger sont considérés comme des autistes très fonctionnels dans la société. Toutefois, nous oublions tous les efforts d’adaptation soutenus quotidiennement que leur nécessite afin que l’autisme soit moins visible. 

Être un autiste Asperger social ne veut pas dire que la socialisation est aisée et fluide. 

Moins visible à l’extérieur ne signifie pas que l’autisme est « léger ».

Moins visible ne signifie pas moins d’anxiété à l’intérieur. 

Moins visible ne signifie pas moins de défis. 

Moins visible peu seulement parfois signifier que la personne autiste utilise tellement de mécanismes d’adaptation qu’elle réussit à se camoufler parmi les non-autistes et qu’elle finit par se camoufler elle-même à force d’effort pour trahir sa neurologie, sa nature profonde. 

Être ignorée et incompris simplement parce que l’autisme est plus ou moins invisible est une grande souffrance pour bien des Asperger. 

Mélanie Ouimet

Autisme: rien n’est encore compris, mais en attendant…

Autisme: rien n’est encore compris, mais en attendant…

On nous parle beaucoup de sensibilisation, d’acceptation, de tolérance. Que le bonheur est possible avec les «malgré». On s’efforce de faire reconnaître notre valeur en tant qu’autiste, de justifier notre existence en mettant notre âme à nu.

C’est un combat épuisant, épineux, injuste et émotif. Essayer de gagner ce droit à la vie, de prouver notre valeur en tant qu’être humain.

De s’évertuer à trouver des forces qui doivent servir à toute la société. Comme si l’acceptation se méritait, comme si certains talents nous rendaient plus dignes d’exister.

Parce que l’essence du mot «différence» n’est pas comprise. Parce que le véritable sens dans ces mots «la diversité est une richesse» n’est pas compris. Les autistes ne sont pas que des «êtres attachants» pour lesquels on doit s’efforcer de trouver une place dans notre société dite inclusive.

L’autisme n’est pas une infériorité ni une fragilité génétique de la vie à essayer de contrebalancer. L’autisme est une variation neurologique des esprits humains faisant partie de la neurodiversité.

La neurodiversité mérite d’être valorisée au même titre que la diversité raciale, culturelle, sexuelle. Lorsqu’il sera réellement compris que la force de la société se mesure dans la diversité qui la compose, nous aurons compris ce pour quoi l’autisme existe.

J’aspire au jour où les autistes pourront être eux-mêmes, simplement

Que le simple fait de respirer, d’être en vie, sera légitime et suffisant pour être considéré comme un humain à part entière. Qu’on cherchera à comprendre plutôt qu’à corriger, enrayer, voire guérir certains comportements. Qu’on pratiquera l’empathie, la bienveillance à l’égard des autistes qui sont en détresse.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que tu es magnifique quand ta joie est débordante. Quand tu sautilles, virevolte et tourne. Quand tes mains battent rapidement et calquent les ailes d’un papillon. Ne laisse personne te dire le contraire.

Ne laisse personne te prendre cette joie de vivre, cette spontanéité, cet élan naturel qui te rendent si vivant intérieurement.

J’aimerais que tu saches que tu n’es pas obligé de regarder dans les yeux quand on te parle. Je sais que tu écoutes et que tu comprends. Je sais aussi que c’est difficile, même douloureux pour toi d’avoir un contact visuel. Je sais aussi que tu n’es pas hypocrite ni un menteur et que tu n’as rien à cacher. Ne laisse pas les gens te dénaturer.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que ton besoin d’ordre est correct. Tu as le droit d’aligner tes voitures, tes dinosaures, tes oursons en peluche. Tu peux jouer comme bon te semble, aussi longtemps que tu en as besoin. Tu peux calculer l’espace entre les cintres dans ta garde-robe, tu peux même compter tes bas et les placer à leur endroit bien précis avant de t’endormir. Cela te fait du bien, fais-le.

J’aimerais que tu saches que tu as le droit de ne pas parler. Je sais combien c’est énergivore. Tu n’es pas obligé d’aller socialiser à la récré, aux pauses, au dîner. Tu n’es pas bête, ni stupide ni sauvage.

Tu as le droit d’écrire derrière ton ordinaire tes états d’âme, de libérer ces mots que tu retiens ou qui sont incapables de sortir de ta bouche en présence de gens.

J’aimerais que tu saches que tout comme toi, je me balance pour me calmer, pour me concentrer. Je me prends la tête quand tout semble glisser sous mes pieds et que mon cerveau s’échappe, éclate en mille morceaux. Tu n’es pas fou ni névrosé. Ce que tu ressens est permis.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que ta sensibilité est ta force. Que malgré tout ce qu’on peut dire, tu n’es pas immature émotionnellement.

Tu ressens la vie intensément. Tu as le droit d’être euphorique, de crier, de pleurer, de t’isoler sans que les autres en comprennent le sens, l’essence. Ne doute pas de toi, n’aie pas honte de toi. 

J’aimerais que tu saches que tu n’es pas seul. Il n’y a rien de mal avec ce que tu es. Ne laisse jamais personne te prendre la liberté de ton cœur.

Mélanie Ouimet