Opposition-provocation-agressivité

« Les enfants ne se comportent pas mal, ils se comportent d’une telle manière qui peut être dérageante pour vous. » – Arnaud Deroo

 

Le trouble d’opposition avec provocation et agressivité est souvent remarqué chez les enfants autistes et/ou avec une attention modulaire (TDA-H). Refus d’obéir aux demandes faites par une figure d’autorité, tenir tête en permanence, crises importantes et violentes. Ces comportements sont exaspérants pour les parents qui deviennent rapidement à court de ressources pour traverser cette période pénible et ardue.

Et si le trouble d’opposition était examiné et abordé sur un autre angle.

Il est difficile pour les parents d’avoir un enfant qui s’exprime avec intensité, il faut le reconnaître. Et à l’inverse, il est facile de qualifié un enfant de difficile, de capricieux, d’agressif et de lui imposer une étiquette de trouble oppositionnel sans pousser plus loin. Catégoriser et qualifier peuvent être aidant pour comprendre le fonctionnement d’une personne et de voir combien l’humanité est neurodiverse. Ces qualificatifs – subjectifs selon chaque personne -devraient cependant demeurer neutres et non dépréciatifs de la valeur d’un individu (Aucun enfant n’est méchant ou petit monstre).

A la base, s’opposer signifie se différencier. L’enfant ressent le besoin de devenir une personne à part entière et indépendante. Cette étape est normale et fait partie du développement de l’enfant. Quand cette période s’intensifie et perdure, cela ne signifie pas que l’enfant est capricieux, mal élevé ou désobéissant mais bien que l’enfant essaie de nous exprimer un besoin (très malhabilement !).

Un parent qui prend une position menaçante, qui fait les gros yeux, qui cri, qui impose une punition, une correction physique ou qui utilise la violence verbale envers un enfant en crise, ralenti la maturation de son cerveau. Ces humiliations et peurs ne font qu’augmenter l’agressivité de l’enfant et accentuer son niveau d’anxiété.

Les phrases telles que ‘’tu es insupportable.’’ ‘’Qu’est-ce que tu as encore fait !’’ ‘’Arrêtes de pleurer.’’ ‘’Tu es trop gâté.’’ ‘’Obéis ou alors…’’ ‘’tu me fais honte.’’ ‘’ton frère est plus sage que toi.’’ ‘’Cesse tes caprices.’’ augmentent l’agressivité et l’anxiété chez l’enfant.

Envoyer un enfant réfléchir dans sa chambre, surtout en bas de 5 ans, n’est pas une bonne solution. Le cerveau des enfants n’est pas encore suffisamment mature pour prendre du recul et pour analyser leurs actes seul.

Ainsi, lorsqu’on dit une de ces phrases à un enfant ou que nous optons pour une punition ou retrait, ses réactions seront d’enfouir ses émotions à l’intérieur de lui jusqu’à ce que cette émotivité ressurgisse en agressivité, en paroles violentes (Je te déteste, tu es méchante maman) ou encore cette émotivité implosera en anxiété, insomnie, impuissance (je suis nul, je suis mauvais). La réaction de l’enfant pourra également être instantanée soit par des cris, hurlements, coups, pleurs. Sa rage déferlera jusqu’à ce qu’elle soit entendue. Le but n’est pas de rendre la vie des parents insupportables, de leur faire honte ou de se montrer irrespectueux ou blessant. L’objectif – non conscient – pour l’enfant, est de retrouver son calme intérieur, de faire évacuer ses émotions qui le rendre mal à l’intérieur de lui.

Ces comportements de violence que les parents jugent inacceptables sont souvent punis. La relation avec l’enfant tombe alors dans un cycle de reproches et d’indignation. Les défis rencontrés ne sont jamais résolus.

Dans une relation saine et respectueuse, il n’y a pas de personne autoritaire ni de personne obéissante. Les luttes de pouvoir sont alors absentes.

Agir avec empathie plutôt que par autorité permettra à l’enfant d’affranchir son émotivité et de trouver des solutions.

Quand un enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal demeure inactif. A l’inverse, lorsque le parent amène l’enfant à réfléchir en lui offrant un choix, l’enfant a la possibilité de prendre une décision, son cerveau frontal se mobilise lui permettant de penser, de décider, d’anticiper, de prévoir et de devenir une personne responsable.

Un enfant en crise est un enfant qui a besoin d’aide. Il a besoin de ses parents pour s’autoréguler. Seuls l’empathie et la bienveillance sont de mise dans ces moments.

Lorsqu’un enfant s’apprête à taper, le parent peut par exemple arrêter son geste calmement avec douceur. En moment de crise, les paroles sont inutiles. Contenir l’enfant contre soi, même s’il se débat, l’aide à s’apaiser.

Une fois le calme retrouvé, nous pouvons aider l’enfant à mettre des mots sur ses émotions. ‘’Tu étais très en colère.’’ ‘’Tu as le droit d’être en colère, mais pas de mordre. Parler permet de trouver des solutions, ensemble.’’

Se montrer bienveillant envers un enfant que nous qualifions de difficile n’est pas de tout repos pour les parents. Il s’agit d’un travail à long terme. N’hésitez pas à demander de l’aide lorsque vous êtes épuisés. Vous ne pouvez pas tout faire tout seul, c’est impossible. Ayez des attentes réalistes envers votre enfant et envers vous-même. Nous avons tous besoin de se ressourcer pour redevenir un parent calme et attentif aux besoins de notre enfant. Un enfant peut être plus demandant et plus difficile mais l’épuisement parental est également à prendre en considération. Est-ce vraiment l’enfant qui est difficile ou la relation que nous avons avec lui qui est difficile à gérer ? L’effort pour construire cette relation sera d’autant plus exigeante et tumultueuse si nous sommes épuisés.

Asseoir son autorité parentale et donner des ordres ne sont pas des moyens efficaces d’obtenir la collaboration d’un enfant. Un enfant a toujours une bonne raison de s’opposer ou d’être agressif (Bien que leurs comportements ne soient pas toujours acceptables !). Tenter d’avoir raison ou de le frustrer davantage, envenime notre relation avec lui. Nous pouvons par contre l’aider à communiquer ses émotions. Une relation harmonieuse repose avant tout sur la patience, l’imagination, le jeu, l’écoute et l’empathie. Cherchons à comprendre ce qui se passe dans la tête de notre enfant.

Derrière un comportement, aussi déstabilisant et gravissime soit-il, il y a toujours un motif sur ce qui touche profondément l’enfant. Un besoin inapaisé qui cherche à s’exprimer bien maladroitement.

Petites pistes de réflexions de Mitsiko Miller :

Opposition et lutte de pouvoir

Comportements traduits en phrases:

« Écoute-moi!!!! Je veux parler!!! Écoute-moi!!!!!! »
« As-tu pensé à moi? Suis-je important à tes yeux? »
« Je me sens attaqué et critiqué! Est-ce que tu m’aimes vraiment? »
« Je ne me sens pas compétent! »
« Ce n’est pas juste! »
« Je ne comprends pas la pertinence de ta demande. Aide-moi à comprendre les raisons de ta requête!»

Besoins possibles derrière les comportements: Écoute, considération, compréhension, sens, respect, amour, choix, autonomie, confiance.

Mélanie Ouimet

5 thoughts on “Opposition-provocation-agressivité”

  1. D’accord, il ne faut pas envoyer un enfant en crise qui nous frappe et qui nous cri après. Alors, concrètement on fait quoi en attendant que la tempête passe? On se laisse frapper et crier après pendant 5 minutes? Il n’y a aucun dialogue possible pendant une crise..votre article n’indique pas quoi faire concrètement pendant une crise.

    1. Il n’y a pas de recette miracle à appliquer. Mais quelques pistes possibles : contenir l’enfant, lui laisser un espace sécurisant, demeurer prêt de lui en le rassurant d’une voix calme, nommer son émotion, comprendre et reconnaître son besoin.

  2. Moi, au contraire, la chambre est un bon désamorceur de crise. Je n’y envoie pas mon enfant en détention, mais j’y vais avec elle pour m’asseoir et parler doucement d’autre chose. La crise part en moins de 5 minutes. Changer de pièce et de contexte aide beaucoup à décrocher du sujet et se calmer.

    1. Vous le dites vous même, ce n’est pas une punition (une détention), vous êtes présente avec elle, c’est l’essentiel 😉

  3. Fort intéressant pour l’opposition « normale » et saine chez l’enfant. Toutefois, les enfants qui ont un trouble de l’opposition vivent une toute autres réalité. Ils souffrent de façon intense et ont besoin d’un accompagnement adapté.

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