Est-ce l’enfant qui est « difficile » ou la relation avec l’enfant qui est « difficile »?

Est-ce l’enfant qui est « difficile » ou la relation avec l’enfant qui est « difficile »?

Dans la société dans laquelle nous vivons, nous avons de plus en plus tendance à qualifier nos enfants de « difficiles », d’« opposants », d’ « impulsifs », d’ « hyperactifs ». Nous qualifions également souvent leurs réactions émotionnelles de « disproportionnées », d’« agressives », d’ « immatures », de « violentes ». 

Nous avons de plus en plus tendance à trouver un sens logique à ce que nous vivons en apposant une étiquette de trouble, souvent neurodéveloppemental. Le trouble vient justifier l’intensité et donner un sens à notre désarroi. Le trouble permet d’apaiser nos angoisses et nos questionnements. L’apaisement est pourtant, souvent, très éphémère. Un enfant avec un « trouble » vient généralement avec davantage d’anxiété et de gros questionnements quant à sa réussite scolaire et à sa vie future. On tombe également rapidement dans le piège d’associer tous les comportements de nos enfants à un symptôme en lien avec leur diagnostic. 

Par ailleurs, les mots, les étiquettes, les diagnostics ont un impact majeur sur le développement émotionnel[1] des enfants, des adolescentes et même des adultes (de plus en plus d’adultes reçoivent également des diagnostics de trouble neurodéveloppemental). Des qualificatifs de plus en plus courant, qui semblent maintenant normaux et anodins pour décrire nos enfants et pour expliquer leurs comportements, jugés « anormaux ». Pourtant, l’impact négatif est bien présent et sous-estimé : les principaux concernés souffrent et peinent à se comprendre et à s’aimer. L’estime de soi s’amenuisent, sournoisement… et la reconstruction de soi risque d’être longue et douloureuse.  

Un enfant, quel qu’il soit, n’est jamais responsable des émotions vécues par ses parents. Les émotions appartiennent à la personne qui les vit et les émotions vis-à-vis une situation donnée seront différentes d’une personne à une autre, même d’un moment à un autre. L’« intensité » ne se mesure pas, ce n’est pas une chose quantifiable. 

D’un autre côté, il peut être utile de nommer, d’identifier pour mettre des mots sur notre malaise et sur nos défis. Il peut être même pertinent de se pencher du côté des neurosciences pour comprendre les différentes interactions de notre cerveau, pour comprendre les divergences cérébrales, pour expliquer la diversité humaine, souvent très complexe. Nommer, s’identifier « en tant que » peut aussi permettre de mieux se connaître, de continuer notre quête de soi. Cela permet de mettre des mots sur notre propre ressenti intérieur. 

Ainsi, est-ce l’enfant (ou la personne devant nous) qui est « difficile » ou la relation que nous essayons de construire avec lui qui est « difficile » ?  Mitsiko Miller nous propose cette réflexion dans son billet Rester Zen face à l’intensité[2]. Une réflexion que j’avais envie poursuive également. Tout comme Mitsiko, je crois que la réponse n’est surement pas simple. 

De manière général, je préfère de loin que l’on considère un être humain comme une personne entière, complexe, avec une énergie et un esprit unique qui évolue dans le temps, et même à chaque moment ou situation donnée. Je pars également avec l’idée qu’un enfant est également un être humain à part entière, qu’il n’est pas un adulte en miniature, comme nous le rappelle Isabelle Filliozat, mais un petit être en formation. Il évolue donc à son propre rythme. 

Cependant, indépendamment de notre bagage familial, environnemental, social et de notre évolution personnelle, certaines caractéristiques neurologiques semblent faire parties intégrantes de qui nous sommes. Ces caractéristiques neurologiques, lorsque bien verbalisées dans le respect de la personne, permettent bien souvent de donner un sens à certains comportements en apportant certaines réponses et viennent apaiser notre détresse.

Quand notre cerveau traite majoritairement les informations entrantes de manière perceptive, le flot de stimuli est très important. En autisme par exemple, ce fonctionnement perceptif[3],[4] est démontré depuis quelques années déjà et c’est le phénomène de plasticité modale croisée qui est à la base de ce fonctionnement. 

La quantité de détails que nous voyons, entendons, sentons, ressentons est faramineuse. Ainsi, notre cerveau reçoit, analyse et traite les informations à l’état brute, principalement via les aires sensorielles. Il s’agit d’une caractéristique neurologique (la plasticité modale croisée), vraisemblablement, invariable, comme pourrait l’être la couleur de yeux, de cheveux, l’ethnie, la nationalité. Peu importe comment nous allons évoluer au fil des années, cette caractéristique neurologique nous accompagnera tout au long de notre vie. 

Cette caractéristique neurologique rend les personnes plus susceptibles de subir une surcharge sensorielle ou émotionnelle. C’est ainsi que pour décrire ce qui est vécu intérieurement, il est intéressant, à mon avis, d’utiliser le terme (ou l’étiquette) « hypersensible ». Lorsque nous captons les moindres détails de notre environnement, que nous absorbons tout, nous devenons vite saturés en stimuli. La société actuelle inonde en agression de tous genres. 

L’enfant (et même l’adulte!) fait alors au mieux pour répondre à toutes ces agressions et leurs moyens d’exprimer leur trop plein peut se traduire par des gestes (bruits de bouche, bougeotte, sauter sur place, tourner sur soi), des rituels qui aide à mettre de l’ordre dans le chaos (que l’on nommera « rigidité », gestes stéréotypés), un besoin immense de sécurité affective (besoin d’être porté, de câlin, d’être dans un endroit sécurisant). Et lorsque la désorganisation s’installe, elle laisse place à toutes sortes de comportements « difficiles », « dérangeants », « exacerbant » !

Reconnaître cette caractéristique et l’hypersensibilité qui en découle permet d’expliquer les défis, cette « intensité! », ce côté « difficile », mais pas de qualifier, de catégoriser une personne ni de pointé du doigt ces comportements « dérangeants » comme s’ils étaient anormaux. Ces défis rencontrés sont communs pour tous les parents… et possiblement de manière beaucoup plus « intense » pour ceux qui ont des enfants hypersensibles ! 

Plusieurs avantages et plusieurs défis découlent de cette hypersensibilité. Mais surtout, l’hypersensibilité n’est pas une maladie ni un trouble ! Nous sommes tous des humains entiers avec des besoins uniques et spécifiques. 


Mélanie Ouimet


[1] J’ai juste besoin d’être compris, Joël Monzée, LE DAUPHIN BLANC, 2015

[2] https://familleharmonie.com/2013/08/07/rester-zen-face-a-lintensite/

[3] L’intervention précoce pour enfants autistes, Laurent Mottron, MARDAGA, 2016

[4]http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

« Ce n’est pas signe d’une bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade », disait Jiddu Krishnamurti.

L’accès universel à la maternelle 4 ans instauré par notre gouvernement actuel suscite de vives réactions. Dans la mêlée des nombreux débats qui opposent les éducatrices en CPE et les enseignants, nous oublions les principaux concernés : les enfants. 

Un des principaux objectifs de la maternelle 4 ans est de privilégier de meilleurs services afin de prévenir plus tôt lesdits troubles d’apprentissage, neurodévelopementaux et psychiatriques chez les enfants. En somme, nous visons d’intervenir plus tôt pour optimiser la réussite scolaire. Une noble intention.

En effet, l’enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle mentionne qu’entre 2012 et 2017, 26% des enfants entrent dans le système scolaire avec un facteur de vulnérabilité dans ces domaines : santé et bien-être, compétences sociales, maturité affective, développement cognitif et langagier et habiletés de communication. 


Cependant, nous faisons preuve de violence éducative ordinaire, lorsqu’encore une fois, nous mettons l’emphase sur les troubles et nous préférons mettre en avant plan le dépistage précoce, donc affirmer d’emblée que ce sont les enfants qui ont un trouble quelconque plutôt que de prendre notre part de responsabilité dans les défis de nos enfants, d’adapter l’environnement et de miser sur les véritables besoins de base des enfants; L’attachement, le lien, le contact humain. 

Nous négligeons d’une part, la diversité humaine, en standardisant de manière déraisonnable le développement des enfants en sous-entendant qu’il devrait atteindre une normalité souhaitée. 

À titre d’exemple, le langage verbal des enfants autistes prototypiques débute, pour la majorité d’entre eux, vers 4-5 ans[1]. Il ne s’agit aucunement d’un retard de développement, mais d’un développement atypique. Quelle intervention allons-nous offrir à ces enfants? Puisque, si nous dépistons très tôt ledit retard de langage chez ces autistes, mettre un accent uniquement sur le développement de leur langage serait aussi ridicule que de mettre l’accent sur le développement de la course chez des enfants de 10 mois.

  
Ainsi, la neurodiversité n’est pas prise en considération. En commençant par hiérarchiser les enfants entre eux : les « doués », les « normaux » et les « vulnérables » (déficients). Ensuite, plutôt que de favoriser les adaptations, la collaboration, la compréhension et le respect de tout un chacun, nous détruisons la diversité humaine au nom du conformiste, d’une illusion de normalité avec le sentiment d’avoir bien fait. Les élèves sont en difficultés principalement parce que notre système d’éducation est standardisé et normalisé. Nous n’osons que très rarement remettre en question le mode d’apprentissage ainsi que nos approches envers les enfants. La qualité des services offerts est-elle réellement optimale? Les approches disciplinaires punitives et coercitives sont-elles réellement légitimes? Il semble plus facile d’identifier les défis que rencontrent nos enfants en leur fixant un trouble neurologique, un trouble d’apprentissage et maintenant, desdites vulnérabilités que de se remettre en question.

D’autre part, nous négligeons notre part de responsabilité dans les difficultés que rencontrent nos enfants. Il est trop facile de blâmer ces enfants, de blâmer leur génétique, de blâmer leur trait de caractère alors que nous ne considérons pas le développement affectif des enfants. Nous mettons un fort accent sur le développement cognitif. Les connaissances sur ce sujet abondent et nous sonnons la sonnette d’alarme dès qu’un enfant ne suit pas le cours « normal » de son développement cognitif. Mais, nous ne savons presque rien sur le développement affectif des enfants, pourtant de base, vital et essentiel à leur épanouissement.

 
Notre société a des attentes totalement irréalistes du développement affectif des enfants. Nous avons des attentes énormes quant à leur socialisation, à leur maturité émotionnelle, à leur autonomie, à leur habileté en matière de communication de leurs besoins, à leur capacité d’adaptation aux changements, etc. Or, ce sont justement ces attentes qu’un enfant doive se comporter comme un adulte qui engendre souvent des troubles de comportements, des troubles d’apprentissages et des troubles affectifs (trouble d’attachement) chez les enfants[2].

 
Par ailleurs, ce que nous nommons « troubles » est bien souvent ni plus ni moins que des réactivités émotionnelles normales des enfants, compte tenu leur immaturité cérébrale, avec toute l’intensité qu’elles dégagent. L’enfance se transforme en trouble comportemental et tout ce que nous trouvons de mieux à faire c’est de « prévenir » ces troubles en revendiquant un meilleur accès pour le dépistage précoce! Mais, qui adaptera l’environnement? Qui ira à la source des besoins non compris avant de systématiquement dépister un trouble? Qui donnera du temps aux enfants? Qui offrira une qualité de présence? Qui favorisera l’attachement sécure? Qui accueillera leurs émotions? Qui remplira d’amour et de tendresse le réservoir affectif des enfants? 

Tant les parents que les intervenants, spécialistes et la population générale, manque souvent cruellement d’information sur le développement émotionnel des enfants et manque par conséquent d’outils pour bien les accompagner au quotidien. Comme un sondage de la Fédération des syndicats de l’enseignement nous le révélait, « Deux professeurs en adaptation scolaire sur trois avaient vécu une agression physique, verbale ou psychologique de la part d’un élève au cours des deux dernières années[3] ». Cette statistique parle d’elle-même. Nous ressentons le désarroi des enseignants et des autres accompagnants et nous tombons rapidement dans cette dynamique d’enfant-bourreau et d’enseignant-victime. Nous souhaitons « prévenir » plutôt que d’accepter que les débordements émotionnels ainsi que les comportements dérangeants fassent partie intégrante de l’enfance que les comportements sont un langage qui exprime un besoin et d’outiller les adultes accompagnants face à cette réalité. 

L’empathie, l’amour et la tendresse sont les carburants des enfants[4] et ainsi, une attitude affectueuse de quiconque accompagnant l’enfant a un impact positif et considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant[5]. Le cerveau des enfants est encore immature et le cerveau humain prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Les enfants ont besoin d’un cadre sécurisant pour permettre à leur cerveau déployer les connexions neuronales de manière optimale et ainsi leur permettre de s’épanouir pleinement. 

Par exemple, les autistes, les doués, les enfants ayant un « TDAH » sont reconnus pour être des personnes très sensibles. Ces enfants sont par conséquent sensibles à leur environnement et ils ont de grands besoins affectifs : leur réservoir affectif se vide plus rapidement que la moyenne. Or, cela n’est jamais pris en considération. L’anxiété, les troubles de comportements, le trouble d’attachement sont souvent présents comme comorbidité chez ces enfants. L’enfant se retrouve avec un trouble et une multitude d’autres souffrances et troubles corrélés. Alors qu’initialement, nous avions un enfant, divergent de la norme, qui présente bien souvent et simplement, des besoins affectifs non assouvis. L’attachement est la base de la sécurité affective et de l’autonomie pour tous les enfants. Sans quoi, le cycle comportemental augmente et l’enfant se retrouve rapidement étiqueté d’agressif, de capricieux, d’opposant, de turbulents, de mal élevé. 

On nous parle sans cesse d’intervenir… mais jamais d’interagir! Mettre l’accent sur la relation humaine, le lien de confiance et ainsi créer un espace sécurisant dans lequel l’enfant se sentira libre d’exprimer ce qu’il ressent est gage de réussite. 

La vérité est que nous masquons notre incompétence et que nous refusons de prendre nos responsabilités. La vérité est que nous, citoyens responsables, rendons nos enfants vulnérables aux troubles d’apprentissage, à l’anxiété, aux comportements dérangeants, au trouble d’attachement, à l’immaturité émotionnelle[6].

 
Peut-être que « ces enfants » nous envoient un message : celui de dire non au conformiste d’une société aliénée.


Tant que personne ne se lèvera pour parler ouvertement des besoins affectifs si fondamentaux des enfants, petits et grands, nous assisterons à de la petite politique d’égo alliant « experts » et « spécialistes » qui essaient seulement de parler plus fort les uns comme les autres. Parler des besoins affectifs et émotionnels demande humilité, courage et responsabilisation. 

Réclamer des services est un discours cliché de cassette préfabriquée vide de sens tant et aussi longtemps que les besoins de bases ne seront pas comblés et que la diversité humaine ne sera pas reconnue. En ne parlant que de problématiques et en demeurant focaliser uniquement sur les troubles potentiels et sur le dépistage précoce, nous oublions l’essentiel : la relation humaine. 


Aucun trouble ne sera prévenu tant et aussi longtemps que nous n’aborderons pas la neurodiversité et ces besoins affectifs fondamentaux de base des enfants. Dans les conditions actuelles, nous craignons que maternelle 4 ans ne soit qu’un beau tremplin vers des surdiagnostics et une médicamentation excessive d’enfants déjà en grande souffrance et il serait déplorable que nous continuions de faire les mêmes erreurs « pour leur bien ». 


Un texte signé Lucila Guerrero et Mélanie Ouimet


[1] Laurent Mottron, l’intervention précoce pour enfants autistes, MARDAGA, 2016

[2] Gabor Maté et Gordon Neufeld, retrouver son rôle de parent, HOMME, février 2005

[3] https://www.tvanouvelles.ca/2018/11/26/il-faut-mieux-repartir-les-eleves-dit-le-ministre-roberge

[4] Isabelle Filliozat, au cœur des émotions de l’enfants, MARABOUT, février 2019

[5] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse, POCKET, mai 2015

[6] Mitsiko Miller, découvrir la parentalité positive, TRÉCARRÉ, 2019

Le deuil de l’enfant « parfait »

Le deuil de l’enfant « parfait »

Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran

Le deuil de l’enfant parfait, celui dont nous avons tant rêvé et imaginé durant plusieurs mois, est encore un sujet tabou dans notre société. Une grande majorité de parents vivent avec plus ou moins d’intensité, une certaine ‘‘déception’’ vis-à-vis leur enfant. Certains espéraient une fille, d’autres un garçon, avec une telle morphologie et ayant un tel caractère. 

Or, l’enfant qui naît n’est que rarement comme nous l’avions imaginé. Parfois, il comble nos attentes et au-delà et parfois, il chamboule entièrement notre vision que nous avions de lui. Dans les deux cas, il y a matière à réflexion et introspection sur nos motivations personnelles en tant que parents.   

Les futurs parents s’imaginent la vie que leur enfant aura, s’inventent un parcours de vie qui leur ressemble ou qu’ils aimeraient avoir et le transpose sur l’enfant à naître : Un parcours académique, un choix de carrière, une vie familiale, etc. 

Pourtant, un enfant n’a pas à répondre aux critères, ni aux souhaites de ses parents. Il est essentiel que le parent parvienne à accepter son enfant tel qu’il est afin qu’il puisse s’investir affectivement avec son enfant. 

Le deuil de l’enfant rêvé est le résultat des attentes du parent et seul celui-ci a la responsabilité de ses émotions, de sa quête intérieure pour guérir ses blessures du passé qui sont des obstacles dans leur relation avec leur enfant. 

L’enfant, quel qu’il soit, n’est jamais responsable des émotions vécues par ses parents. 

Or, quand les parents ont un enfant différent, il semble normal et permis de crier haut et fort notre détresse en jetant le blâme sur cette différence. Il semble acceptable qu’un parent ressente colère, déni, tristesse parce que l’enfant est différent. Ce qui est entendu : l’enfant, avec sa différence, cause la souffrance de ses parents. 

Il semble permis d’exprimer notre souffrance personnelle et de la transposer sur ladite différence. 

Seulement, plusieurs personnes, ces enfants et les adultes différents, se retrouvent profondément blessées par ces discours et ces écrits qui circulent abondamment dans les médias sociaux, dans des livres, dans des conférences, dans des organismes, etc. Ces personnes sont blessées dans leur estime de soi, dans leur confiance, dans leur intégrité et dans leur valeur en tant qu’être humain. 

Les parents qui traversent cette étape en exprimant ainsi leurs émotions s’en trouvent également blessés. Cette expression des émotions n’est nullement libératrice pour le parent et entrave le processus d’acceptation ainsi que le début d’une relation épanouissante avec son enfant.  

La responsabilité face à ces écrits en plus que considérable. Il est possible d’exprimer authentiquement ses émotions de manière non-violente et de manière responsable. Et malheureusement, dans la majorité des cas, ce n’est pas fait. 

Les émotions sont criées et lancées, sans tenir compte des autres et des répercussions. On s’attend à ce que nos enfants agissent avec empathie et qu’ils expriment leurs émotions dans le respect d’autrui et de l’autre côté, nous nous permettons d’exprimer nos émotions avec impulsivité de manière non réfléchie. 

Il est essentiel de revoir nos attentes personnelles face à nos enfants. Ce n’est pas la différence qui est au cœur de la problématique mais bien nos espoirs, nos convictions et nos croyances qui sont bouleversés. NOS attentes personnelles sont chamboulées. Jeter le blâme sur la différence semble plus facile et acceptable que de revoir notre vision sur la vie et que de poser un regard conscient sur soi.  

La clé, c’est moi. Tout ce que j’imagine pour mon enfant, je l’imagine. Voici un truc. J’écris sur un papier tout ce que je veux pour mon enfant. Une fois terminé, je relis pour être bien certain de ne rien avoir oublié. J’ajoute ce que j’ai oublié. Voilà, c’est parfait, je sais tout ce que je veux pour mon enfant. Et ensuite, je regarde mon papier et je l’applique à moi-même. Le bien que je veux pour mon enfant, c’est tout simplement le bien que je veux pour moi. Autant m’occuper de moi tout de suite plutôt que de passer par mon enfant pour me satisfaire, moi. Ce qui ne me satisfera pas puisque c’est moi qui est insatisfait.

Jean-Pierre Lepri

Avoir un enfant peut s’avérer plus difficile que l’on croyait au départ et nous avons le droit de l’exprimer. Exprimons nos émotions à la première personne du singulier. 

‘‘Lorsque que tu t’opposes à moi, lorsque je t’aide à traverser plusieurs tempêtes émotionnelles, lorsque je passe des heures à te bercer, lorsque la nuit, tu demeures éveillé, JE me sens impuissante, JE me sens épuisée, JE trouve cela difficile. Mes attentes en sont complètement bouleversées. J’ai peur. MES compétences parentales sont constamment remises en doute.’’ 

Ce long processus de deuil que vivent certains parents est également un processus d’amour envers son enfant. Lorsqu’un parent ne parvient pas à accepter son enfant tel qu’il est, il y a quelque chose en soi qui nous empêche de respecter l’autre en tant qu’individu unique et indépendant. Il est alors impossible d’aimer pleinement et les deux parties en souffrent énormément.

Mieux vivre avec son enfant commence d’abord par mieux vivre avec soi-même. Nous avons tous le pouvoir de devenir le parent que vous rêvons d’être. 


Mélanie Ouimet

Les crises sont nécessaires!

Les crises sont nécessaires!

Les crises ont une connotation bien négative et tout être humain enclin à ces comportements est souvent jugé par la société, voir méprisé. Les parents ayant un enfant qui fait une crise en public sont également jugés sévèrement et surtout, injustement. 

Je vous propose de pousser la réflexion un peu plus loin que la simple observation d’un comportement et ainsi, essayer de changer la perception péjorative du mot crise. 

Par définition, une crise est une rupture d’équilibre. La crise a alors une fonction vitale pour les êtres humains, soit de rétablir l’équilibre émotionnel interne. 

Les crises sont le résultat d’une accumulation de tension insoutenable. Un grand bouleversement émotionnel déstabilise la personne. Cette tempête émotionnelle s’impose à elle. C’est le chaos à l’intérieur de soi. 

Lorsque la crise s’exprime, la tension s’évacue. Ce sont par des manifestations parfois bruyantes, parfois silencieuses qu’un individu espère faire entendre sa souffrance par son entourage pour ainsi pouvoir retrouver son bien-être. 

Dans notre société, nous avons tendance à favoriser les émotions calmes. Les crises (les surcharges en autisme) sont irritantes et troublantes et difficiles à accueillir. Les émotions, bien que souvent réprimer dans notre société, sont nécessaires.  Les émotions font peur, les fortes émotions à l’état pures effraies. Pourtant, plus nous accompagneront un individu tôt dans l’enfance dans ces moments de crises intenses, plus ce dernier les apprivoisera. Plus nous l’aideront à mettre des mots sur les déclencheurs et sur les émotions ressentis, plus la personne sera en mesure de comprendre ses émotions et de les gérer et n’en saura plus effrayée. 

Les crises ne doivent pas nécessairement être perçues comme un moment négatif. Nous avons tendance à confondre sentiments et émotions. Une émotion est physiologique et comprend trois phases : charge, tension, décharge. C’est la décharge qui permet à la personne de se soulager. Ce que l’on nomme « crise » est le processus de décharge émotionnel. Nous demandons à l’enfant ou l’adulte de se calmer, mais en fait, c’est justement la crise en soi qui calme la personne. 

C’est la crise qui calme la personne!

Il ne faut jamais banaliser une crise même si les événements déclencheurs semblent futiles. Jamais ne nous devons juger les émotions ou la sensibilité sensorielle d’autrui. Ce qui semble exagération pour une personne est vécu différemment pour une autre.

Ainsi, lorsque nous accompagnons la personne en accueillant son émotion, en l’écoutant et en laissant toute la place à l’expression de ce qu’elle vit intérieurement, nous l’aidons à bien vivre ce moment et à apprivoiser ses émotions. Nous lui permettons de ne plus être effrayée et submergée par ses émotions. Nous l’aidons à gérer son anxiété.  Nous aidons l’enfant à faire face à ses émotions et ses impulsions. Nous lui donnons des outils pour mieux gérer ces tempêtes et ses émotions envahissantes. Graduellement, nous favorisons les bonnes connections neuronales dans son cerveau qui lui permettrons de faire face aux situations de la vie de manière plus sereine non plus en se laissant envahir mais bien en traversant avec confiance ses émotions. Nous lui permettons de mieux se connaître ce qui lui donnera des outils également pour mieux gérer les surcharges sensorielles. Il apprendra à reconnaître les déclencheurs et connaîtra ses limites. 

Il ne faut pas avoir honte que notre enfant fasse une crise en public, même si le regard des autres semble nous mépriser. Entrez dans une bulle avec votre enfant et oublier l’extérieur. Accompagnez-le avec confiance et douceur. À ce moment, il n’existe que vous et lui. Faites-vous confiance. Vous savez ce dont votre enfant a besoin. 


Mélanie Ouimet

Colère et opposition : l’importance de l’éducation non violente

Colère et opposition : l’importance de l’éducation non violente

Nous sommes souvent dépourvus face aux comportements d’opposition et de colère de nos enfants. Nous prenons souvent ces comportements comme étant dirigés contre nous ou encore comme une désobéissance volontaire de l’enfant. 

Ainsi, notre propre réactivité nous amène à adopter une attitude autoritaire et menaçante. Parfois nous punissons, parfois nous faisons du chantage dans le but que notre enfant obéisse ou agisse « bien ». 

Nous entrons alors dans une lutte de pouvoir. Le parent étant la personne autoritaire qui cherche à « dominer » l’enfant et punir ses comportements. De son côté, l’enfant cherche son identité et s’affirme fortement. Il cherche également et surtout, l’approbation et l’amour de ses parents. On entre alors dans un cycle vicieux et surtout, pernicieux pour la relation parent-enfant.

Aucune punition n’est éducative !

Les punitions et l’autorité induise la colère chez l’enfant et incite les « mauvais comportements ».  

Nous sommes inconsciemment conditionnés à des méthodes éducatives punitives. Lorsqu’un enfant a un comportement « désobligeant », nous cherchons immédiatement à punir ce comportement plutôt qu’à essayer de trouver la cause du comportement et de trouver des stratégies qui favoriseront la réflexion chez l’enfant qui le fera grandir. 

Quand nous sommes face à des comportements difficiles, en tant que parents, nous devons souvent faire preuve de créativité pour trouver des moyens concrets qui soit ni punitifs, ni violent, ni excluant. Cela n’est pas une tâche facile. D’autant plus que les attitudes de nos enfants peuvent nous confronter à de multiples égards.  

Un enfant a besoin d’un cadre. Un cadre est sécurisant pour un enfant. Il est donc important de dire « non » lorsque vous le jugez nécessaire. L’enfant, quant à lui, peut exprimer son mécontentement face à ce refus. En tant que parent, nous pouvons simplement être à l’écoute de sa peine, sa déception, sa colère. L’enfant s’affirme, parfois plus vivement et férocement, mais chaque émotion qu’il ressent est légitime et nous devons accorder de l’importance à son ressenti, sans le minimiser, sans le nier. 

Lorsque, suite à un refus, l’enfant entre dans une grosse crise de colère et d’opposition, il faut garder en tête qu’il n’a pas le contrôle sur les émotions qui l’envahissent.

L’enfant est complètement submergé par ses émotions. Son comportement n’est pas volontaire, ni dirigé contre vous. Il essaie de retrouver son calme intérieur et il n’a pas de mots pour exprimer sa grande frustration, sa peine, sa déception. Le comportement est l’expression maladroite de son émotion. Est-ce qu’on songerait à punir quiconque parce qu’il ressent une émotion? 

Même chez un enfant plus âgé qui s’exprime bien, il peut être difficile de trouver les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Quand un enfant crie et nous insulte verbalement, il exprime de la détresse. Il n’essaie pas de rendre « à bout » le parent.  L’attention qu’il recherche chez son parent n’est pas à proscrire. 

Souvent, nous avons tendance à dire que notre enfant recherche de l’attention négative en adoptant des comportements désagréables. Notre premier réflexe est de nous braquer, de nous montrer ferme et surtout, de ne pas céder à notre enfant. 

Pourtant, l’attention est un besoin essentiel pour un enfant.

Un enfant qui est violent verbalement, qui s’oppose ou qui est rempli d’amertume et de colère a généralement un grand besoin de reconnaissance et de valorisation. Il a besoin de sentir qu’il est important pour son parent. Il a besoin de se sentir apprécié et aimé. 

Plus un enfant recherche l’attention négative, plus c’est signe d’une grande carence et d’une faible estime de soi !

Bien qu’il soit difficile de se montrer calme et empathique, c’est bien à ce moment précis que l’enfant a le plus besoin de l’attention, de l’écoute et de l’amour de ses parents. 

Quand on base notre relation parent-enfant sur la confiance plutôt que sur une relation autoritaire, c’est tout notre vision éducative qui change. Quand on mise sur la relation d’égal à égal, nous ne sommes plus dans l’attente que notre enfant obéisse sur le champ à nos ordres ou à nos demandes. Nous cheminons et nous grandissons avec lui, à ses côtés. Cet accompagnement bienveillant est un travail de long terme. 

Aider un enfant à grandir, c’est l’accompagné au quotidien et non lui apprendre à se soumettre.  


Mélanie Ouimet