Opposition et provocation : l’importance de l’écoute et de l’empathie

Opposition et provocation : l’importance de l’écoute et de l’empathie

Le trouble d’opposition avec provocation et agressivité est souvent remarqué chez les enfants autistes et/ou ayant une TDA-H. Refus d’obéir aux demandes faites par une figure d’autorité, tenir tête en permanence, crises importantes et violentes. Ces comportements sont exaspérants pour les parents qui deviennent rapidement à court de ressources pour traverser cette période pénible et ardue. 

Et si le trouble d’opposition était examiné et abordé sur un autre angle. 

Il est difficile pour les parents d’avoir un enfant qui s’exprime avec intensité, il faut le reconnaître. Et à l’inverse, il est facile de qualifié un enfant de difficile, de capricieux, d’agressif et de lui imposer une étiquette de trouble oppositionnel sans pousser plus loin. Catégoriser et qualifier peuvent être aidant pour comprendre le fonctionnement d’une personne et de voir combien l’humanité est neurodiverse. Ces qualificatifs – subjectifs selon chaque personne -devraient cependant demeurer neutres et non dépréciatifs de la valeur d’un individu (Aucun enfant n’est méchant ou petit monstre).

À la base, s’opposer signifie se différencier. L’enfant ressent le besoin de devenir une personne à part entière et indépendante. Cette étape est normale et fait partie du développement de l’enfant. Quand cette période s’intensifie et perdure, cela ne signifie pas que l’enfant est capricieux, mal élevé ou désobéissant mais bien que l’enfant essaie de nous exprimer un besoin (très malhabilement !).

Un parent qui prend une position menaçante, qui fait les gros yeux, qui cri, qui impose une punition ou une correction physique ou qui utilise la violence verbale envers un enfant en crise, ralenti la maturation de son cerveau. Ces humiliations et peurs ne font qu’augmenter l’agressivité de l’enfant et accentuer son niveau d’anxiété. 

Les phrases telles que « Tu es insupportable! » « Qu’est-ce que tu as encore fait ! » « Arrêtes de pleurer! » « Tu es trop gâté! » « Obéis ou alors… » « Tu me fais honte! » « Ton frère est plus sage que toi. » « Cesse tes caprices! » augmentent l’agressivité et l’anxiété chez l’enfant. 

Envoyer un enfant réfléchir dans sa chambre, surtout en bas de 5 ans, n’est pas une bonne solution. Le cerveau des enfants n’est pas encore suffisamment mature pour prendre du recul et pour analyser leurs actes seul. 

Ainsi, lorsqu’on dit une de ces phrases à un enfant ou que nous optons pour une punition ou retrait, ses réactions seront d’enfouir ses émotions à l’intérieur de lui jusqu’à ce que cette émotivité ressurgisse en agressivité, en paroles violentes (Je te déteste, tu es méchante maman) ou encore en cette émotivité implosera en anxiété, insomnie, impuissance (je suis nul, je suis mauvais). La réaction de l’enfant pourra également être instantanée soit par des cris, hurlements, coups, pleurs. Sa rage déferlera jusqu’à ce qu’elle soit entendue. Le but n’est pas de rendre la vie des parents insupportables, de leur faire honte ou de se montrer irrespectueux ou blessant. L’objectif – non conscient – pour l’enfant est de retrouver son calme intérieur, de faire évacuer ses émotions qui le rendre mal à l’intérieur de lui. 

Ces comportements de violence que les parents jugent inacceptables sont souvent punis. La relation avec l’enfant tombe alors dans un cycle de reproches et d’indignation. Les défis rencontrés ne sont jamais résolus. 

Dans une relation saine et respectueuse, il n’y a pas de personne autoritaire ni de personne obéissante. Les luttes de pouvoir sont alors absentes. Agir avec empathie plutôt que par autorité permettra à l’enfant d’affranchir son émotivité et de trouver des solutions. 

Quand un enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal demeure inactif. À l’inverse, lorsque le parent amène l’enfant à réfléchir en lui offrant un choix, l’enfant a la possibilité de prendre une décision, son cerveau frontal se mobilise lui permettant de penser, de décider, d’anticiper, de prévoir et de devenir une personne responsable. 

Un enfant en crise est un enfant qui a besoin d’aide. Il a besoin de ses parents pour s’autoréguler. Seuls l’empathie et la bienveillance sont de mise dans ces moments. 

Lorsqu’un enfant s’apprête à taper, le parent peut par exemple arrêter son geste calmement avec douceur. En moment de crise, les paroles sont inutiles. Contenir l’enfant contre soi, même s’il se débat, l’aide à s’apaiser. 

Une fois le calme retrouver, nous pouvons aider l’enfant à mettre des mots sur ses émotions. ‘’Tu étais très en colère.’’ ‘’Tu as le droit d’être en colère, mais pas de mordre. Parler permet de trouver des solutions, ensemble.’’ 

Se montrer bienveillant envers un enfant que nous qualifions de difficile n’est pas de tout repos pour les parents. Il s’agit d’un travail à long terme.  N’hésitez pas à demander de l’aide lorsque vous êtes épuisés. Vous ne pouvez pas tout faire tout seul, c’est impossible. Ayez des attentes réalistes envers votre enfant et envers vous-même. Nous avons tous besoin de se ressourcer pour redevenir un parent calme et attentif aux besoins de notre enfant. Un enfant peut être plus demandant et plus difficile mais l’épuisement parental est également à prendre en considération. Est-ce vraiment l’enfant qui est difficile ou la relation que nous avons avec lui qui est difficile à gérer ? L’effort pour construire cet relation sera d’autant plus exigeante et tumultueuse si nous sommes épuisés. 

Asseoir son autorité parentale en donnant des ordres n’est pas un moyen efficace d’obtenir la collaboration d’un enfant. Un enfant a toujours une bonne raison de s’opposer ou d’être agressif (Bien que leurs comportements ne soient pas toujours acceptables !). Tenter d’avoir raison ou de le frustrer davantage, envenime notre relation avec lui. Nous pouvons par contre l’aider à communiquer ses émotions. Une relation harmonieuse repose avant tout sur la patience, l’imagination, le jeu, l’écoute et l’empathie. Cherchons à comprendre ce qui se passe dans la tête de notre enfant. 

Derrière un comportement, aussi déstabilisant et gravissime soit-il, il y a toujours un motif sur ce qui touche profondément l’enfant. Un besoin inapaisé qui chercher à s’exprimer bien maladroitement. 

Petites pistes de réflexions de Mitsiko Miller :

Opposition et lutte de pouvoir
Comportements traduits en phrases:
« Écoute-moi!!!! Je veux parler!!! Écoute-moi!!!!!! »
« As-tu pensé à moi? Suis-je important à tes yeux? »
« Je me sens attaqué et critiqué! Est-ce que tu m’aimes vraiment? »
« Je ne me sens pas compétent! »
« Ce n’est pas juste! »
« Je ne comprends pas la pertinence de ta demande. Aide-moi à comprendre les raisons de ta requête!»
Besoins possibles derrière les comportements: Écoute, considération, compréhension, sens, respect, amour, choix, autonomie, confiance.

Mélanie Ouimet


Références :

Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen

Mitsiko Miller : http://familleharmonie.com/2014/05/31/arrete-tes-caprices/

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat

La science au service des parents, Margot Sunderland

Pourquoi l’enfant est toujours plus « difficile » avec maman ?

Pourquoi l’enfant est toujours plus « difficile » avec maman ?

On entend souvent que les jeunes enfants se comportent différemment à l’école, en milieu de garde, chez les grands-parents qu’à la maison. Un bon nombre de crises des enfants subviennent à la maison, en particulier, en présence de la mère. On les perçoit souvent comme un mauvais comportement, comme un caprice ou comme un manque d’autorité parentale. 

Pourtant, ces crises de colère, de larme, d’agitation sont la simple expression des tensions accumulées tout au long de la journée ou dans les jours précédents. Les enfants font face à plusieurs situations stressantes et à plusieurs contraintes durant la journée qui peuvent paraître très banales pour les adultes. Ils attendent donc d’être en milieu de confiance pour laisser sortir leurs émotions éprouvées dans la journée. 

Les crises doivent être entendues et vécues par l’enfant. Et non refoulées en eux. La crise est la manière naturelle pour un enfant de se calmer, il doit passer par cette étape afin de retrouver la sérénité. Les émotions sont présentes pour aider l’enfant à libérer les tensions de son corps. Ces déchargent émotionnelles permettent à l’enfant de se soulager et de retrouver son calme. 

Pour qu’une décharge émotionnelle soit permise, l’enfant doit se sentir en confiance avec la personne devant lui. Cette personne doit se montrer à l’écoute et empathique face à ce qu’il vit. 

Dans chacune des crises, l’enfant confie un sentiment à ses parents. Chaque enfant le fera d’une manière différente. Certains auront besoin de contact physiques, d’autres auront besoin de s’exprimer librement sans contact physique et d’autres auront besoin de taper le parent. Une tape ne doit pas être perçue comme un mauvais comportement chez les jeunes enfants. Bien sûr, ces gestes impulsifs doivent être arrêter, mais avec douceur. Il faut comprendre que souvent ils tentent simplement de reprendre le contact avec le parent, bien maladroitement. Il s’agit de leur manière de vérifier que le lien d’amour n’est pas brisé entre lui et son parent. 

Les crises de colère ne sont pas dirigées contre le parent. L’enfant ne rejette pas son parent.  Au contraire, les crises sont destinées pour le parent en qui l’enfant a confiance. L’enfant ne sait pas toujours utiliser les mots pour exprimer ces ressentis. Il éprouve seulement un mal être profond et tente de s’en libérer. 

Un enfant qui hurle, court dans toutes les pièces, tape, mord, pleure, crie, se roule par terre, gesticule dans tous les sens est plutôt spectaculaire et déboussolant!  Les parents ne savent pas toujours comment réagir et intervenir. Imaginons alors plus simplement que l’enfant s’assoie près de vous et vous confie ses peines, ses angoisses, ses frustrations quotidiennes. Vous seriez probablement assis à ses côtés entrain de l’écouter. Une présence silencieuse, calme et tendre est parfois bien suffisante. 

Les décharges émotionnelles réservées aux parents, (en particulier à la mère à qui on confie souvent nos peines!), ne sont pas des caprices du à un manque d’autorité.  Ces décharges sont une preuve de confiance qu’a l’enfant envers ses parents. Il ne s’agit pas de poser des limites mais bien de faire preuve d’écoute empathique. 

Mélanie Ouimet


  • « Il cherche » et Au coeur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat
  • La science au service des parents, Margot Sunderland
  • Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen

Être parent n’est pas si simple

Être parent n’est pas si simple

À vous mamans (et papas !) fatiguées et épuisées prisonnières du tourbillon quotidien entre deux rendez-vous et les nuits non réparatrices écourtées depuis déjà trop longtemps.

Entre la mère que vous souhaitiez être pour votre enfant et la réalité, le choc est cruel et douloureux. L’impatience, les cris, la compétitivité d’être la meilleure. Les sentiments de culpabilité, de honte, de déception, d’impuissance et d’échec sont si lourds à porter. Vous aimeriez tant que tout soit différent. 

Vous vous sentez critiquées, jugées et isolées avec aucun endroit pour déposer votre peine, votre rage et votre immense désarroi. 

Vous êtes humaines, entières et résilientes. Le défi d’élever un enfant est si grand et souvent ingrat. 

Entre les besoins de vos enfants, ceux de votre famille, il y a les vôtres qui ne sont que rarement entendus et trop peu respectés. Leurs besoins entre directement en compétition avec les vôtres et ce, quotidiennement. Tous les jours vos besoins ne sont ni entendus, ni assouvis. Ils sont bousculés et tassés au fond du placard. Vous tentez plus souvent qu’autrement de survivre dans cette folle frénésie.

Cette fatigue incommensurable qui modifie votre aptitude à prendre du recul faces aux événements, qui diminue considérablement votre niveau de tolérance et votre patience. La fatigue est pernicieuse. Elle s’empare de vous subtilement et modifie votre personnalité au point que vous ne vous reconnaissez plus. Vous vous sentez perdues et envahies par des sentiments contradictoires d’amour et haine envers vos enfants. 

Nombreuses sont les mamans qui transportent en silence ce désespoir d’avoir échoué, cette tristesse de se sentir critiquée et cette détresse de se sentir seule au monde. Sachez que vous n’êtes pas seules.

Vous avez ici un endroit pour pleurer vos larmes, pour crier votre rage et pour confier votre déception. Un endroit sans jugement qui vous reconnait pour qui vous êtes. Un endroit qui voit tous vos efforts et votre persévérance. Un endroit qui voit vos capacités uniques en tant que mère. Un endroit qui voit tout l’amour que vous portez à vos enfants. 

La bienveillance n’est pas que pour les enfants. La bienveillance est également pour soi-même. Vous avez le droit d’être maladroites, impatientes, moins réceptives, d’être en colère et de pleurer ses larmes qui apaiserons votre douleur, vos craintes, votre rage et votre sentiment de culpabilité. 

Donnez-vous la permission de ressentir vos émotions et de les accueillir sans jugement. Soyez empathique envers vous-même. Ayez de la compassion envers vous-même. Soyez authentiques. 

Être parents n’est pas si simple. 


Mélanie Ouimet

Est-ce l’enfant qui est « difficile » ou la relation avec l’enfant qui est « difficile »?

Est-ce l’enfant qui est « difficile » ou la relation avec l’enfant qui est « difficile »?

Dans la société dans laquelle nous vivons, nous avons de plus en plus tendance à qualifier nos enfants de « difficiles », d’« opposants », d’ « impulsifs », d’ « hyperactifs ». Nous qualifions également souvent leurs réactions émotionnelles de « disproportionnées », d’« agressives », d’ « immatures », de « violentes ». 

Nous avons de plus en plus tendance à trouver un sens logique à ce que nous vivons en apposant une étiquette de trouble, souvent neurodéveloppemental. Le trouble vient justifier l’intensité et donner un sens à notre désarroi. Le trouble permet d’apaiser nos angoisses et nos questionnements. L’apaisement est pourtant, souvent, très éphémère. Un enfant avec un « trouble » vient généralement avec davantage d’anxiété et de gros questionnements quant à sa réussite scolaire et à sa vie future. On tombe également rapidement dans le piège d’associer tous les comportements de nos enfants à un symptôme en lien avec leur diagnostic. 

Par ailleurs, les mots, les étiquettes, les diagnostics ont un impact majeur sur le développement émotionnel[1] des enfants, des adolescentes et même des adultes (de plus en plus d’adultes reçoivent également des diagnostics de trouble neurodéveloppemental). Des qualificatifs de plus en plus courant, qui semblent maintenant normaux et anodins pour décrire nos enfants et pour expliquer leurs comportements, jugés « anormaux ». Pourtant, l’impact négatif est bien présent et sous-estimé : les principaux concernés souffrent et peinent à se comprendre et à s’aimer. L’estime de soi s’amenuisent, sournoisement… et la reconstruction de soi risque d’être longue et douloureuse.  

Un enfant, quel qu’il soit, n’est jamais responsable des émotions vécues par ses parents. Les émotions appartiennent à la personne qui les vit et les émotions vis-à-vis une situation donnée seront différentes d’une personne à une autre, même d’un moment à un autre. L’« intensité » ne se mesure pas, ce n’est pas une chose quantifiable. 

D’un autre côté, il peut être utile de nommer, d’identifier pour mettre des mots sur notre malaise et sur nos défis. Il peut être même pertinent de se pencher du côté des neurosciences pour comprendre les différentes interactions de notre cerveau, pour comprendre les divergences cérébrales, pour expliquer la diversité humaine, souvent très complexe. Nommer, s’identifier « en tant que » peut aussi permettre de mieux se connaître, de continuer notre quête de soi. Cela permet de mettre des mots sur notre propre ressenti intérieur. 

Ainsi, est-ce l’enfant (ou la personne devant nous) qui est « difficile » ou la relation que nous essayons de construire avec lui qui est « difficile » ?  Mitsiko Miller nous propose cette réflexion dans son billet Rester Zen face à l’intensité[2]. Une réflexion que j’avais envie poursuive également. Tout comme Mitsiko, je crois que la réponse n’est surement pas simple. 

De manière général, je préfère de loin que l’on considère un être humain comme une personne entière, complexe, avec une énergie et un esprit unique qui évolue dans le temps, et même à chaque moment ou situation donnée. Je pars également avec l’idée qu’un enfant est également un être humain à part entière, qu’il n’est pas un adulte en miniature, comme nous le rappelle Isabelle Filliozat, mais un petit être en formation. Il évolue donc à son propre rythme. 

Cependant, indépendamment de notre bagage familial, environnemental, social et de notre évolution personnelle, certaines caractéristiques neurologiques semblent faire parties intégrantes de qui nous sommes. Ces caractéristiques neurologiques, lorsque bien verbalisées dans le respect de la personne, permettent bien souvent de donner un sens à certains comportements en apportant certaines réponses et viennent apaiser notre détresse.

Quand notre cerveau traite majoritairement les informations entrantes de manière perceptive, le flot de stimuli est très important. En autisme par exemple, ce fonctionnement perceptif[3],[4] est démontré depuis quelques années déjà et c’est le phénomène de plasticité modale croisée qui est à la base de ce fonctionnement. 

La quantité de détails que nous voyons, entendons, sentons, ressentons est faramineuse. Ainsi, notre cerveau reçoit, analyse et traite les informations à l’état brute, principalement via les aires sensorielles. Il s’agit d’une caractéristique neurologique (la plasticité modale croisée), vraisemblablement, invariable, comme pourrait l’être la couleur de yeux, de cheveux, l’ethnie, la nationalité. Peu importe comment nous allons évoluer au fil des années, cette caractéristique neurologique nous accompagnera tout au long de notre vie. 

Cette caractéristique neurologique rend les personnes plus susceptibles de subir une surcharge sensorielle ou émotionnelle. C’est ainsi que pour décrire ce qui est vécu intérieurement, il est intéressant, à mon avis, d’utiliser le terme (ou l’étiquette) « hypersensible ». Lorsque nous captons les moindres détails de notre environnement, que nous absorbons tout, nous devenons vite saturés en stimuli. La société actuelle inonde en agression de tous genres. 

L’enfant (et même l’adulte!) fait alors au mieux pour répondre à toutes ces agressions et leurs moyens d’exprimer leur trop plein peut se traduire par des gestes (bruits de bouche, bougeotte, sauter sur place, tourner sur soi), des rituels qui aide à mettre de l’ordre dans le chaos (que l’on nommera « rigidité », gestes stéréotypés), un besoin immense de sécurité affective (besoin d’être porté, de câlin, d’être dans un endroit sécurisant). Et lorsque la désorganisation s’installe, elle laisse place à toutes sortes de comportements « difficiles », « dérangeants », « exacerbant » !

Reconnaître cette caractéristique et l’hypersensibilité qui en découle permet d’expliquer les défis, cette « intensité! », ce côté « difficile », mais pas de qualifier, de catégoriser une personne ni de pointé du doigt ces comportements « dérangeants » comme s’ils étaient anormaux. Ces défis rencontrés sont communs pour tous les parents… et possiblement de manière beaucoup plus « intense » pour ceux qui ont des enfants hypersensibles ! 

Plusieurs avantages et plusieurs défis découlent de cette hypersensibilité. Mais surtout, l’hypersensibilité n’est pas une maladie ni un trouble ! Nous sommes tous des humains entiers avec des besoins uniques et spécifiques. 


Mélanie Ouimet


[1] J’ai juste besoin d’être compris, Joël Monzée, LE DAUPHIN BLANC, 2015

[2] https://familleharmonie.com/2013/08/07/rester-zen-face-a-lintensite/

[3] L’intervention précoce pour enfants autistes, Laurent Mottron, MARDAGA, 2016

[4]http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

« Ce n’est pas signe d’une bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade », disait Jiddu Krishnamurti.

L’accès universel à la maternelle 4 ans instauré par notre gouvernement actuel suscite de vives réactions. Dans la mêlée des nombreux débats qui opposent les éducatrices en CPE et les enseignants, nous oublions les principaux concernés : les enfants. 

Un des principaux objectifs de la maternelle 4 ans est de privilégier de meilleurs services afin de prévenir plus tôt lesdits troubles d’apprentissage, neurodévelopementaux et psychiatriques chez les enfants. En somme, nous visons d’intervenir plus tôt pour optimiser la réussite scolaire. Une noble intention.

En effet, l’enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle mentionne qu’entre 2012 et 2017, 26% des enfants entrent dans le système scolaire avec un facteur de vulnérabilité dans ces domaines : santé et bien-être, compétences sociales, maturité affective, développement cognitif et langagier et habiletés de communication. 


Cependant, nous faisons preuve de violence éducative ordinaire, lorsqu’encore une fois, nous mettons l’emphase sur les troubles et nous préférons mettre en avant plan le dépistage précoce, donc affirmer d’emblée que ce sont les enfants qui ont un trouble quelconque plutôt que de prendre notre part de responsabilité dans les défis de nos enfants, d’adapter l’environnement et de miser sur les véritables besoins de base des enfants; L’attachement, le lien, le contact humain. 

Nous négligeons d’une part, la diversité humaine, en standardisant de manière déraisonnable le développement des enfants en sous-entendant qu’il devrait atteindre une normalité souhaitée. 

À titre d’exemple, le langage verbal des enfants autistes prototypiques débute, pour la majorité d’entre eux, vers 4-5 ans[1]. Il ne s’agit aucunement d’un retard de développement, mais d’un développement atypique. Quelle intervention allons-nous offrir à ces enfants? Puisque, si nous dépistons très tôt ledit retard de langage chez ces autistes, mettre un accent uniquement sur le développement de leur langage serait aussi ridicule que de mettre l’accent sur le développement de la course chez des enfants de 10 mois.

  
Ainsi, la neurodiversité n’est pas prise en considération. En commençant par hiérarchiser les enfants entre eux : les « doués », les « normaux » et les « vulnérables » (déficients). Ensuite, plutôt que de favoriser les adaptations, la collaboration, la compréhension et le respect de tout un chacun, nous détruisons la diversité humaine au nom du conformiste, d’une illusion de normalité avec le sentiment d’avoir bien fait. Les élèves sont en difficultés principalement parce que notre système d’éducation est standardisé et normalisé. Nous n’osons que très rarement remettre en question le mode d’apprentissage ainsi que nos approches envers les enfants. La qualité des services offerts est-elle réellement optimale? Les approches disciplinaires punitives et coercitives sont-elles réellement légitimes? Il semble plus facile d’identifier les défis que rencontrent nos enfants en leur fixant un trouble neurologique, un trouble d’apprentissage et maintenant, desdites vulnérabilités que de se remettre en question.

D’autre part, nous négligeons notre part de responsabilité dans les difficultés que rencontrent nos enfants. Il est trop facile de blâmer ces enfants, de blâmer leur génétique, de blâmer leur trait de caractère alors que nous ne considérons pas le développement affectif des enfants. Nous mettons un fort accent sur le développement cognitif. Les connaissances sur ce sujet abondent et nous sonnons la sonnette d’alarme dès qu’un enfant ne suit pas le cours « normal » de son développement cognitif. Mais, nous ne savons presque rien sur le développement affectif des enfants, pourtant de base, vital et essentiel à leur épanouissement.

 
Notre société a des attentes totalement irréalistes du développement affectif des enfants. Nous avons des attentes énormes quant à leur socialisation, à leur maturité émotionnelle, à leur autonomie, à leur habileté en matière de communication de leurs besoins, à leur capacité d’adaptation aux changements, etc. Or, ce sont justement ces attentes qu’un enfant doive se comporter comme un adulte qui engendre souvent des troubles de comportements, des troubles d’apprentissages et des troubles affectifs (trouble d’attachement) chez les enfants[2].

 
Par ailleurs, ce que nous nommons « troubles » est bien souvent ni plus ni moins que des réactivités émotionnelles normales des enfants, compte tenu leur immaturité cérébrale, avec toute l’intensité qu’elles dégagent. L’enfance se transforme en trouble comportemental et tout ce que nous trouvons de mieux à faire c’est de « prévenir » ces troubles en revendiquant un meilleur accès pour le dépistage précoce! Mais, qui adaptera l’environnement? Qui ira à la source des besoins non compris avant de systématiquement dépister un trouble? Qui donnera du temps aux enfants? Qui offrira une qualité de présence? Qui favorisera l’attachement sécure? Qui accueillera leurs émotions? Qui remplira d’amour et de tendresse le réservoir affectif des enfants? 

Tant les parents que les intervenants, spécialistes et la population générale, manque souvent cruellement d’information sur le développement émotionnel des enfants et manque par conséquent d’outils pour bien les accompagner au quotidien. Comme un sondage de la Fédération des syndicats de l’enseignement nous le révélait, « Deux professeurs en adaptation scolaire sur trois avaient vécu une agression physique, verbale ou psychologique de la part d’un élève au cours des deux dernières années[3] ». Cette statistique parle d’elle-même. Nous ressentons le désarroi des enseignants et des autres accompagnants et nous tombons rapidement dans cette dynamique d’enfant-bourreau et d’enseignant-victime. Nous souhaitons « prévenir » plutôt que d’accepter que les débordements émotionnels ainsi que les comportements dérangeants fassent partie intégrante de l’enfance que les comportements sont un langage qui exprime un besoin et d’outiller les adultes accompagnants face à cette réalité. 

L’empathie, l’amour et la tendresse sont les carburants des enfants[4] et ainsi, une attitude affectueuse de quiconque accompagnant l’enfant a un impact positif et considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant[5]. Le cerveau des enfants est encore immature et le cerveau humain prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Les enfants ont besoin d’un cadre sécurisant pour permettre à leur cerveau déployer les connexions neuronales de manière optimale et ainsi leur permettre de s’épanouir pleinement. 

Par exemple, les autistes, les doués, les enfants ayant un « TDAH » sont reconnus pour être des personnes très sensibles. Ces enfants sont par conséquent sensibles à leur environnement et ils ont de grands besoins affectifs : leur réservoir affectif se vide plus rapidement que la moyenne. Or, cela n’est jamais pris en considération. L’anxiété, les troubles de comportements, le trouble d’attachement sont souvent présents comme comorbidité chez ces enfants. L’enfant se retrouve avec un trouble et une multitude d’autres souffrances et troubles corrélés. Alors qu’initialement, nous avions un enfant, divergent de la norme, qui présente bien souvent et simplement, des besoins affectifs non assouvis. L’attachement est la base de la sécurité affective et de l’autonomie pour tous les enfants. Sans quoi, le cycle comportemental augmente et l’enfant se retrouve rapidement étiqueté d’agressif, de capricieux, d’opposant, de turbulents, de mal élevé. 

On nous parle sans cesse d’intervenir… mais jamais d’interagir! Mettre l’accent sur la relation humaine, le lien de confiance et ainsi créer un espace sécurisant dans lequel l’enfant se sentira libre d’exprimer ce qu’il ressent est gage de réussite. 

La vérité est que nous masquons notre incompétence et que nous refusons de prendre nos responsabilités. La vérité est que nous, citoyens responsables, rendons nos enfants vulnérables aux troubles d’apprentissage, à l’anxiété, aux comportements dérangeants, au trouble d’attachement, à l’immaturité émotionnelle[6].

 
Peut-être que « ces enfants » nous envoient un message : celui de dire non au conformiste d’une société aliénée.


Tant que personne ne se lèvera pour parler ouvertement des besoins affectifs si fondamentaux des enfants, petits et grands, nous assisterons à de la petite politique d’égo alliant « experts » et « spécialistes » qui essaient seulement de parler plus fort les uns comme les autres. Parler des besoins affectifs et émotionnels demande humilité, courage et responsabilisation. 

Réclamer des services est un discours cliché de cassette préfabriquée vide de sens tant et aussi longtemps que les besoins de bases ne seront pas comblés et que la diversité humaine ne sera pas reconnue. En ne parlant que de problématiques et en demeurant focaliser uniquement sur les troubles potentiels et sur le dépistage précoce, nous oublions l’essentiel : la relation humaine. 


Aucun trouble ne sera prévenu tant et aussi longtemps que nous n’aborderons pas la neurodiversité et ces besoins affectifs fondamentaux de base des enfants. Dans les conditions actuelles, nous craignons que maternelle 4 ans ne soit qu’un beau tremplin vers des surdiagnostics et une médicamentation excessive d’enfants déjà en grande souffrance et il serait déplorable que nous continuions de faire les mêmes erreurs « pour leur bien ». 


Un texte signé Lucila Guerrero et Mélanie Ouimet


[1] Laurent Mottron, l’intervention précoce pour enfants autistes, MARDAGA, 2016

[2] Gabor Maté et Gordon Neufeld, retrouver son rôle de parent, HOMME, février 2005

[3] https://www.tvanouvelles.ca/2018/11/26/il-faut-mieux-repartir-les-eleves-dit-le-ministre-roberge

[4] Isabelle Filliozat, au cœur des émotions de l’enfants, MARABOUT, février 2019

[5] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse, POCKET, mai 2015

[6] Mitsiko Miller, découvrir la parentalité positive, TRÉCARRÉ, 2019