La décharge de colère n’est pas un trouble neurologique

La décharge de colère n’est pas un trouble neurologique

Le 17 avril dernier, une mère a témoigné de l’expulsion de son enfant de son CPE en raison de ses troubles de comportement[1]. À la lumière des commentaires, force est de constater que les parents et les adultes accompagnateurs sont en détresse et dépassés face à ces comportements dérangeants et qu’ils manquent cruellement de ressources, de connaissances sur le développement et sur la maturité cérébrale des enfants. 

Que s’est-il passé pour que nous arrivions à croire qu’un enfant en crise soit en psychose? À quel moment en sommes-nous venus à oublier que les émotions, aussi fortes et intenses soient-elles, soient une pathologie? À quel moment avons-nous perdu, en tant d’adulte, confiance en nos propres ressources intérieures pour accompagner un enfant? Pourquoi préférons-nous collectivement se faire croire que nos enfants souffrent de plus en plus de troubles mentaux? Serait-il plus facile de croire que les enfants ont tous un trouble mental que de remettre en question nos interventions et de prendre notre part de responsabilité dans la détresse que vivent nos enfants? 

Nous préférons collectivement faire croire à des enfants, à de JEUNES enfants, que leur cerveau est troublé, qu’ils sont troublés EUX dans leur esprit, que d’assumer notre désarroi et notre impuissance envers l’enfance, les laissant croire que ce qu’ils ressentent n’est que résultante d’un dysfonctionnement. Nous « pathologisons » l’enfance, nous médicalisons l’enfance. C’est terrible que de ne plus avoir le droit de ressentir! 

Un enfant en crise n’a pas un trouble de comportement! La colère est normale, saine et souhaitable, comme toutes autres émotions. Il est également normal qu’une crise de grande intensité puisse durer de quelques minutes à 45-60 min[2]. Ces réactivités sont normales compte tenu de son âge et de sa maturité cérébrale. 

La décharge de la colère, bien qu’explosive chez de jeunes enfants, est nécessaire pour un retour à l’équilibre. Il n’en revient qu’aux adultes d’offrir une présence chaleureuse et d’offrir des outils à l’enfant une fois le retour au calme chez ce dernier. Un enfant ne peut maitrise seul ses émotions. Il a besoin de l’aide d’un adulte pour contenir ses émotions qui débordent et l’envahissent. Il a besoin d’une présence calme, ferme et bienveillant.

Certains enfants seront plus réactifs que d’autres. Certains seront ainsi plus susceptibles de faire davantage de crises plus fréquemment et plus intensément. Les enfants ayant une grande sensibilité par exemple peuvent se retrouver à ressentir plus fortement leur environnement, à avoir plus de difficulté à gérer les sensations que provoquent les émotions dans leur corps. Ils peuvent être plus anxieux. Ils peuvent être plus sujet à ressentir un énorme malaise et ils ont beaucoup de difficulté à le communiquer avec des mots. Ils ne peuvent pas prendre de recul seul, réfléchir et analyser ce qu’ils vivent.  

Il s’agit d’un passage normal de l’enfance. Il est primordial que les adultes qui accompagnent l’enfant l’apaisent plutôt que de le réprimander. Notre propre attitude en tant qu’adulte peut augmenter la détresse chez l’enfant, que ce soit par un simple regard exaspérer, un haussement de voix, un cri, ou simplement en demandant à l’enfant de se calmer. Alors que la crise est la manière de se calmer… 


Il demeure extrêmement exigeant d’accompagner un enfant en crise. La décharge émotionnelle de la colère est puissante et vive. Plusieurs cris, hurlements, gestes brusques, besoin de lancer des objets et de tout saccager sur son passage, etc. surviennent fréquemment. L’accueil de cette émotion est particulièrement difficile. Le sentiment d’impuissance face à l’expression du mal-être de l’enfant est bien présent. 

Par contre, ce n’est qu’avec une présence bienveillante, rassurante, ferme et douce que l’enfant pourra, progressivement, apprivoiser ce qui se passe en lui. Un enfant en crise a surtout besoin de tendresse. Offrir un câlin ou poser un regard tendre à l’enfant est parfois suffisant pour faire descendre un peu la tension ressentie chez ce dernier. Chaque geste doux envers l’enfant le sécurise et l’aide à apprivoiser ses émotions et à maitriser ses impulsions. « Un comportement parental affectueux a un impact positif considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant.[3] » Par ailleurs, l’amour et la tendresse sont des carburants pour l’enfant. Ce sont des besoins vitaux et leur réservoir affectif se vide beaucoup plus rapidement que celui des adultes et ce qui est souvent à l’origine des crises.  

Il est donc normal pour un enfant de ne pas comprendre ce qui se passe en lui lorsqu’il est en crise. Il ne comprend pas ce qu’il ne ressent ni plus qu’il ne peut se contenir seul. L’enfant non accompagné risque de se sentir honteux de ressentir la colère et monstrueux de réagir si violemment sans pouvoir se contrôler. Nous devons le rassurer et lui dire que ce qu’il ressent est normal et lui apprendre à nommer ses émotions.

Il s’agit d’un travail d’accompagnement à long terme! Nous avons tendance à rechercher des méthodes rapides et quasi miraculeuses. Or, le cerveau d’un enfant est immature et le cerveau humain prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Les colères explosives sont simplement la « conséquence de l’immaturité du cotez préfrontal et des circuits relayant l’information entre le cortex et le système limbique Le cerveau supérieur n’est pas assez développé pour pouvoir gérer de tels orages émotionnels.[4] » Un jeune n’aura pas cette capacité de réfléchir seul à ces actes lorsqu’il vit une tempête émotionnelle avant 13-14 ans nous rappelle Isabelle Filliozat[5]

Ce qu’il faut savoir également c’est que tous comportements sont des manières de communiquer, parfois très maladroitement un besoin, une détresse. Un enfant en crise émotionnelle très puissante est littéralement envahi et submergé par des émotions qui le dépasse. Il est normal qu’il n’entende plus rien et qu’il soit hors de contrôle. 


En tant qu’adultes, nous avons la responsabilité d’accompagner les enfants. Nous avons la responsabilité de gérer nos propres émotions, d’aller chercher les outils pour favoriser notre propre paix intérieure afin d’offrir une qualité de présence optimale envers l’enfant[6].  Nous avons la responsabilité de nos propres interventions envers eux que nous nous devons de remettre en question. 

Il devient bien trop facile et commun d’attribuer aux enfants un trouble de santé mental et ce sont eux, qui en subiront les conséquences et risque d’être blessés en silence[7]. Gardons en tête que la colère est une émotion humaine normale et saine. Les enfants vivent de grandes tempêtes émotionnelles. C’est déconcertant, mais de grâce, n’en faisons pas une pathologie !


[1] https://www.tvanouvelles.ca/2019/04/17/expulse-a-5-ans-de-son-cpe

[2] Isabelle Filliozat, au cœur des émotions de l’enfant, 

[3] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse

[4] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse

[5] Isabelle Filliozat, il me cherche, comprendre ce qui se passe dans son cerveau entre 6 et 11 ans

[6] https://joelmonzee.com/developper-la-pleine-presence/

[7] La neurodiversité, 20e anniversaire de la naissance du concept, collectif, chapitre Joël Monzée, p.191-220, mars 2019

Opposition et provocation : l’importance de l’écoute et de l’empathie

Opposition et provocation : l’importance de l’écoute et de l’empathie

Le trouble d’opposition avec provocation et agressivité est souvent remarqué chez les enfants autistes et/ou ayant une TDA-H. Refus d’obéir aux demandes faites par une figure d’autorité, tenir tête en permanence, crises importantes et violentes. Ces comportements sont exaspérants pour les parents qui deviennent rapidement à court de ressources pour traverser cette période pénible et ardue. 

Et si le trouble d’opposition était examiné et abordé sur un autre angle. 

Il est difficile pour les parents d’avoir un enfant qui s’exprime avec intensité, il faut le reconnaître. Et à l’inverse, il est facile de qualifié un enfant de difficile, de capricieux, d’agressif et de lui imposer une étiquette de trouble oppositionnel sans pousser plus loin. Catégoriser et qualifier peuvent être aidant pour comprendre le fonctionnement d’une personne et de voir combien l’humanité est neurodiverse. Ces qualificatifs – subjectifs selon chaque personne -devraient cependant demeurer neutres et non dépréciatifs de la valeur d’un individu (Aucun enfant n’est méchant ou petit monstre).

À la base, s’opposer signifie se différencier. L’enfant ressent le besoin de devenir une personne à part entière et indépendante. Cette étape est normale et fait partie du développement de l’enfant. Quand cette période s’intensifie et perdure, cela ne signifie pas que l’enfant est capricieux, mal élevé ou désobéissant mais bien que l’enfant essaie de nous exprimer un besoin (très malhabilement !).

Un parent qui prend une position menaçante, qui fait les gros yeux, qui cri, qui impose une punition ou une correction physique ou qui utilise la violence verbale envers un enfant en crise, ralenti la maturation de son cerveau. Ces humiliations et peurs ne font qu’augmenter l’agressivité de l’enfant et accentuer son niveau d’anxiété. 

Les phrases telles que « Tu es insupportable! » « Qu’est-ce que tu as encore fait ! » « Arrêtes de pleurer! » « Tu es trop gâté! » « Obéis ou alors… » « Tu me fais honte! » « Ton frère est plus sage que toi. » « Cesse tes caprices! » augmentent l’agressivité et l’anxiété chez l’enfant. 

Envoyer un enfant réfléchir dans sa chambre, surtout en bas de 5 ans, n’est pas une bonne solution. Le cerveau des enfants n’est pas encore suffisamment mature pour prendre du recul et pour analyser leurs actes seul. 

Ainsi, lorsqu’on dit une de ces phrases à un enfant ou que nous optons pour une punition ou retrait, ses réactions seront d’enfouir ses émotions à l’intérieur de lui jusqu’à ce que cette émotivité ressurgisse en agressivité, en paroles violentes (Je te déteste, tu es méchante maman) ou encore en cette émotivité implosera en anxiété, insomnie, impuissance (je suis nul, je suis mauvais). La réaction de l’enfant pourra également être instantanée soit par des cris, hurlements, coups, pleurs. Sa rage déferlera jusqu’à ce qu’elle soit entendue. Le but n’est pas de rendre la vie des parents insupportables, de leur faire honte ou de se montrer irrespectueux ou blessant. L’objectif – non conscient – pour l’enfant est de retrouver son calme intérieur, de faire évacuer ses émotions qui le rendre mal à l’intérieur de lui. 

Ces comportements de violence que les parents jugent inacceptables sont souvent punis. La relation avec l’enfant tombe alors dans un cycle de reproches et d’indignation. Les défis rencontrés ne sont jamais résolus. 

Dans une relation saine et respectueuse, il n’y a pas de personne autoritaire ni de personne obéissante. Les luttes de pouvoir sont alors absentes. Agir avec empathie plutôt que par autorité permettra à l’enfant d’affranchir son émotivité et de trouver des solutions. 

Quand un enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal demeure inactif. À l’inverse, lorsque le parent amène l’enfant à réfléchir en lui offrant un choix, l’enfant a la possibilité de prendre une décision, son cerveau frontal se mobilise lui permettant de penser, de décider, d’anticiper, de prévoir et de devenir une personne responsable. 

Un enfant en crise est un enfant qui a besoin d’aide. Il a besoin de ses parents pour s’autoréguler. Seuls l’empathie et la bienveillance sont de mise dans ces moments. 

Lorsqu’un enfant s’apprête à taper, le parent peut par exemple arrêter son geste calmement avec douceur. En moment de crise, les paroles sont inutiles. Contenir l’enfant contre soi, même s’il se débat, l’aide à s’apaiser. 

Une fois le calme retrouver, nous pouvons aider l’enfant à mettre des mots sur ses émotions. ‘’Tu étais très en colère.’’ ‘’Tu as le droit d’être en colère, mais pas de mordre. Parler permet de trouver des solutions, ensemble.’’ 

Se montrer bienveillant envers un enfant que nous qualifions de difficile n’est pas de tout repos pour les parents. Il s’agit d’un travail à long terme.  N’hésitez pas à demander de l’aide lorsque vous êtes épuisés. Vous ne pouvez pas tout faire tout seul, c’est impossible. Ayez des attentes réalistes envers votre enfant et envers vous-même. Nous avons tous besoin de se ressourcer pour redevenir un parent calme et attentif aux besoins de notre enfant. Un enfant peut être plus demandant et plus difficile mais l’épuisement parental est également à prendre en considération. Est-ce vraiment l’enfant qui est difficile ou la relation que nous avons avec lui qui est difficile à gérer ? L’effort pour construire cet relation sera d’autant plus exigeante et tumultueuse si nous sommes épuisés. 

Asseoir son autorité parentale en donnant des ordres n’est pas un moyen efficace d’obtenir la collaboration d’un enfant. Un enfant a toujours une bonne raison de s’opposer ou d’être agressif (Bien que leurs comportements ne soient pas toujours acceptables !). Tenter d’avoir raison ou de le frustrer davantage, envenime notre relation avec lui. Nous pouvons par contre l’aider à communiquer ses émotions. Une relation harmonieuse repose avant tout sur la patience, l’imagination, le jeu, l’écoute et l’empathie. Cherchons à comprendre ce qui se passe dans la tête de notre enfant. 

Derrière un comportement, aussi déstabilisant et gravissime soit-il, il y a toujours un motif sur ce qui touche profondément l’enfant. Un besoin inapaisé qui chercher à s’exprimer bien maladroitement. 

Petites pistes de réflexions de Mitsiko Miller :

Opposition et lutte de pouvoir
Comportements traduits en phrases:
« Écoute-moi!!!! Je veux parler!!! Écoute-moi!!!!!! »
« As-tu pensé à moi? Suis-je important à tes yeux? »
« Je me sens attaqué et critiqué! Est-ce que tu m’aimes vraiment? »
« Je ne me sens pas compétent! »
« Ce n’est pas juste! »
« Je ne comprends pas la pertinence de ta demande. Aide-moi à comprendre les raisons de ta requête!»
Besoins possibles derrière les comportements: Écoute, considération, compréhension, sens, respect, amour, choix, autonomie, confiance.

Mélanie Ouimet


Références :

Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen

Mitsiko Miller : http://familleharmonie.com/2014/05/31/arrete-tes-caprices/

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat

La science au service des parents, Margot Sunderland

Pourquoi l’enfant est toujours plus « difficile » avec maman ?

Pourquoi l’enfant est toujours plus « difficile » avec maman ?

On entend souvent que les jeunes enfants se comportent différemment à l’école, en milieu de garde, chez les grands-parents qu’à la maison. Un bon nombre de crises des enfants subviennent à la maison, en particulier, en présence de la mère. On les perçoit souvent comme un mauvais comportement, comme un caprice ou comme un manque d’autorité parentale. 

Pourtant, ces crises de colère, de larme, d’agitation sont la simple expression des tensions accumulées tout au long de la journée ou dans les jours précédents. Les enfants font face à plusieurs situations stressantes et à plusieurs contraintes durant la journée qui peuvent paraître très banales pour les adultes. Ils attendent donc d’être en milieu de confiance pour laisser sortir leurs émotions éprouvées dans la journée. 

Les crises doivent être entendues et vécues par l’enfant. Et non refoulées en eux. La crise est la manière naturelle pour un enfant de se calmer, il doit passer par cette étape afin de retrouver la sérénité. Les émotions sont présentes pour aider l’enfant à libérer les tensions de son corps. Ces déchargent émotionnelles permettent à l’enfant de se soulager et de retrouver son calme. 

Pour qu’une décharge émotionnelle soit permise, l’enfant doit se sentir en confiance avec la personne devant lui. Cette personne doit se montrer à l’écoute et empathique face à ce qu’il vit. 

Dans chacune des crises, l’enfant confie un sentiment à ses parents. Chaque enfant le fera d’une manière différente. Certains auront besoin de contact physiques, d’autres auront besoin de s’exprimer librement sans contact physique et d’autres auront besoin de taper le parent. Une tape ne doit pas être perçue comme un mauvais comportement chez les jeunes enfants. Bien sûr, ces gestes impulsifs doivent être arrêter, mais avec douceur. Il faut comprendre que souvent ils tentent simplement de reprendre le contact avec le parent, bien maladroitement. Il s’agit de leur manière de vérifier que le lien d’amour n’est pas brisé entre lui et son parent. 

Les crises de colère ne sont pas dirigées contre le parent. L’enfant ne rejette pas son parent.  Au contraire, les crises sont destinées pour le parent en qui l’enfant a confiance. L’enfant ne sait pas toujours utiliser les mots pour exprimer ces ressentis. Il éprouve seulement un mal être profond et tente de s’en libérer. 

Un enfant qui hurle, court dans toutes les pièces, tape, mord, pleure, crie, se roule par terre, gesticule dans tous les sens est plutôt spectaculaire et déboussolant!  Les parents ne savent pas toujours comment réagir et intervenir. Imaginons alors plus simplement que l’enfant s’assoie près de vous et vous confie ses peines, ses angoisses, ses frustrations quotidiennes. Vous seriez probablement assis à ses côtés entrain de l’écouter. Une présence silencieuse, calme et tendre est parfois bien suffisante. 

Les décharges émotionnelles réservées aux parents, (en particulier à la mère à qui on confie souvent nos peines!), ne sont pas des caprices du à un manque d’autorité.  Ces décharges sont une preuve de confiance qu’a l’enfant envers ses parents. Il ne s’agit pas de poser des limites mais bien de faire preuve d’écoute empathique. 

Mélanie Ouimet


  • « Il cherche » et Au coeur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat
  • La science au service des parents, Margot Sunderland
  • Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen

Être parent n’est pas si simple

Être parent n’est pas si simple

À vous mamans (et papas !) fatiguées et épuisées prisonnières du tourbillon quotidien entre deux rendez-vous et les nuits non réparatrices écourtées depuis déjà trop longtemps.

Entre la mère que vous souhaitiez être pour votre enfant et la réalité, le choc est cruel et douloureux. L’impatience, les cris, la compétitivité d’être la meilleure. Les sentiments de culpabilité, de honte, de déception, d’impuissance et d’échec sont si lourds à porter. Vous aimeriez tant que tout soit différent. 

Vous vous sentez critiquées, jugées et isolées avec aucun endroit pour déposer votre peine, votre rage et votre immense désarroi. 

Vous êtes humaines, entières et résilientes. Le défi d’élever un enfant est si grand et souvent ingrat. 

Entre les besoins de vos enfants, ceux de votre famille, il y a les vôtres qui ne sont que rarement entendus et trop peu respectés. Leurs besoins entre directement en compétition avec les vôtres et ce, quotidiennement. Tous les jours vos besoins ne sont ni entendus, ni assouvis. Ils sont bousculés et tassés au fond du placard. Vous tentez plus souvent qu’autrement de survivre dans cette folle frénésie.

Cette fatigue incommensurable qui modifie votre aptitude à prendre du recul faces aux événements, qui diminue considérablement votre niveau de tolérance et votre patience. La fatigue est pernicieuse. Elle s’empare de vous subtilement et modifie votre personnalité au point que vous ne vous reconnaissez plus. Vous vous sentez perdues et envahies par des sentiments contradictoires d’amour et haine envers vos enfants. 

Nombreuses sont les mamans qui transportent en silence ce désespoir d’avoir échoué, cette tristesse de se sentir critiquée et cette détresse de se sentir seule au monde. Sachez que vous n’êtes pas seules.

Vous avez ici un endroit pour pleurer vos larmes, pour crier votre rage et pour confier votre déception. Un endroit sans jugement qui vous reconnait pour qui vous êtes. Un endroit qui voit tous vos efforts et votre persévérance. Un endroit qui voit vos capacités uniques en tant que mère. Un endroit qui voit tout l’amour que vous portez à vos enfants. 

La bienveillance n’est pas que pour les enfants. La bienveillance est également pour soi-même. Vous avez le droit d’être maladroites, impatientes, moins réceptives, d’être en colère et de pleurer ses larmes qui apaiserons votre douleur, vos craintes, votre rage et votre sentiment de culpabilité. 

Donnez-vous la permission de ressentir vos émotions et de les accueillir sans jugement. Soyez empathique envers vous-même. Ayez de la compassion envers vous-même. Soyez authentiques. 

Être parents n’est pas si simple. 


Mélanie Ouimet

Est-ce l’enfant qui est « difficile » ou la relation avec l’enfant qui est « difficile »?

Est-ce l’enfant qui est « difficile » ou la relation avec l’enfant qui est « difficile »?

Dans la société dans laquelle nous vivons, nous avons de plus en plus tendance à qualifier nos enfants de « difficiles », d’« opposants », d’ « impulsifs », d’ « hyperactifs ». Nous qualifions également souvent leurs réactions émotionnelles de « disproportionnées », d’« agressives », d’ « immatures », de « violentes ». 

Nous avons de plus en plus tendance à trouver un sens logique à ce que nous vivons en apposant une étiquette de trouble, souvent neurodéveloppemental. Le trouble vient justifier l’intensité et donner un sens à notre désarroi. Le trouble permet d’apaiser nos angoisses et nos questionnements. L’apaisement est pourtant, souvent, très éphémère. Un enfant avec un « trouble » vient généralement avec davantage d’anxiété et de gros questionnements quant à sa réussite scolaire et à sa vie future. On tombe également rapidement dans le piège d’associer tous les comportements de nos enfants à un symptôme en lien avec leur diagnostic. 

Par ailleurs, les mots, les étiquettes, les diagnostics ont un impact majeur sur le développement émotionnel[1] des enfants, des adolescentes et même des adultes (de plus en plus d’adultes reçoivent également des diagnostics de trouble neurodéveloppemental). Des qualificatifs de plus en plus courant, qui semblent maintenant normaux et anodins pour décrire nos enfants et pour expliquer leurs comportements, jugés « anormaux ». Pourtant, l’impact négatif est bien présent et sous-estimé : les principaux concernés souffrent et peinent à se comprendre et à s’aimer. L’estime de soi s’amenuisent, sournoisement… et la reconstruction de soi risque d’être longue et douloureuse.  

Un enfant, quel qu’il soit, n’est jamais responsable des émotions vécues par ses parents. Les émotions appartiennent à la personne qui les vit et les émotions vis-à-vis une situation donnée seront différentes d’une personne à une autre, même d’un moment à un autre. L’« intensité » ne se mesure pas, ce n’est pas une chose quantifiable. 

D’un autre côté, il peut être utile de nommer, d’identifier pour mettre des mots sur notre malaise et sur nos défis. Il peut être même pertinent de se pencher du côté des neurosciences pour comprendre les différentes interactions de notre cerveau, pour comprendre les divergences cérébrales, pour expliquer la diversité humaine, souvent très complexe. Nommer, s’identifier « en tant que » peut aussi permettre de mieux se connaître, de continuer notre quête de soi. Cela permet de mettre des mots sur notre propre ressenti intérieur. 

Ainsi, est-ce l’enfant (ou la personne devant nous) qui est « difficile » ou la relation que nous essayons de construire avec lui qui est « difficile » ?  Mitsiko Miller nous propose cette réflexion dans son billet Rester Zen face à l’intensité[2]. Une réflexion que j’avais envie poursuive également. Tout comme Mitsiko, je crois que la réponse n’est surement pas simple. 

De manière général, je préfère de loin que l’on considère un être humain comme une personne entière, complexe, avec une énergie et un esprit unique qui évolue dans le temps, et même à chaque moment ou situation donnée. Je pars également avec l’idée qu’un enfant est également un être humain à part entière, qu’il n’est pas un adulte en miniature, comme nous le rappelle Isabelle Filliozat, mais un petit être en formation. Il évolue donc à son propre rythme. 

Cependant, indépendamment de notre bagage familial, environnemental, social et de notre évolution personnelle, certaines caractéristiques neurologiques semblent faire parties intégrantes de qui nous sommes. Ces caractéristiques neurologiques, lorsque bien verbalisées dans le respect de la personne, permettent bien souvent de donner un sens à certains comportements en apportant certaines réponses et viennent apaiser notre détresse.

Quand notre cerveau traite majoritairement les informations entrantes de manière perceptive, le flot de stimuli est très important. En autisme par exemple, ce fonctionnement perceptif[3],[4] est démontré depuis quelques années déjà et c’est le phénomène de plasticité modale croisée qui est à la base de ce fonctionnement. 

La quantité de détails que nous voyons, entendons, sentons, ressentons est faramineuse. Ainsi, notre cerveau reçoit, analyse et traite les informations à l’état brute, principalement via les aires sensorielles. Il s’agit d’une caractéristique neurologique (la plasticité modale croisée), vraisemblablement, invariable, comme pourrait l’être la couleur de yeux, de cheveux, l’ethnie, la nationalité. Peu importe comment nous allons évoluer au fil des années, cette caractéristique neurologique nous accompagnera tout au long de notre vie. 

Cette caractéristique neurologique rend les personnes plus susceptibles de subir une surcharge sensorielle ou émotionnelle. C’est ainsi que pour décrire ce qui est vécu intérieurement, il est intéressant, à mon avis, d’utiliser le terme (ou l’étiquette) « hypersensible ». Lorsque nous captons les moindres détails de notre environnement, que nous absorbons tout, nous devenons vite saturés en stimuli. La société actuelle inonde en agression de tous genres. 

L’enfant (et même l’adulte!) fait alors au mieux pour répondre à toutes ces agressions et leurs moyens d’exprimer leur trop plein peut se traduire par des gestes (bruits de bouche, bougeotte, sauter sur place, tourner sur soi), des rituels qui aide à mettre de l’ordre dans le chaos (que l’on nommera « rigidité », gestes stéréotypés), un besoin immense de sécurité affective (besoin d’être porté, de câlin, d’être dans un endroit sécurisant). Et lorsque la désorganisation s’installe, elle laisse place à toutes sortes de comportements « difficiles », « dérangeants », « exacerbant » !

Reconnaître cette caractéristique et l’hypersensibilité qui en découle permet d’expliquer les défis, cette « intensité! », ce côté « difficile », mais pas de qualifier, de catégoriser une personne ni de pointé du doigt ces comportements « dérangeants » comme s’ils étaient anormaux. Ces défis rencontrés sont communs pour tous les parents… et possiblement de manière beaucoup plus « intense » pour ceux qui ont des enfants hypersensibles ! 

Plusieurs avantages et plusieurs défis découlent de cette hypersensibilité. Mais surtout, l’hypersensibilité n’est pas une maladie ni un trouble ! Nous sommes tous des humains entiers avec des besoins uniques et spécifiques. 


Mélanie Ouimet


[1] J’ai juste besoin d’être compris, Joël Monzée, LE DAUPHIN BLANC, 2015

[2] https://familleharmonie.com/2013/08/07/rester-zen-face-a-lintensite/

[3] L’intervention précoce pour enfants autistes, Laurent Mottron, MARDAGA, 2016

[4]http://grouperechercheautismemontreal.ca/SurLeSpectre/Sur_le_spectre_no_2_2016-10.pdf