Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

« Ce n’est pas signe d’une bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade », disait Jiddu Krishnamurti.

L’accès universel à la maternelle 4 ans instauré par notre gouvernement actuel suscite de vives réactions. Dans la mêlée des nombreux débats qui opposent les éducatrices en CPE et les enseignants, nous oublions les principaux concernés : les enfants. 

Un des principaux objectifs de la maternelle 4 ans est de privilégier de meilleurs services afin de prévenir plus tôt lesdits troubles d’apprentissage, neurodévelopementaux et psychiatriques chez les enfants. En somme, nous visons d’intervenir plus tôt pour optimiser la réussite scolaire. Une noble intention.

En effet, l’enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle mentionne qu’entre 2012 et 2017, 26% des enfants entrent dans le système scolaire avec un facteur de vulnérabilité dans ces domaines : santé et bien-être, compétences sociales, maturité affective, développement cognitif et langagier et habiletés de communication. 


Cependant, nous faisons preuve de violence éducative ordinaire, lorsqu’encore une fois, nous mettons l’emphase sur les troubles et nous préférons mettre en avant plan le dépistage précoce, donc affirmer d’emblée que ce sont les enfants qui ont un trouble quelconque plutôt que de prendre notre part de responsabilité dans les défis de nos enfants, d’adapter l’environnement et de miser sur les véritables besoins de base des enfants; L’attachement, le lien, le contact humain. 

Nous négligeons d’une part, la diversité humaine, en standardisant de manière déraisonnable le développement des enfants en sous-entendant qu’il devrait atteindre une normalité souhaitée. 

À titre d’exemple, le langage verbal des enfants autistes prototypiques débute, pour la majorité d’entre eux, vers 4-5 ans[1]. Il ne s’agit aucunement d’un retard de développement, mais d’un développement atypique. Quelle intervention allons-nous offrir à ces enfants? Puisque, si nous dépistons très tôt ledit retard de langage chez ces autistes, mettre un accent uniquement sur le développement de leur langage serait aussi ridicule que de mettre l’accent sur le développement de la course chez des enfants de 10 mois.

  
Ainsi, la neurodiversité n’est pas prise en considération. En commençant par hiérarchiser les enfants entre eux : les « doués », les « normaux » et les « vulnérables » (déficients). Ensuite, plutôt que de favoriser les adaptations, la collaboration, la compréhension et le respect de tout un chacun, nous détruisons la diversité humaine au nom du conformiste, d’une illusion de normalité avec le sentiment d’avoir bien fait. Les élèves sont en difficultés principalement parce que notre système d’éducation est standardisé et normalisé. Nous n’osons que très rarement remettre en question le mode d’apprentissage ainsi que nos approches envers les enfants. La qualité des services offerts est-elle réellement optimale? Les approches disciplinaires punitives et coercitives sont-elles réellement légitimes? Il semble plus facile d’identifier les défis que rencontrent nos enfants en leur fixant un trouble neurologique, un trouble d’apprentissage et maintenant, desdites vulnérabilités que de se remettre en question.

D’autre part, nous négligeons notre part de responsabilité dans les difficultés que rencontrent nos enfants. Il est trop facile de blâmer ces enfants, de blâmer leur génétique, de blâmer leur trait de caractère alors que nous ne considérons pas le développement affectif des enfants. Nous mettons un fort accent sur le développement cognitif. Les connaissances sur ce sujet abondent et nous sonnons la sonnette d’alarme dès qu’un enfant ne suit pas le cours « normal » de son développement cognitif. Mais, nous ne savons presque rien sur le développement affectif des enfants, pourtant de base, vital et essentiel à leur épanouissement.

 
Notre société a des attentes totalement irréalistes du développement affectif des enfants. Nous avons des attentes énormes quant à leur socialisation, à leur maturité émotionnelle, à leur autonomie, à leur habileté en matière de communication de leurs besoins, à leur capacité d’adaptation aux changements, etc. Or, ce sont justement ces attentes qu’un enfant doive se comporter comme un adulte qui engendre souvent des troubles de comportements, des troubles d’apprentissages et des troubles affectifs (trouble d’attachement) chez les enfants[2].

 
Par ailleurs, ce que nous nommons « troubles » est bien souvent ni plus ni moins que des réactivités émotionnelles normales des enfants, compte tenu leur immaturité cérébrale, avec toute l’intensité qu’elles dégagent. L’enfance se transforme en trouble comportemental et tout ce que nous trouvons de mieux à faire c’est de « prévenir » ces troubles en revendiquant un meilleur accès pour le dépistage précoce! Mais, qui adaptera l’environnement? Qui ira à la source des besoins non compris avant de systématiquement dépister un trouble? Qui donnera du temps aux enfants? Qui offrira une qualité de présence? Qui favorisera l’attachement sécure? Qui accueillera leurs émotions? Qui remplira d’amour et de tendresse le réservoir affectif des enfants? 

Tant les parents que les intervenants, spécialistes et la population générale, manque souvent cruellement d’information sur le développement émotionnel des enfants et manque par conséquent d’outils pour bien les accompagner au quotidien. Comme un sondage de la Fédération des syndicats de l’enseignement nous le révélait, « Deux professeurs en adaptation scolaire sur trois avaient vécu une agression physique, verbale ou psychologique de la part d’un élève au cours des deux dernières années[3] ». Cette statistique parle d’elle-même. Nous ressentons le désarroi des enseignants et des autres accompagnants et nous tombons rapidement dans cette dynamique d’enfant-bourreau et d’enseignant-victime. Nous souhaitons « prévenir » plutôt que d’accepter que les débordements émotionnels ainsi que les comportements dérangeants fassent partie intégrante de l’enfance que les comportements sont un langage qui exprime un besoin et d’outiller les adultes accompagnants face à cette réalité. 

L’empathie, l’amour et la tendresse sont les carburants des enfants[4] et ainsi, une attitude affectueuse de quiconque accompagnant l’enfant a un impact positif et considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant[5]. Le cerveau des enfants est encore immature et le cerveau humain prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Les enfants ont besoin d’un cadre sécurisant pour permettre à leur cerveau déployer les connexions neuronales de manière optimale et ainsi leur permettre de s’épanouir pleinement. 

Par exemple, les autistes, les doués, les enfants ayant un « TDAH » sont reconnus pour être des personnes très sensibles. Ces enfants sont par conséquent sensibles à leur environnement et ils ont de grands besoins affectifs : leur réservoir affectif se vide plus rapidement que la moyenne. Or, cela n’est jamais pris en considération. L’anxiété, les troubles de comportements, le trouble d’attachement sont souvent présents comme comorbidité chez ces enfants. L’enfant se retrouve avec un trouble et une multitude d’autres souffrances et troubles corrélés. Alors qu’initialement, nous avions un enfant, divergent de la norme, qui présente bien souvent et simplement, des besoins affectifs non assouvis. L’attachement est la base de la sécurité affective et de l’autonomie pour tous les enfants. Sans quoi, le cycle comportemental augmente et l’enfant se retrouve rapidement étiqueté d’agressif, de capricieux, d’opposant, de turbulents, de mal élevé. 

On nous parle sans cesse d’intervenir… mais jamais d’interagir! Mettre l’accent sur la relation humaine, le lien de confiance et ainsi créer un espace sécurisant dans lequel l’enfant se sentira libre d’exprimer ce qu’il ressent est gage de réussite. 

La vérité est que nous masquons notre incompétence et que nous refusons de prendre nos responsabilités. La vérité est que nous, citoyens responsables, rendons nos enfants vulnérables aux troubles d’apprentissage, à l’anxiété, aux comportements dérangeants, au trouble d’attachement, à l’immaturité émotionnelle[6].

 
Peut-être que « ces enfants » nous envoient un message : celui de dire non au conformiste d’une société aliénée.


Tant que personne ne se lèvera pour parler ouvertement des besoins affectifs si fondamentaux des enfants, petits et grands, nous assisterons à de la petite politique d’égo alliant « experts » et « spécialistes » qui essaient seulement de parler plus fort les uns comme les autres. Parler des besoins affectifs et émotionnels demande humilité, courage et responsabilisation. 

Réclamer des services est un discours cliché de cassette préfabriquée vide de sens tant et aussi longtemps que les besoins de bases ne seront pas comblés et que la diversité humaine ne sera pas reconnue. En ne parlant que de problématiques et en demeurant focaliser uniquement sur les troubles potentiels et sur le dépistage précoce, nous oublions l’essentiel : la relation humaine. 


Aucun trouble ne sera prévenu tant et aussi longtemps que nous n’aborderons pas la neurodiversité et ces besoins affectifs fondamentaux de base des enfants. Dans les conditions actuelles, nous craignons que maternelle 4 ans ne soit qu’un beau tremplin vers des surdiagnostics et une médicamentation excessive d’enfants déjà en grande souffrance et il serait déplorable que nous continuions de faire les mêmes erreurs « pour leur bien ». 


Un texte signé Lucila Guerrero et Mélanie Ouimet


[1] Laurent Mottron, l’intervention précoce pour enfants autistes, MARDAGA, 2016

[2] Gabor Maté et Gordon Neufeld, retrouver son rôle de parent, HOMME, février 2005

[3] https://www.tvanouvelles.ca/2018/11/26/il-faut-mieux-repartir-les-eleves-dit-le-ministre-roberge

[4] Isabelle Filliozat, au cœur des émotions de l’enfants, MARABOUT, février 2019

[5] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse, POCKET, mai 2015

[6] Mitsiko Miller, découvrir la parentalité positive, TRÉCARRÉ, 2019

La neurodiversité: concevoir l’autisme autrement

La neurodiversité: concevoir l’autisme autrement

Le mot neurodiversité circule de plus en plus pour parler des divergences neurologiques, comme l’autisme, le TDAH, les DYS, la déficience intellectuelle, la trisomie, le haut potentiel. La notion de neurodiversité semble nouvelle, mais elle existe depuis plusieurs années sans être nommée ainsi explicitement. Vers 1938, Hans Asperger suggérait cette possibilité de divergence neurologique pour décrire l’autisme. L’initiation du mot « neurodiversité » est attribuée à une autiste militante, Judy Singer, dans les années 1998-1999.

La neurodiversité est la diversité des cerveaux et des esprits humains. C’est la variation infinie du fonctionnement neurocognitif au sein de notre espèce.

Le concept de la neurodiversité se compare à la biodiversité. Le cerveau humain est alors comparable à un écosystème : un réseau extrêmement complexe. Il n’y a que des cerveaux qui sont connectés de plusieurs manières et aucune ne prévaut sur une autre. La norme n’existe pas. La pathologie ou tout autre appellation péjorative n’existe pas. Il n’y a que des divergences par rapport au fonctionnement neurologique majoritaire.

À l’heure actuelle, la majorité des mouvements de la neurodiversité sont tenus par des militants autistes. Ces militants autistes revendiquent entre autres que l’autisme ne soit plus considéré comme une maladie mentale ni comme un trouble neurodéveloppemental.

En ce sens, nous pouvons faire le parallèle avec l’homosexualité qui était considérée comme une maladie mentale il y a à peine 45 ans ! Traitements de toutes sortes étaient alors utilisés pour guérir ceux « affligés » par cette « maladie ». Aujourd’hui, il serait totalement absurde et très mal vu de parler de maladie pour l’homosexualité. Pourtant, nous faisons exactement cette même ineptie avec l’autisme encore en 2018.

L’autisme n’est pas un désordre neurologique ni métabolique. L’autisme est une divergence neurologique. La diversité neurologique existe au même titre que la diversité sexuelle, ethnique, culturelle, raciale. Prétendre le contraire reviendrait à dire qu’il n’existe qu’une seule manière de percevoir, de concevoir, de voir, d’appréhender, de ressentir notre monde. Ce qui serait totalement ridicule !

Au-delà de ces revendications faites par les militants autistes, il s’agit d’apporter une tout autre conception et compréhensibilité de l’autisme. L’autisme vécut de l’intérieur: expliquer l’inexplicable.

Dans le cerveau des autistes, les connexions neuronales sont réorganisées de manière à favoriser la pensée en images. Pour un autiste, l’information se traite principalement par les aires sensitives (perceptives) qui sont surconnectées. En effet, les autistes n’utilisent pas leurs aires sensorielles de la même manière que les non-autistes. Les régions sensorielles, principalement visuelles, du cerveau autistique font majoritairement le travail analytique des informations entrantes. De par cette surconnectivité, les aires perceptives des autistes réalisent des tâches plus complexes que celles des non-autistes.

Le cerveau d’un non-autiste, quant à lui, traite l’information tout d’abord par les aires sensorielles, et ensuite, l’information sera transmise un peu partout dans les différentes aires cérébrales en fonction de l’information reçue.

Les intérêts des non-autistes seront davantage sociaux et les intérêts des autistes seront davantage perceptifs. Nous avons ainsi deux manières totalement différentes de traiter l’information reçue. Aucune de ces manières ne prévaut sur l’autre. Ces modes de pensée contribuent à enrichir notre société, avec leurs forces, leurs faiblesses.

Pour une personne non autiste, il peut être difficile de s’imaginer que le cerveau d’un autiste fonctionne de manière si différente. Les comportements, les réactions, le mode d’apprentissage peuvent alors être interprétés faussement.

Quand nous analysons les informations majoritairement par nos aires sensorielles, nous recevons une quantité faramineuse de stimuli. Les détails sont astronomiques et nous submergent ! Notre contact avec l’environnement est particulier. Nous avons besoin d’y mettre de l’ordre pour mieux le comprendre, mieux l’appréhender. Nous avons besoin de repères fixes et connus pour le rendre moins chaotique. Nous avons besoin de nous mouvoir librement pour assimiler les informations environnantes.

La neurodiversité, pour les militants autistes, c’est de vouloir donnez un éclaircissement probant aux nombreuses crises de « non-sens », à l’enfermement, au « retard » de langage, aux épisodes « d’automutilation », aux intérêts « restreints », aux « maniérisme », aux « stéréotypies », aux « autostimulations ». Puisque toutes ces idées sur l’autisme sont complètement dépassées.

L’autisme, comme toute autre divergence neurologique, fait partie intégrante de la diversité humaine et contribue à rendre notre société plus accomplie, plus profonde, plus entière.


Mélanie Ouimet

Quelques fausses croyances sur l’autisme

Quelques fausses croyances sur l’autisme

L’autisme n’est pas homogène. L’autisme a plusieurs visages. L’autisme a plusieurs personnalités. L’autisme a différents esprits. 

L’autisme d’une personne est unique à l’image de celle-ci. 

La neurologie des personnes autistes présente des racines communes. Un point de départ commun dans les branchements neurologiques, dans les connexions cérébrales. Des racines qui distinguent les autistes de la masse, parfois beaucoup, parfois très peu. 

Des racines communes dans les aspects des aires de la communication et des interactions sociales ainsi que dans les centres d’intérêts, les activités et les comportements. 

Mais, comme tous les humains, les autistes possèdent un bagage génétique, environnemental, social, culturel qui fait en sorte que leur esprit leur confère une personnalité unique. 

Lorsqu’on parle d’autisme, il est impossible de parler pour tous. 

Au fil des années, plusieurs observations ont été faites et plusieurs conclusions en ont été tirées. Cependant, les conclusions trop hâtives ont mené à plusieurs fortes croyances bien tenaces dans la population. En voici quelques-unes. 

1. L’autisme est une maladie

Non, l’autisme n’est pas une maladie. Les autistes sont en parfaite santé physique et mentale. L’autisme ne se guérit pas et ne s’attrape pas. Officiellement, l’autisme est classé parmi les troubles neurodéveloppementaux. Cependant, le courant actuel amène à considérer l’autisme comme une condition, une manière d’être, une neurologie différentes. Ainsi, les autistes ne sont ni atteints ni porteurs d’autisme. 

2. Les autistes sont dans leur monde, repliés sur eux-mêmes dans leur bulle imaginaire. 

Les autistes ne sont pas dans leur monde, ils sont dans LE monde. Étant donné leurs facultés communicatives et sociales différentes de la moyenne, des autistes ont du mal à entrer en relation avec les autres. Certains sont non verbaux ce qui rend leur communication encore plus complexe. Certains ont plus de difficultés que d’autres à se faire des amis et plusieurs, au contraire, sont très à l’aise socialement. Le mutisme sélectif peut également être présent chez les autistes, ce qui complique souvent les échanges sociaux pour la personne autiste qui se retrouve observatrice de la conversation. Quelques-uns sont plus à l’aise en solitaire et vivent très bien ainsi. Pour prendre du recul, les autistes peuvent avoir besoin de se retirer ou de se couper des stimuli extérieurs qui les envahissent. Ils entrent dans une bulle protectrice et régénératrice temporairement. Mais quoi qu’il en soit, les autistes sont tout à fait conscients du monde qui les entoure. 

3. Les autistes n’ont pas d’empathie

Basés sur de simples observations comportementales, des spécialistes avaient lancé cette conclusion qui s’avère bien évidemment non fondée. L’empathie et l’expression des émotions se manifestent et varient différemment chez tous les humains et les autistes n’en font pas exception. L’empathie autistique peut parfois se manifester par des gestes ou paroles rationnelles plutôt que réconfortantes et affectueuses. Cette empathie n’est pas moindre, elle est simplement différente de ce à quoi on peut s’attendre. La personne autiste peut également ressentir les émotions des autres, parfois très fortement, ce qui l’oblige à prendre du recul, voire à sembler distante. 

4. Les autistes n’ont pas d’émotions

Dans la même optique que l’empathie, les émotions s’expriment et se ressentent distinctement de la moyenne de la population générale. Certains autistes sont très affectueux et démonstratifs. D’autres, au contraire, détestent les marques d’affection traditionnelles pour plusieurs raisons, la principale étant l’hypersensibilité tactile : les câlins et le toucher peuvent être douloureux. Pour bien des autistes, les émotions sont difficiles à décoder intérieurement et leur expression peut être difficile. C’est le chaos émotionnel. D’autres autistes sont très hypersensibles ainsi, toutes les émotions sont vécues très intensément et ils ont parfois le besoin de se faire une protection pour ne pas se laisser envahir. 

5. Les autistes sont des surdoués

Certains oui, d’autres non. Comme pour tous les humains. Les autistes surdoués peuvent également avoir besoin de soutien, parfois très important. L’intelligence n’a rien à voir avec les difficultés reliées à l’autisme. 

6. Les autistes sont tous déficients intellectuels

Certaines oui, d’autres non. Comme pour tous les humains. Contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas plus de déficience intellectuelle chez les autistes que dans la population générale. 

Entre la déficience intellectuelle et la douance, nous trouvons des autistes d’intelligence moyenne, comme chez tous les humains.

7. Les autistes ne regardent pas dans les yeux

Une croyance qui perdure encore. Ne pas avoir de contacts visuels n’est pas une caractéristique pour être autiste. Certains autistes ont un contact visuel très franc sans difficulté, d’autres y parviennent à force de pratiquer. Pour d’autres autistes, le contact visuel sera très difficile, voire absent. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce comportement. Certains éprouvent de la douleur à regarder l’autre dans les yeux, certains n’en voient tout simplement pas l’utilité, d’autres se concentrent sur la bouche, d’autres évitent le contact visuel, car il contient trop de codes sociaux à déchiffrer, etc. 

Dans tous les cas, jamais on ne doit forcer un autiste à avoir un contact visuel.

8. Les enfants autistes ont seulement besoin d’une bonne discipline stricte

Les enfants, TOUS les enfants, ont besoin avant tout d’empathie, de bienveillance, de respect, de considération et d’amour pour s’épanouir pleinement.

9. Les autistes ne sont pas autonomes

Encore une fois, les généralisations sont à éviter. Plusieurs enfants autistes deviennent autonomes rapidement et ont un parcours passablement standard. Ainsi, plusieurs adultes autistes mènent une vie tout à fait ordinaire de manière autonome emploi, maison, couple, famille, etc. Le degré de soutien varie d’une personne à l’autre. 

Par contre, à l’heure actuelle, il subsiste encore un trop gros pourcentage d’autistes qui ne parviennent pas à une autonomie totale pour plusieurs raisons. Il est urgent d’agir pour trouver des solutions efficaces afin que la grande majorité de ces autistes puissent trouver leur autonomie et leur dignité, et ce, même pour ceux lourdement handicapés. 

10. Les autistes sont agressifs et ont besoin d’être médicamentés pour contrôler leur impulsivité

Les autistes ne sont pas des personnes agressives plus que la moyenne. Lorsqu’on parle de comportements agressifs chez les autistes, il faut savoir que ceux-ci ne sont que très rarement intentionnels. Ils sont le résultat de surcharges sensorielles, d’une communication limitée, d’une mauvaise compréhension de leurs émotions, d’une incompréhension de la part des neurotypiques de leurs demandes et besoins, etc. Dans tous les cas, un comportement a toujours une raison et il est primordial d’en trouver la source. C’est en trouvant cette source que nous pourrons concrètement aider la personne autiste à mieux se connaître, à mieux distinguer ses émotions, à mieux les exprimer et à mieux les gérer.

11. L’autisme est causé par les vaccins, une carence affective, une intoxication aux métaux lourds

Non, non et non. On ne le dira jamais assez. On naît autiste et on meurt autiste. 

12. L’autisme se guérit en changeant l’alimentation

Bien sûr que non. Une saine alimentation est recommandée pour tous les humains et on peut y voir un changement dans notre énergie et dans notre bien-être. Mais, on ne le dira jamais encore assez. On naît autiste et on meurt autiste. 

13. Les autistes ne parlent pas

La grande majorité des autistes communiquent par la parole, même que plusieurs sont plutôt très volubiles. Certains dès leur plus jeune âge et d’autres plus tardivement, 5-6 ans, voire 14-15 ans. L’acquisition du langage est très variable d’un autiste à l’autre et le rythme de cet acquis n’a rien à voir avec le potentiel intellectuel ni avec leur autonomie future. 

Certains d’entre eux peuvent avoir des épisodes de mutisme sélectif dans certaines situations. 

Les autistes non verbaux peuvent communiquer, par écrit, par des pictogrammes, etc. Il est important de leur donner des outils pour leur permettre de s’exprimer afin qu’ils gagnent en autonomie. Ces autistes ont des opinions et des besoins comme tous les humains et méritent notre respect et d’être traités dignement. 

14. Les autistes ont des talents particuliers comme une mémoire exceptionnelle, du génie en calcul mental, etc.

Certains oui, d’autres non. De manière générale, les aires cérébrales des autistes sont constituées de manière à développer certaines facultés mieux que la population générale. Il ne s’agit pas de super pouvoirs, mais, encore une fois, d’une différence neurologique. Le cerveau des autistes est construit de manière distincte ainsi certaines fonctions sont moins développées et d’autres d’avantages. 

Les autistes se concentrent souvent sur leurs centres d’intérêt particuliers qui deviennent une véritable passion. C’est pourquoi ils peuvent exceller dans leur domaine de prédilection. 

Chaque autiste a son propre potentiel, comme pour tous les humains. 

15. Les autistes doivent être corrigés et traités pour être inclus socialement

Les autistes ont besoin d’être acceptés comme ils sont. Les tentatives pour changer leurs comportements et petits gestes que l’on juge inadaptés sont des atteintes à leur nature profonde. Les thérapies visant à corriger leurs comportements peuvent porter de grands préjudices aux autistes. Accepter, comprendre, décoder, porter attention aux comportements et adopter une attitude empathique, c’est de laisser toute la place à la pensée autistique de s’exprimer librement. Et c’est ainsi que nous verrons le vrai potentiel et la vraie nature d’une personne autiste et que nous l’aiderons à devenir une personne autonome. 

L’autisme donne naissance à des racines communes, mais génère de multiples embranchements plus différents les uns que les autres. L’autisme grandit, l’autisme évolue à son rythme et libère un être exceptionnel prêt à nous faire grandir et évoluer à notre tour.

Mélanie Ouimet

La neurodiversité : une utopie qui masque la souffrance?

La neurodiversité : une utopie qui masque la souffrance?

Célébrer la neurodiversité, la diversité humaine, l’intelligence sous toutes ses formes : la diversité du cerveau, corps et esprit humain, avec ses souffrances et blessures, avec ses couleurs et lumières. 

Une des critiques négatives envers le concept de la neurodiversité est que celui-ci est élitisme et ne s’adresse qu’aux personnes ayant un bon niveau de fonctionnement social. En ce qui a trait à l’autisme particulièrement, cette critique revient souvent soi-disant que la neurodiversité s’adresse seulement aux autistes « hautement fonctionnels ». Il est reproché d’oublier et d’exclure les autistes de « bas niveau », voire de ne parler que pour une « race supérieure » d’autistes. En somme, le concept négligerait ceux ayant un « véritable » trouble et un « véritable » handicap. Cette croyance ne pourrait être plus qu’infondée!

Il est important de spécifier d’emblée que la neurodiversité est inclusive. L’humanité est neurodiverse comme l’humanité est raciale, culturelles, ethnique. La neurodiversité ne catégorise pas les êtres humains en termes de maladies mentales, de troubles neurologiques, de déficits ou d’anormalité. La neurodiversité favorise l’épanouissement de chaque être humain, dans le respect de sa singularité, en lui apportant l’aide et un soutien véritables basés avant tout sur la relation humaine et selon ses besoins qui lui sont propres. 

Actuellement, la tendance populaire pour expliquer les troubles psychiatriques est basée principalement sur le cerveau de la personne : le cerveau est fonctionnel ou dysfonctionnel. En somme, la psychiatrie utilise les neurosciences cognitives pour expliquer les « symptômes » d’une personne. Or, un être humain ne pourra jamais être réduit qu’à son cerveau. Le cerveau est complexe et surtout, il est en interaction constante avec l’entièreté du corps humain.

La neurodiversité est un concept qui se base sur les neurosciences – pas seulement sur le cognitif. Les neurosciences englobent les disciplines étudiants le système nerveux ainsi que l’anatomie et les maladies qui peuvent en découler. Les neurosciences sont donc un champ transdisciplinaire faisant appel à une diversité d’approches afin de considérer l’être humain dans son intégralité. 

Ainsi, lorsque nous abordons le concept de la neurodiversité, en aucun cas il s’agit de masquer la souffrance comme si elle n’existait pas, mais bien d’une part, apporter une meilleure compréhension de la diversité humaine. L’excentricité, l’intensité, l’originalité, l’hypersensibilité, l’intériorité, la spontanéité ne sont pas des maladies! Dans cete même optique, c’est de donner un sens aux comportements. Les comportements, les réactions et les émotions humaines qui ressortent de la norme et qui semblent parfois incompréhensibles et qui effraient la majorité ne sont pas nécessairement le signe d’un trouble immuable ni d’un dysfonctionnel cérébral[1].

Par exemple, l’autisme se caractériserait par une plasticité modale-croisée[2], c’est-à-dire une réorganisation des aires cérébrales qui confèrerait un fonctionnement perceptif préférentiel comparativement à un fonctionnement préférentiellement social. Il s’agit d’une variante neurologique minoritaire naturelle. Lorsque certains comportements perturbants surviennent ou qu’une souffrance qui semble sans retour s’installe, la « cause » n’est pas ce fonctionnement perceptif à proprement parler, mais bien la résultante de plusieurs situations externes vécues par la personne.

Pour comprendre le sens des comportements ou de la souffrance, il est impératif de considérer l’être humain dans un système complexe et dynamique et de concevoir les comportements comme étant une réaction physiologique « normale » et non comme une réaction conséquente à un trouble, à une maladie mentale contre laquelle nous devons nous battre.

À l’inverse de la tendance psychiatrique actuelle, la neurodiversité ne masque pas la souffrance humaine sous l’appellation « trouble neurologique » – d’un cerveau dysfonctionnel. Il est essentiel de reconnaître ce qui ne va pas, sans toutefois le pathologiser ni en laissant la personne avec la problématique. La neurodiversité met sans masque ni tabou cette souffrance en lumière pour apporter un véritable soutien à la personne afin de permettre à celle-ci de la vivre et de la traverser pleinement en toute sécurité. 

La neurodiversité s’oppose au conformiste d’une société normalisante qui détruit tout ce qui fait de nous des êtres humains et qui semble avoir perdue de vue au fil du temps les besoins essentiels des humains: se sentir inclut, vu, reconnu, compris, connecté. 

Célébrer la richesse de l’être humain. La force de sa diversité naturelle. Sa capacité singulière et souvent incomprise d’adaptation dans l’adversité, même la plus hostile. La complexité de ses systèmes qui interagissent ensemble, avec les autres et avec l’environnement. Célébrer l’être humain, un être fondamentalement social dont ses joies, ses peines, ses déceptions, ses réussites, ses attentes, ses angoisses, ses souffrances, sa résilience ne seront jamais réductibles qu’à un cerveau « normal » ou « dysfonctionnel » pas plus qu’à des mesures neurobiologiques.

La neurodiversité est une forme d’élitisme selon certains. Mais, l’élitisme ne serait pas plutôt de faire croire à certaines personnes qu’elles ont un trouble et ainsi leur enlever tout pouvoir sur leur vie personnelle? Le concept de la neurodiversité n’est pas que réservé aux personnes « hautement fonctionnelles » de la société. Le concept de la neurodiversité n’est pas un nouveau paradigme qui servira à masquer la détresse et la souffrance humaine, comme le fait le paradigme médical actuel en nommant ces défis : troubles psychiatriques. Dépsychiatriser ces comportements ne revient pas à dire que nous devons accepter la personne comme elle est en la laissant dans une détresse ou en la laissant avoir des comportements potentiellement dangereux pour elle comme pour son entourage. Il s’agit d’apporter un sens à ses comportements, d’en trouver la racine profonde afin qu’elle puisse retrouver sa pleine autonomie. 

La neurodiversité, c’est en soi repenser l’organisme vivant en tant que systèmes complexes interagissant ensemble pour former un tout indissociable. La neurodiversité, c’est de concevoir la souffrance psychique de manière totalement différente que ce que l’industrie pharmacologique propose et d’amener une vision humanisme pour redonner le pouvoir et l’autonomie à chaque être humain.


Mélanie Ouimet


[1] À titre d’exemple : http://neuromanite.com/2019/10/28/troubles-graves-du-comportement-ou-mecanismes-dadaptation-mal-compris-partie-1/

[2] Barbeau, E.B., Lewis, J.D., Doyon, J., Benali, H., Zeffiro, T.A., & Mot- tron, L. (2015) A Greater Involve- ment of Posterior Brain Areas in Interhemispheric Transfer in Au- tism: fMRI, DWI and behavioral evidences. NeuroImage:Clinical 8: 267–280

L’autisme: reconsidérer la nature humaine

L’autisme: reconsidérer la nature humaine

Pour ce premier billet, je vous expose un concept grandissant, mais encore méconnu qui me tient grandement à cœur. Celui de la neurodiversité.

La beauté et la force de l’humanité résident dans la diversité qui la compose. La diversité humaine est vaste et comporte plusieurs dimensions. L’intelligence cognitive n’en fait pas exception. Il n’existe pas de manière unique de penser, de concevoir, de percevoir le monde qui nous entoure. Tout comme la diversité ethnique, culturelle, sexuelle et biologique, la diversité cognitive enrichit la société et est essentielle au développement des êtres vivants.

L’intelligence différente est parmi nous, partout. L’autisme, le TDAH, la dyslexie, la dyspraxie, la bipolarité, etc. font partie de ces formes d’intelligence d’exception. La condition autistique sera plus précisément traitée dans ce présent écrit puisque cette condition me touche personnellement.

L’autisme est perçu comme une maladie ou un trouble à éradiquer, à guérir. Néanmoins, les personnes directement concernées, les autistes, pour la grande majorité d’entre eux, ne souhaitent pas être sauvés de leur condition. Les autistes revendiquent le droit d’exister pour qui ils sont: des humains intègres à part entière. Les autistes ne sont ni des êtres brisés, ni des êtres inférieurs. Leur cerveau ne comporte ni lacune ni anomalie. Il n’est pas endommagé, mais organisé de manière différente. Grossièrement, nous pourrions dire que le cerveau des neurotypiques (personnes typiques, «normales») est conçu pour avoir des habiletés sociales et le cerveau des autistes est conçu pour avoir des capacités perceptives. Aborder l’idée éventuelle d’un traitement peut porter de graves préjudices aux autistes. Pour un autiste, vouloir à tout prix le guérir revient à dire qu’il n’est pas assez bien et digne pour vivre tel qu’il est.

L’autisme d’un n’est pas l’autisme des autres. L’unanimité quant à ce concept semble irréaliste. Entre autistes de Kanner non verbaux et autistes Asperger, a priori, l’unité paraît inconcevable. Bien que l’idée semble énorme, elle mérite réflexion. Pour un parent, avoir un enfant autiste représente de nombreux défis à relever au quotidien, et parfois ses défis peuvent sembler insurmontables. Dans notre société actuelle, il y a plusieurs obstacles à franchir et l’aide véritable se fait très rare. Il ne s’agit en aucun cas de négliger et de nier ces embûches. Il s’agit de revoir notre manière de conceptualiser la neurodiversité. La différence est normale, saine et souhaitable avec tout ce qu’elle implique. Ses forces et ses défis. Les forces doivent être mises à profit et doivent être encouragées. Les défis limitatifs et handicapants doivent être améliorés. 

L’amélioration d’une condition ne veut pas dire l’éliminer. Les difficultés de communication, l’anxiété, la gestion de la colère, l’hypersensibilité, etc. ne sont pas propres à l’autisme, mais propres aux humains. Nous avons tendance à prendre la difficulté comme étant un problème intrinsèque à l’autisme et oublions parfois qu’il y a une personne, un humain qui se cache derrière le mot autisme. Une personne qui demande soutien, bienveillance et respect face à sa condition. Concentrons-nous à aider la personne autiste en difficulté en l’outillant de manière empathique à sa situation propre et unique afin que son quotidien en soit bonifié. Au même titre que nous aiderions une personne anxieuse à gérer son anxiété par exemple.

Nous dépensons des millions de dollars pour des recherches qui permettraient d’éradiquer l’autisme et de le prévenir alors que nous devrions mettre nos efforts dans l’amélioration de la qualité de vie des personnes autistes et leur apporter du soutien, ainsi qu’à leurs proches. Les autistes devraient toujours avoir le droit de choisir leur traitement et leur forme d’aide et le tout, suivant la nature de leur personnalité profonde sans devoir subir quelconque assimilation dans le but de les changer.

Ce mouvement a été lancé par des personnes autistes. Ils ont un message important à transmettre et ils méritent d’être entendus. Ces autistes sont bien avec leurs différences et ils ne souhaitent pas être «guéris» de leur condition autistique. Les autistes verbaux et non verbaux s’allient à ce mouvement. Nous n’avons qu’à penser aux deux têtes de file de ce mouvement, Jim Sinclair, qui n’a pas parlé avant l’âge de 12 ans et Amanda Baggs, qui est considérée comme une autiste de bas niveau sévèrement handicapée. Les autistes ont beaucoup à apporter à la société. Les autistes parlent pour eux même. Il est grand temps de les écouter.

La neurodiversité nous amène à regarder ces conditions neurologiques uniques sous un autre œil afin d’y percevoir toutes les vertus des esprits distincts plutôt que d’y voir des pathologies en soi. En voyant des campagnes de sensibilisation très alarmante et négative sur l’autisme en cataloguant ce «trouble» de catastrophe, de déficit parsemé de difficultés, de lacunes et de manques à combler, les autistes se retrouvent d’emblée condamnés à êtres des individus inférieurs et limités tout au long de leur vie. L’estime de soi s’en retrouve entièrement démolie et leur plein potentiel demeure en dormance caché au fond d’eux. À l’inverse des images véhiculées qui mettent à l’avant les déficiences, le mouvement de la neurodiversité voit les personnes autistes comme des individus possédant une combinaison complexe de forces et de difficultés cognitives.

Un cerveau distinct, des branchements cérébraux différents auxquels arborent des individus singuliers, avec une vision exceptionnelle de la vie. Ce cerveau remarquable n’a rien à voir avec une maladie ou un trouble. Ces distinctions relèvent de la neurologie, de la biologie, de la génétique qui sont à la base même de l’hétérogénéité de la vie. La différence choque, la différence effraie, la différence est déroutante. Pourtant si précieuse. La différence est rafraîchissante, la différence est galvanisante, la différence colore la vie.

L’idée peut sembler énorme, saugrenue et marginale, mais ne mérite-t-elle pas réflexion? Je vous invite à revenir à la base et à reconsidérer la nature humaine. Je vous invite à repenser l’autisme au travers le prisme de la diversité humaine. L’autisme est une richesse pour l’humanité. Laissez les autistes vous guider vers leur vision du monde avec leur langage. Ils ont beaucoup à vous apprendre et nous en sortirons tous grandis.

Mélanie Ouimet