TDAH : l’urgence d’un changement de paradigme

TDAH : l’urgence d’un changement de paradigme

Aujourd’hui, nous assistons à la dérive du paradigme médical. Un modèle pour lequel l’originalité, les étapes de vie, les défis, la détresse et la souffrance humaine sont bien rapidement considérés comme des affections psychiatriques. 

Le 31 janvier dernier, dans une lettre ouverte[1], 48 professionnels, dont 45 pédiatres dénoncent la surmédicamentation des enfants québécois ayant reçu un diagnostic de TDAH et sollicitent la réflexion collective. 

La neurodiversité[2] et nous en tant que militantes du mouvement, soutenons cette lettre ouverte et appelle à un changement de paradigme. 

Statistiquement parlant, à l’heure actuelle 23 % des adolescents ont reçu un TDAH et 17 % ont reçu un trouble anxieux. Ces chiffres alarmants ne tiennent pas compte des autres « troubles psychiatriques » comme l’autisme, la bipolarité, la dépression, les troubles alimentaires, etc. 

À l’époque où la science nous démontre que le développement d’un être humain est un processus variable et unique, ces dernières statistiques devraient nous inquiéter et nous amener à réfléchir sur notre conception de la normalité, sur les standards de développement des enfants, sur l’uniformisation de l’enseignement, sur notre mode de vie, sur la performance ainsi que sur nos attentes personnelles.

Les fondements théoriques du modèle médical sont majoritairement basés sur une approche neurologique et génétique selon laquelle le cerveau est rapidement considéré comme dysfonctionnel lorsque des défis sont rencontrés. Il est d’emblée admis que les enfants en difficulté souffrent d’un trouble neurologique, en l’occurrence ici, d’un TDAH.

Collectivement, nous en sommes venus à justifier, voire à idolâtrer le modèle médical qui vient apaiser éphémèrement la détresse et déculpabiliser en masquant le manque de connaissances et d’outils alternatifs, laissant l’illusionnisme d’avoir somme toute agi pour le mieux-être. Cela, non sans risque pour ces jeunes concernés pour qui leur problématique est transformée en trouble mental.

À l’heure actuelle, notre société voue un culte à ce modèle biomédical, dominant et bien ancré dans nos mentalités, brimant notre sens critique. Nous tendons à prendre ces théories sur les troubles neurodéveloppementaux pour acquises. Mais, une question est rarement posée : quelle est la validité de ces troubles d’apprentissage ? Personne ne détient cette réponse. Affirmer le contraire serait une grave erreur scientifique et éthique. 

N’oublions pas que dans les faits, nous nous basons simplement sur des observations, des listes de critères subjectives, sur ce que nous appelons « troubles du comportement » pour émettre un diagnostic psychiatrique. Aucun marqueur biologique ne permet d’assurer la validité dudit diagnostic émis. En ce sens, tout diagnostic neurologique émis demeure subjectif. Ceci ne veut pas dire que la diversité neurologique n’existe pas ni que la détresse n’est pas présente. Ceci veut simplement dire que les évaluations psychiatriques comportent des limites humaines et scientifiques quant à la fiabilité, d’autant plus lorsqu’on met l’accent sur le dépistage précoce des enfants en âge préscolaire. La recherche nous apporte d’ailleurs certaines réponses concernant la validité de ces outils de dépistages[3]. Le risque de mal interpréter les comportements est énorme. Le risque de s’enfermer dans un diagnostic ou dans une difficulté donnée et d’y réduire l’enfant à ces derniers est réel et préjudiciable. 

De plus, nous ne tenons que très rarement compte de l’environnement dans lequel l’enfant évolue. L’accent est excessivement mis sur la vision médicale. Dès qu’un enfant éprouve des difficultés, rencontre des défis, a certaines lacunes, nous croyons immédiatement qu’il a un trouble quelconque. Nous ne remettons que très peu souvent les méthodes d’apprentissage en doute ni le contexte familial dans lequel le jeune grandit. Des facteurs qui influencent pourtant considérablement ses comportements et ses émotions, dont sa concentration et son hyperactivité en classe. 

Sommes-nous devenus à « pathologiser » ni plus ni moins des comportements normaux humains; à pondérer l’enfance ? La profession médicale outrepasse-t-elle sa vocation? Il semblerait qu’au-delà d’apporter des soins aux individus, l’institution médicale s’attribue le droit de définir le concept de normalité et par conséquent, de définir ce qu’est un être humain normal. Cette transgression médicale est la force motrice derrière cette immodération de la solution pharmacologique.  

La neurodiversité[4] et nous en tant que militantes du mouvement, dénonçons cette médicalisation des émotions et des comportements humains qui en découlent.

Le concept de la neurodiversité apporte ce changement dans la manière dont d’une part, nous considérons le fonctionnement cognitif et d’autre part, sur nos méthodes de soutien envers les jeunes – et adultes – rencontrant des défis. 


Le gouvernement caquiste a annoncé récemment que 70 à 90 millions $ seraient investis au cours des deux prochaines années pour la détection des retards de développement chez les enfants. Vraisemblablement, ces mesures de dépistages précoces enrichissent cette force médicale dans un engrenage clinique qui est déjà hors de contrôle. De plus, par exemple, « il est bien documenté que les diagnostics précoces – en autisme – sont plus à risque de ne pas être confirmés par l’évolution de l’enfant (Turner & Stone, 2007), puisqu’un tiers des diagnostics portés avant 24 mois s’avèrent ultérieurement inexacts.[5]» Le risque de confondre immaturité cérébrale avec un trouble est énorme.

Une annonce donc plus qu’inquiétante considérant cette surmédicamentation et le manque de ressources humaines pour accompagner ces jeunes dans une approche humaine ayant en compte la situation unique globale de ceux-ci. Tel un ordinateur comprenant trop d’erreurs dans le programme (un bogue), le gouvernement semble appeler au formatage des enfants. Dans cette optique, nous interpellons le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, afin que ces dernières mesures annoncées soient réévaluées. 

Par ailleurs, nous soulignons l’importance de ne pas transférer la problématique c’est-à-dire de transformer le « TDAH » en d’autres troubles psychiatriques immuables. Par exemple, les troubles du comportement et les troubles anxieux semblent être mis de l’avant pour expliquer les problématiques des jeunes. Certes, ces défis sont bien réels et les problématiques doivent être prises au sérieux. Mais, n’en faisons pas des troubles mentaux ! Essayons de développer des stratégies, des compétences, des ressources pour nos enfants. Accompagnons-les avec bienveillance. L’anxiété par exemple, fait partie de la vie : la réaction au stress est par ailleurs inévitable. Mais, il est possible d’apprendre à la canaliser et d’en tirer profit pour nous propulser plus loin au quotidien et ainsi, développer la résilience. 

Au-delà des nombreuses sources extérieures pouvant perturber la concentration laissant croire à un « TDAH », nous oublions l’essentiel : la diversité humaine. Ces personnes excentriques, originales, créatives, intuitives qui ont toujours existé ainsi et dont notre société actuelle a de plus en plus tendance à stigmatiser sous des diagnostics psychiatriques dont les troubles neurodéveloppementaux. 

Nous avons tous une part de responsabilité. Et si nous prenions le temps de comprendre l’origine des comportements qui nous dérangent ? Et si nous prenions le temps pour découvrir qu’un changement dans nos approches pourrait établir une harmonie dans nos relations interpersonnelles ? Et, si finalement, nous acceptions que la normalité soit un mythe construit à partir de la souffrance de ceux qu’on soumet ? Nous demandons d’ouvrir le dialogue avec toutes les parties concernées, sans exclure les personnes ayant reçu un diagnostic. Pour que l’investissement soit fait de manière efficace sans trimballer les erreurs du passé.



Signé Lucila Guerrero, Mentore de rétablissement en santé mentale et Mélanie Ouimet, fondatrice de La Neurodiversité.


Références complémentaires : 

Caitlin M. Conner, Ryan D. Cramer et John J. McGonigle

https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/ServicesSociaux/INESSS_CoupDoeil_TDAH.pdf?fbclid=IwAR2_ru-VhaXP9EiXktIxVDTQ4O1g4QV5mqM-jUWNH169PuZigJ2sy5vBpJo

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/547952/une-lecture-sociologique-du-tdah?fbclid=IwAR14ChRtiGsrTuzU_Go5c-hacHn1grnSI3pPwbIFzTuzJAKTl6lLXZjYNwc

https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/ServicesSociaux/INESSS_CoupDoeil_TDAH.pdf?fbclid=IwAR3-v2_WX2iORp_ojwri1IWaYRn_Y1NCSX7SexaqUPDELGzqWh46r03gDVs

https://secure.cihi.ca/free_products/choosing-wisely-baseline-report-fr-web.pdf?fbclid=IwAR3nP-9wA7M7vzznmW2SmV5BxCxEkJjbgBTZGov2EIMN1aC3mXTXK7FVqHY


[1] https://www.journaldequebec.com/2019/01/31/tdah-et-medicaments-sommes-nous-alles-trop-loin

[2] http://neurodiversite.com

[3] Sommes-nous tous des malades mentaux ? La vérité sur le DSM-5, ODILE JACOB, Allen Frances, 2013

[4] http://neurodiversite.com

[5] L’intervention précoce pour enfants autistes, Laurent Mottron, MARDAGA, 2016

La décharge de colère n’est pas un trouble neurologique

La décharge de colère n’est pas un trouble neurologique

Le 17 avril dernier, une mère a témoigné de l’expulsion de son enfant de son CPE en raison de ses troubles de comportement[1]. À la lumière des commentaires, force est de constater que les parents et les adultes accompagnateurs sont en détresse et dépassés face à ces comportements dérangeants et qu’ils manquent cruellement de ressources, de connaissances sur le développement et sur la maturité cérébrale des enfants. 

Que s’est-il passé pour que nous arrivions à croire qu’un enfant en crise soit en psychose? À quel moment en sommes-nous venus à oublier que les émotions, aussi fortes et intenses soient-elles, soient une pathologie? À quel moment avons-nous perdu, en tant d’adulte, confiance en nos propres ressources intérieures pour accompagner un enfant? Pourquoi préférons-nous collectivement se faire croire que nos enfants souffrent de plus en plus de troubles mentaux? Serait-il plus facile de croire que les enfants ont tous un trouble mental que de remettre en question nos interventions et de prendre notre part de responsabilité dans la détresse que vivent nos enfants? 

Nous préférons collectivement faire croire à des enfants, à de JEUNES enfants, que leur cerveau est troublé, qu’ils sont troublés EUX dans leur esprit, que d’assumer notre désarroi et notre impuissance envers l’enfance, les laissant croire que ce qu’ils ressentent n’est que résultante d’un dysfonctionnement. Nous « pathologisons » l’enfance, nous médicalisons l’enfance. C’est terrible que de ne plus avoir le droit de ressentir! 

Un enfant en crise n’a pas un trouble de comportement! La colère est normale, saine et souhaitable, comme toutes autres émotions. Il est également normal qu’une crise de grande intensité puisse durer de quelques minutes à 45-60 min[2]. Ces réactivités sont normales compte tenu de son âge et de sa maturité cérébrale. 

La décharge de la colère, bien qu’explosive chez de jeunes enfants, est nécessaire pour un retour à l’équilibre. Il n’en revient qu’aux adultes d’offrir une présence chaleureuse et d’offrir des outils à l’enfant une fois le retour au calme chez ce dernier. Un enfant ne peut maitrise seul ses émotions. Il a besoin de l’aide d’un adulte pour contenir ses émotions qui débordent et l’envahissent. Il a besoin d’une présence calme, ferme et bienveillant.

Certains enfants seront plus réactifs que d’autres. Certains seront ainsi plus susceptibles de faire davantage de crises plus fréquemment et plus intensément. Les enfants ayant une grande sensibilité par exemple peuvent se retrouver à ressentir plus fortement leur environnement, à avoir plus de difficulté à gérer les sensations que provoquent les émotions dans leur corps. Ils peuvent être plus anxieux. Ils peuvent être plus sujet à ressentir un énorme malaise et ils ont beaucoup de difficulté à le communiquer avec des mots. Ils ne peuvent pas prendre de recul seul, réfléchir et analyser ce qu’ils vivent.  

Il s’agit d’un passage normal de l’enfance. Il est primordial que les adultes qui accompagnent l’enfant l’apaisent plutôt que de le réprimander. Notre propre attitude en tant qu’adulte peut augmenter la détresse chez l’enfant, que ce soit par un simple regard exaspérer, un haussement de voix, un cri, ou simplement en demandant à l’enfant de se calmer. Alors que la crise est la manière de se calmer… 


Il demeure extrêmement exigeant d’accompagner un enfant en crise. La décharge émotionnelle de la colère est puissante et vive. Plusieurs cris, hurlements, gestes brusques, besoin de lancer des objets et de tout saccager sur son passage, etc. surviennent fréquemment. L’accueil de cette émotion est particulièrement difficile. Le sentiment d’impuissance face à l’expression du mal-être de l’enfant est bien présent. 

Par contre, ce n’est qu’avec une présence bienveillante, rassurante, ferme et douce que l’enfant pourra, progressivement, apprivoiser ce qui se passe en lui. Un enfant en crise a surtout besoin de tendresse. Offrir un câlin ou poser un regard tendre à l’enfant est parfois suffisant pour faire descendre un peu la tension ressentie chez ce dernier. Chaque geste doux envers l’enfant le sécurise et l’aide à apprivoiser ses émotions et à maitriser ses impulsions. « Un comportement parental affectueux a un impact positif considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant.[3] » Par ailleurs, l’amour et la tendresse sont des carburants pour l’enfant. Ce sont des besoins vitaux et leur réservoir affectif se vide beaucoup plus rapidement que celui des adultes et ce qui est souvent à l’origine des crises.  

Il est donc normal pour un enfant de ne pas comprendre ce qui se passe en lui lorsqu’il est en crise. Il ne comprend pas ce qu’il ne ressent ni plus qu’il ne peut se contenir seul. L’enfant non accompagné risque de se sentir honteux de ressentir la colère et monstrueux de réagir si violemment sans pouvoir se contrôler. Nous devons le rassurer et lui dire que ce qu’il ressent est normal et lui apprendre à nommer ses émotions.

Il s’agit d’un travail d’accompagnement à long terme! Nous avons tendance à rechercher des méthodes rapides et quasi miraculeuses. Or, le cerveau d’un enfant est immature et le cerveau humain prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Les colères explosives sont simplement la « conséquence de l’immaturité du cotez préfrontal et des circuits relayant l’information entre le cortex et le système limbique Le cerveau supérieur n’est pas assez développé pour pouvoir gérer de tels orages émotionnels.[4] » Un jeune n’aura pas cette capacité de réfléchir seul à ces actes lorsqu’il vit une tempête émotionnelle avant 13-14 ans nous rappelle Isabelle Filliozat[5]

Ce qu’il faut savoir également c’est que tous comportements sont des manières de communiquer, parfois très maladroitement un besoin, une détresse. Un enfant en crise émotionnelle très puissante est littéralement envahi et submergé par des émotions qui le dépasse. Il est normal qu’il n’entende plus rien et qu’il soit hors de contrôle. 


En tant qu’adultes, nous avons la responsabilité d’accompagner les enfants. Nous avons la responsabilité de gérer nos propres émotions, d’aller chercher les outils pour favoriser notre propre paix intérieure afin d’offrir une qualité de présence optimale envers l’enfant[6].  Nous avons la responsabilité de nos propres interventions envers eux que nous nous devons de remettre en question. 

Il devient bien trop facile et commun d’attribuer aux enfants un trouble de santé mental et ce sont eux, qui en subiront les conséquences et risque d’être blessés en silence[7]. Gardons en tête que la colère est une émotion humaine normale et saine. Les enfants vivent de grandes tempêtes émotionnelles. C’est déconcertant, mais de grâce, n’en faisons pas une pathologie !


[1] https://www.tvanouvelles.ca/2019/04/17/expulse-a-5-ans-de-son-cpe

[2] Isabelle Filliozat, au cœur des émotions de l’enfant, 

[3] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse

[4] Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse

[5] Isabelle Filliozat, il me cherche, comprendre ce qui se passe dans son cerveau entre 6 et 11 ans

[6] https://joelmonzee.com/developper-la-pleine-presence/

[7] La neurodiversité, 20e anniversaire de la naissance du concept, collectif, chapitre Joël Monzée, p.191-220, mars 2019

Opposition et provocation : l’importance de l’écoute et de l’empathie

Opposition et provocation : l’importance de l’écoute et de l’empathie

Le trouble d’opposition avec provocation et agressivité est souvent remarqué chez les enfants autistes et/ou ayant une TDA-H. Refus d’obéir aux demandes faites par une figure d’autorité, tenir tête en permanence, crises importantes et violentes. Ces comportements sont exaspérants pour les parents qui deviennent rapidement à court de ressources pour traverser cette période pénible et ardue. 

Et si le trouble d’opposition était examiné et abordé sur un autre angle. 

Il est difficile pour les parents d’avoir un enfant qui s’exprime avec intensité, il faut le reconnaître. Et à l’inverse, il est facile de qualifié un enfant de difficile, de capricieux, d’agressif et de lui imposer une étiquette de trouble oppositionnel sans pousser plus loin. Catégoriser et qualifier peuvent être aidant pour comprendre le fonctionnement d’une personne et de voir combien l’humanité est neurodiverse. Ces qualificatifs – subjectifs selon chaque personne -devraient cependant demeurer neutres et non dépréciatifs de la valeur d’un individu (Aucun enfant n’est méchant ou petit monstre).

À la base, s’opposer signifie se différencier. L’enfant ressent le besoin de devenir une personne à part entière et indépendante. Cette étape est normale et fait partie du développement de l’enfant. Quand cette période s’intensifie et perdure, cela ne signifie pas que l’enfant est capricieux, mal élevé ou désobéissant mais bien que l’enfant essaie de nous exprimer un besoin (très malhabilement !).

Un parent qui prend une position menaçante, qui fait les gros yeux, qui cri, qui impose une punition ou une correction physique ou qui utilise la violence verbale envers un enfant en crise, ralenti la maturation de son cerveau. Ces humiliations et peurs ne font qu’augmenter l’agressivité de l’enfant et accentuer son niveau d’anxiété. 

Les phrases telles que « Tu es insupportable! » « Qu’est-ce que tu as encore fait ! » « Arrêtes de pleurer! » « Tu es trop gâté! » « Obéis ou alors… » « Tu me fais honte! » « Ton frère est plus sage que toi. » « Cesse tes caprices! » augmentent l’agressivité et l’anxiété chez l’enfant. 

Envoyer un enfant réfléchir dans sa chambre, surtout en bas de 5 ans, n’est pas une bonne solution. Le cerveau des enfants n’est pas encore suffisamment mature pour prendre du recul et pour analyser leurs actes seul. 

Ainsi, lorsqu’on dit une de ces phrases à un enfant ou que nous optons pour une punition ou retrait, ses réactions seront d’enfouir ses émotions à l’intérieur de lui jusqu’à ce que cette émotivité ressurgisse en agressivité, en paroles violentes (Je te déteste, tu es méchante maman) ou encore en cette émotivité implosera en anxiété, insomnie, impuissance (je suis nul, je suis mauvais). La réaction de l’enfant pourra également être instantanée soit par des cris, hurlements, coups, pleurs. Sa rage déferlera jusqu’à ce qu’elle soit entendue. Le but n’est pas de rendre la vie des parents insupportables, de leur faire honte ou de se montrer irrespectueux ou blessant. L’objectif – non conscient – pour l’enfant est de retrouver son calme intérieur, de faire évacuer ses émotions qui le rendre mal à l’intérieur de lui. 

Ces comportements de violence que les parents jugent inacceptables sont souvent punis. La relation avec l’enfant tombe alors dans un cycle de reproches et d’indignation. Les défis rencontrés ne sont jamais résolus. 

Dans une relation saine et respectueuse, il n’y a pas de personne autoritaire ni de personne obéissante. Les luttes de pouvoir sont alors absentes. Agir avec empathie plutôt que par autorité permettra à l’enfant d’affranchir son émotivité et de trouver des solutions. 

Quand un enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal demeure inactif. À l’inverse, lorsque le parent amène l’enfant à réfléchir en lui offrant un choix, l’enfant a la possibilité de prendre une décision, son cerveau frontal se mobilise lui permettant de penser, de décider, d’anticiper, de prévoir et de devenir une personne responsable. 

Un enfant en crise est un enfant qui a besoin d’aide. Il a besoin de ses parents pour s’autoréguler. Seuls l’empathie et la bienveillance sont de mise dans ces moments. 

Lorsqu’un enfant s’apprête à taper, le parent peut par exemple arrêter son geste calmement avec douceur. En moment de crise, les paroles sont inutiles. Contenir l’enfant contre soi, même s’il se débat, l’aide à s’apaiser. 

Une fois le calme retrouver, nous pouvons aider l’enfant à mettre des mots sur ses émotions. ‘’Tu étais très en colère.’’ ‘’Tu as le droit d’être en colère, mais pas de mordre. Parler permet de trouver des solutions, ensemble.’’ 

Se montrer bienveillant envers un enfant que nous qualifions de difficile n’est pas de tout repos pour les parents. Il s’agit d’un travail à long terme.  N’hésitez pas à demander de l’aide lorsque vous êtes épuisés. Vous ne pouvez pas tout faire tout seul, c’est impossible. Ayez des attentes réalistes envers votre enfant et envers vous-même. Nous avons tous besoin de se ressourcer pour redevenir un parent calme et attentif aux besoins de notre enfant. Un enfant peut être plus demandant et plus difficile mais l’épuisement parental est également à prendre en considération. Est-ce vraiment l’enfant qui est difficile ou la relation que nous avons avec lui qui est difficile à gérer ? L’effort pour construire cet relation sera d’autant plus exigeante et tumultueuse si nous sommes épuisés. 

Asseoir son autorité parentale en donnant des ordres n’est pas un moyen efficace d’obtenir la collaboration d’un enfant. Un enfant a toujours une bonne raison de s’opposer ou d’être agressif (Bien que leurs comportements ne soient pas toujours acceptables !). Tenter d’avoir raison ou de le frustrer davantage, envenime notre relation avec lui. Nous pouvons par contre l’aider à communiquer ses émotions. Une relation harmonieuse repose avant tout sur la patience, l’imagination, le jeu, l’écoute et l’empathie. Cherchons à comprendre ce qui se passe dans la tête de notre enfant. 

Derrière un comportement, aussi déstabilisant et gravissime soit-il, il y a toujours un motif sur ce qui touche profondément l’enfant. Un besoin inapaisé qui chercher à s’exprimer bien maladroitement. 

Petites pistes de réflexions de Mitsiko Miller :

Opposition et lutte de pouvoir
Comportements traduits en phrases:
« Écoute-moi!!!! Je veux parler!!! Écoute-moi!!!!!! »
« As-tu pensé à moi? Suis-je important à tes yeux? »
« Je me sens attaqué et critiqué! Est-ce que tu m’aimes vraiment? »
« Je ne me sens pas compétent! »
« Ce n’est pas juste! »
« Je ne comprends pas la pertinence de ta demande. Aide-moi à comprendre les raisons de ta requête!»
Besoins possibles derrière les comportements: Écoute, considération, compréhension, sens, respect, amour, choix, autonomie, confiance.

Mélanie Ouimet


Références :

Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen

Mitsiko Miller : http://familleharmonie.com/2014/05/31/arrete-tes-caprices/

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat

La science au service des parents, Margot Sunderland

Nouveau regard sur l’anxiété des autistes

Nouveau regard sur l’anxiété des autistes

L’anxiété est une problématique qui revient souvent lorsqu’on parle d’autisme. Certaines personnes croient que l’autisme est systématiquement lié à l’anxiété. 

L’anxiété est souvent considérée comme une comorbidité de l’autisme. Pourtant, il n’y a aucun lien entre la neurologie autistique et les troubles anxieux ni avec une santé mentale plus fragile. Récemment, des chercheurs des universités anglaises de Surrey et de College (Londres)[1] ont démontré que l’anxiété et les troubles de santé mentale des personnes autistes sont directement liés à la discrimination, l’intimidation, le rejet, la marginalisation qu’ils subissent quotidiennement. L’anxiété n’est pas corrélative à l’autisme en soi mais bien à la détresse psychologique plus élevée que vivent les autistes dans leur environnement. 

Cependant, plusieurs autistes ressentent de l’anxiété en lien avec leur cerveau perceptif. Cette anxiété n’est pas une fatalité en soi, bien au contraire. Selon Brigitte Harrisson, « Le taux d’anxiété ressentie est un bon indicateur du travail qui doit être fait sur le plan de l’organisation cognitive chez l’autiste.[2] » Ainsi, pour comprendre l’anxiété chez les autistes, il faut tout d’abord tenir compte des particularités neurologiques de leur cerveau perceptif. Inévitablement, les informations entrantes ne sont ni perçues, ni analysées de la même manière que chez les non-autistes. 

Généralement, les méthodes d’aide actuelles couramment utilisées et la médication ne tiennent pas compte de ces particularités neurologiques. Ces méthodes pourront aider à court terme, en superficie, mais elles n’offrent pas de solutions concrètes et efficaces. L’autiste risque alors d’être aux prises avec des problèmes d’anxiété plus sévères, pouvant mener à la dépression par exemple. La personne autiste tombe alors dans un cycle pernicieux. Il risque également d’être dépendant toute sa vie de la médication.

Lorsqu’on parle d’anxiété en autisme, on ne parle pas de la même anxiété : il ne s’agit pas d’anxiété sociale. Bien sûr, un autiste pourra être anxieux pour des raisons similaires aux non-autistes, dans certaines circonstances ou certains événements de la vie et ressentir également, à certains moments, de l’anxiété sociale. L’anxiété est un sentiment humain. 

Les événements sociaux, les conversations et interactions sociales sont abstraites et imprévisibles. Tout se passe rapidement. Il y a plusieurs informations à traiter et analyser. Tout bouge, tout change. Le cerveau de l’autiste reçoit une quantité faramineuse d’information de toute part. De l’information variable et en continu !

Le cerveau d’un autiste traite plus aisément les informations concrètes et fixes. Sa pensée en images est séquencée. Lorsqu’un imprévu survient, comme dans les situations sociales où rien n’est prévisible, l’autiste aucun repère. Son schéma mental stable n’existe plus. Il doit rebâtir une nouvelle image, puis une nouvelle, puis une nouvelle, puis une nouvelle… C’est exigeant et anxiogène ! 

Par exemple, un autiste côtoie une collègue au travail. Ils ont des échanges à propos de leur travail dans l’environnement de travail. Un jour, il rencontre par hasard cette collègue au centre commercial. La panique s’installe ! Son schéma mental vient d’éclater en mille morceaux. L’autiste vient de voir pour la toute première fois sa collègue dans un autre lieu que celui du travail. De plus, elle est habillée de manière totalement différente qu’à l’habituel. Bien sûr, la personne autiste sait très bien que la collègue de bureau a une vie à l’extérieur du travail et qu’il est possible de la croiser par hasard. Mais, au niveau mental, il n’a plus de repère puisque le schéma initial était fixe, enregistré et classé dans son cerveau, tel quel. Il doit alors gérer cet imprévu, refaire un autre schéma. C’est énormément de travail. Et maintenant, comment dois-je communiquer avec cette collègue ?  Que dois-je dire ? Dois-je agir comme sur le lieu de travail ? 

Il est possible pour un autiste d’apprendre à faire des liens rapides entre « ses images mentales » sans que cela le déstabilise complètement. Il est possible de diminuer l’anxiété d’un autiste en travaillant avec lui afin qu’il apprenne à mieux gérer son fonctionnement. 

Mélanie Ouimet


Également disponible au MPLV : https://www.mamanpourlavie.com/blogues/le-blogue-dune-maman-autiste/17213-nouveau-regard-sur-l-a-anxi-t-des-autistes.thtml

Références :

[1] Extending the Minority Stress Model to Understand Mental Health Problems Experienced by the Autistic Population, Monique Botha, David M. Frost, publish October, 2018

[2] L’autisme expliqué aux non-autistes, Brigitte Harrisson et Lise St-Charles, TRÉCARRÉ, 2017

Mieux comprendre le besoin de « fuguer » des autistes

Mieux comprendre le besoin de « fuguer » des autistes

Une des problématiques souvent relevée chez les enfants autistes est leur tendance à fuguer. En effet, on estime qu’environ le tiers[1] des enfants autistes sont susceptibles de fuguer. Ce risque de fugue estimé ou d’errance est plus élevé chez les autistes que chez les non-autistes. Ces fugues sont très anxiogènes pour les parents et elles sont également très difficile à comprendre. 

De manière générale, on propose une liste de conseils afin d’aider à prévenir l’errance des enfants autistes dans le but d’éviter une tragédie. Bien que les outils proposés s’avèrent souvent indispensables pour la sécurité de l’enfant devant ses fugues imprévisibles, on n’offre rarement des pistes concrètes afin de comprendre les motivations de l’enfant à fuguer et ainsi, à y mettre fin en développant d’autres stratégies. 

Bien souvent, on se limite à dire que les fugues sont une « simple » problématique liée au trouble autistique et que « ces enfants » n’ont pas la notion de danger. Il faut ainsi apprendre à vivre avec « le trouble ». 

La prudence s’acquiert au fur et à mesure des expériences de vie chez tous les enfants. Il est très difficile pour les enfants d’évaluer les risques potentiels pour sa sécurité. Chaque enfant progresse à son rythme et passe progressivement de l’âge de l’imaginaire à l’âge de la raison. Parfois, il paraîtra très « mature » et raisonnable dans certaines situations, et parfois, il sera plus ambivalent face à une autre situation. 

Or, lorsqu’un autiste prend la fuite, cela n’a aucun lien avec la compréhension de la notion de danger. Un enfant autiste en fugue n’est pas, à priori, un enfant imprudent n’ayant aucune notion du danger. L’enfant autiste en fugue agit instinctivement à l’anxiété qu’il ressent sur le moment. Son cerveau est en mode « défensif » et ce sont les mécanismes de survie qui prennent le dessus. Ainsi, pour la majorité des situations, l’enfant fugue par peur. Il fuit un danger potentiel, qu’il soit réel ou non. 

Dans son livre « Aimer dans l’imbroglio », Lucila Guerrero relate certains faits qui se sont passés dans l’établissement scolaire de son fils. « En après-midi, mon fils est rentré dans la classe parce que la porte n’était pas bloquée. Son enseignante lui a dit de retourner dehors. Mon fils ne voulait pas et il a couru pour ne pas se faire attraper. L’autre adulte responsable de la classe lui a pris la main et l’a serré fort. Mon fils a crié, disant qu’il avait mal. Mais l’adulte ne l’a pas lâché. Il l’a trainé par terre pour le mettre hors de la classe. »  

On comprend aisément, à l’aide de plusieurs autres exemples similaires illustrés dans son livre, que le fils de Lucila a subi de la violence physique et psychologique de la part du personnel enseignant. L’environnement scolaire n’est pas sécuritaire. Il se sent menacé. S’enfuir, se mettre à courir, fuguer sont des mécanismes de survie ! 

Malheureusement, les situations comme celles-ci sont encore trop nombreuses dans nos écoles, qu’elles soient spécialisées en autisme ou non. Par contre, il n’y a pas besoin que la situation perçue comme menaçante soit aussi évidente pour que l’enfant autiste se sente véritablement en danger et que les mécanismes de fuite s’opèrent.

Parfois, il s’agit d’un incident très mineur, d’une dispute antérieure, d’un ton de voix trop élevé, de l’ambiance environnante, des stimuli trop envahissants, d’une incohérence, d’un manque de repère sécuritaire, d’un manque de lien de confiance, d’un climat autoritaire. Tous ces éléments sont anxiogènes. Ils peuvent tous être perçus comme un potentiel danger. Ils peuvent tous être perçu comme une menace à l’intégrité et à la survie de l’enfant

Tout être humain qui se sent menacé agira ainsi : attaque, fuite, immobilisation. Comme le mentionne Catherine Gueguen[2], les enfants sont dominés par leur cerveau émotionnel. Ils réagissent instinctivement pour leur survie. Leurs émotions sont vécues très intensément. Par exemple, lorsqu’ils sont en colère ou qu’ils ont peur, ils peuvent être poussés à attaquer, à fuir ou à se figer. Ils n’ont pas encore la maturation nécessaire pour prendre de la distance avec leurs émotions et analyser la situation avec discernement. 

C’est précisément ce qui se passe généralement lorsqu’un enfant autiste fugue ou se cache. Il ressent une forte anxiété qui le pousse à s’enfuir. 

Bien qu’il ne soit pas toujours facile de découvrir ce qui pousse un enfant autiste à s’échapper, tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas compris la source, l’inconfort persistera chez l’enfant, qui sera contraint de fuir à nouveau. 

Mélanie Ouimet


[1] https://www.eurekalert.org/pub_releases/2016-04/nh-ooa042616.php

[2] Vivre heureux avec son enfant, Catherine Gueguen, ROBERT LAFFONT, novembre 2015