Devenons des maîtres jardiniers plutôt que des sculpteurs

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que, l’environnement dans lequel nous évoluons, a une plus grande influence que notre bagage génétique. Les neurosciences affectives et sociales et l’épigénétique permettent de nous éclairer sur la manière dont notre cerveau est influencé par ce que nous vivons principalement au niveau relationnel et sur l’impact de notre alimentation, notre environnement physique, la pollution, les relations peuvent modifier l’expression de nos gènes favorablement ou défavorablement.


La neurobiologie nous démontre à quel point l’environnement a une influence majeure et direct sur le développement des enfants et que nous sommes prédéterminés pour être en relations intimes avec les autres. Pour qu’un enfant s’épanouisse, il en revient aux adultes de leur offrir cet environnement favorable à leur croissance. Un environnement adapté à leurs besoins qui sera capable de les soutenir et de les nourrir affectivement, socialement et cognitivement.

Le processus de croissance du cerveau humain suit un développement prolongé qui débute environ 2 semaines seulement après la conception et qui poursuit son court tout au long de l’enfance, de l’adolescence pour atteindre sa maturité vers notre 30e année de vie (parfois plus tardivement selon les sources). Cette maturation cérébrale suit un plan de développement innée. L’être humain possède tout ce qu’il faut biologiquement et génétiquement pour croître en maturité. À condition que l’environnement soit optimal.

Ainsi, chaque être humain a un « plan » global inné unique de développement du cerveau et l’environnement dans lequel il évolue déterminera sa réalisation. Ce sont les signaux reçus via l’environnement qui favoriserons ou non ce potentiel génétique et qui guidera le développement neuronal. La maturité cérébrale se déploie à partir des facteurs génétiques et environnementaux et de leurs interactions complexes au fils des années.

Pour que ce « plan » global croît, le lien affectif doit être le noyau de l’écosystème dans lequel l’enfant évolue. L’attachement profond et sécure envers les adultes qui prennent soin de l’enfant est à la base de la sécurité intérieure de celui-ci et par conséquent, à la base du développement optimal de sa maturité cérébrale. Il est instinctif pour un enfant de s’attacher aux adultes qui l’entourent. Un environnement qui met de l’avant l’attachement au centre de l’éducation de l’enfant est un environnement naturel qui respecte les lois biologiques et physiologiques de notre nature humaine. Gordon Neufeld mentionne que « rien ne pourrait être plus important que ce facteur dans le développement. Nous devons toujours garder l’attachement à l’esprit[1]. » Cet élément relationnel doit être au cœur des milieux scolaires.

Extrait tiré de ce livre

Nous mélangeons souvent amour et respect alors que respecter et aimer sont eux notions complètement distinctes. Dernièrement, à la mi-juin, nous avons assisté à des vagues de dénonciations d’agressions sexuelles. Ces vagues envoient un message fort sur la notion de consentement, de l’intégrité physique et psychologique, sur les frontières personnelles. Nous parlons de culture du viol, mais ce à quoi nous assistons à mon avis va beaucoup plus loin dans la notion de respect de soi et de respect de l’autre. Le respect de soi. Un respect que nous n’avons jamais, pour la grande majorité d’entre nous, pu bénéficier.

Quand l’éducation est basée sur : « C’est pour ton bien. », « Fait dont plaisir! », « Sois poli embrasse grand-maman! », « Si tu veux ton cadeau, viens me donner un bec avant. », « Vas faire un câlin, aller! ». Mais aussi dans des violences dites ordinaires : « Ne pleure pas. », « Arrête tes caprices! », « Sois fort! », « Je te met une claque sur une fesse pour que tu comprennes. ». Ce n’est pas banal.  Jiddu Krishnamurti portait cette réflexion : « Afin de comprendre comment un enfant se développe, on doit le regarder jouer ; l’étudier sous différentes humeurs. On ne peut pas projeter sur lui nos propres préjugés, nos propres espoirs, ni nos propres peurs, de même qu’on ne peut pas modeler l’enfant pour qu’il corresponde à nos souhaits. Si l’on juge sans cesse l’enfant en fonction de nos goûts personnels, il se créera forcément des obstacles et des entraves dans notre relation avec lui tout autant que dans ses relations avec le monde. » Le consentement, le respect du corps, le respect et l’écoute des émotions, apprendre à reconnaître et nommer les besoins, tout cela s’apprend tout d’abord en respectant les enfants dans la relation que nous avons avec eux.

Quand ces frontières sont constamment franchies sous prétexte de normes sociales, de politesse, d’éducation, de faire plaisir à l’autre, comment dès lors est-ce possible de s’affirmer? De dire non, fermement et avec douceur sans avoir peur, sans figer, sans ressentir de honte, de confusion et de culpabilité? Comment espérons-nous recevoir du respect d’autrui alors que ni lui ni nous avons conscience de nos propres limites personnelles et intimes? Comment une personne peut-elle respecter l’autre alors qu’elle ne sait même pas se respecter elle-même?

Cela s’applique également en milieux scolaires. Pour tout ce qui a trait à l’éducation des enfants, « nous sommes devenus sculpteurs au lieu des maîtres jardiniers que nos jeunes enfants requièrent[2] », remarque Deborah Macnamara docteure, spécialiste du développement et membre du corps professoral de l’Institut Neufeld. Alors que notre rôle ne devrait qu’être simplement d’observer, de trouver et d’ajuster l’environnement dans lequel l’enfant évolue afin de lui permettre de grandir. En sculptant nos enfants, même avec tout notre sentiment d’amour pour eux, nous ne les respectons pas malheureusement.

À l’instar des végétaux, les enfants possèdent en eux tout ce qui est nécessaire pour s’épanouir à condition d’avoir un écosystème optimal qui permettra cet épanouissement. Lorsque nous regardons les végétaux, nous constatons à quel point la diversité est présente, riche, complexe et en interaction avec tout ce qui est présent dans leur écosystème. Pour qu’une graine, qu’un bulbe ou qu’un tubercule prenne racines et croît, ils ont besoin d’un environnement favorable : un terreau fertile, de la luminosité, de l’ombre, de l’eau. Tous des paramètres variables selon le moment de croissance et aussi selon chaque variété. Quand nous jardinons et que nous mettons une graine de tournesol en terre, nous savons que si nous prenons soin de son environnement, la graine deviendra un tournesol. Nous savons que la graine possède en elle tout ce dont elle a besoin pour devenir une fleur. Bien enracinée, la graine se transforme progressivement, elle croît, elle se métamorphose jusqu’à l’épanouissement de la fleur. Le tournesol ne ressemble dès lors plus à la petite graine que nous avons mis en terre. Nous avons eu confiance qu’en veillant à lui offrir un bon environnement, que la graine deviendrait une plante, qui donnerait un bourgeon et que la fleur s’épanouirait.

Si nous étions des maîtres jardiniers pour nos enfants? Si nous prenons conscience qu’être en proximité dans la relation avec l’enfant nous permet de voir ses véritables besoins et d’y répondre instinctivement avec plus de respect. Nous ne serions plus dans la peur que l’élève échoue. Nous aurions pleinement confiance en lui, en nous et nous saurions qu’il suit son rythme normal de développement.

Mélanie Ouimet


[1] Gordon Neufeld, dans préface, Deborah Macnamara, Jouer, grandir, s’épanouir, le rôle de l’attachement dans le développement de l’enfant, Éditions au carré, 2017

[2] Deborah Macnamara, Jouer, grandir, s’épanouir, le rôle de l’attachement dans le développement de l’enfant, Éditions au carré, 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Shares