Les « stéréotypies » ne sont pas un symptôme de l’autisme

Mal vues et mal comprises, les « stéréotypies » sont considérées comme un symptôme de l’autisme que l’on tente de faire disparaître. 

Souvent, nous pouvons entendre que lorsque les « stéréotypies » de la personne autiste sont moins présentes, c’est signe qu’elle va mieux, qu’elle est « guérie » de son autisme ou que son « état » s’est amélioré. Cependant, le fait de faire ces gestes et ces particularités ne sont pas le signe d’une atteinte quelconque. Ils sont le signe d’un apprentissage, d’une émotion, d’une manière d’assimiler de l’information, de se détendre. 

En traitant ces gestes comme étant un symptôme clinique de l’autisme, on fait une grossière erreur. On voit dans les « stéréotypies » des comportements néfastes et nuisibles qui empêchent l’évolution de l’autiste. Or, c’est tout le contraire. 

Ce sont les « stéréotypies » qui permettent à l’autiste d’évoluer.

Un enfant qui fait énormément de « stéréotypies » et qui, un jour, ressent moins le besoin d’en faire n’est pas moins autiste. Il n’a pas « progressé » dans son autisme. Il a grandi, simplement. Comme tous les enfants évoluent, cheminent, apprennent en grandissant. 

Par exemple, un jeune enfant non-autiste pourrait jouer à la poupée ou avec des petits camions. Cela pourrait être son jeu favori à 4-5 ans. Ce même enfant aura certainement changé d’intérêt à l’âge de 10 ans et il serait absurde de dire qu’il est « moins atteint » car il a progressé dans ses jeux. Il en va de même pour un autiste qui aligne ses jouets. Il joue, il s’amuse, il apprend. Puis, un jour il se désintéresse et passe à une autre étape. 

Les « stéréotypies » sont plus visibles et plus marquées surtout à l’âge préscolaire puisque le développement d’un enfant autiste, particulièrement prototypique (Kanner), diffère du développement d’un enfant non-autiste. Ce qui est très déstabilisant pour une personne qui ignore le fonctionnement autistique. 

Ce n’est pas « le degré d’atteinte » de l’autisme que nous devons améliorer, mais notre manière de percevoir les « stéréotypies » et notre compréhension de celles-ci.

De plus, on amalgame toutes les « stéréotypies » ensemble, comme si leur fonction était la même. Pourtant, elles sont toutes différentes et elles sont présentes pour des raisons variables. 

Lorsqu’on empêche un autiste de faire des alignements, d’observer les détails d’un objet, de faire tourner des objets, nous l’empêchons de jouer, de mettre de l’ordre fluide dans son environnement. Nous empêchons son cerveau de faire son travail organisationnel et conceptuel.  

Lorsqu’on empêche un autiste de faire de battre des mains, nous l’empêchons d’exprimer une émotion, la joie.

Lorsqu’on empêche un autiste de passer les doigts devant ses yeux rapidement, de caresser une couverture douce ou de focaliser sur toutes autres agréments sensoriels, nous empêchons son plaisir de découvrir les textures, les sons, les luminosités, les couleurs. 

Lorsque nous empêchons un autiste de faire des mouvements « bizarres » avec son corps, de se balancer, d’avoir la bougeotte, nous l’empêchons d’évacuer sans tension, de se concentrer, d’assimiler de nouveaux apprentissages, de mieux gérer le flot d’information entrant. 

Lorsque nous empêchons un autiste de faire des vocalises ou de l’écholalie, nous l’empêchons de communiquer, d’apprendre la communication verbale, d’avoir du plaisir. 

Lorsque nous empêchons un autiste d’avoir ses intérêts « restreints », nous empêchons l’autiste de développer ses passions. 

Mélanie Ouimet

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