Retour sur la conférence de Joël Monzée – Journée Mondiale de la Neurodiversité

Lors de la journée mondiale de la Neurodiversité, le 30 septembre dernier, Joël Monzée nous a offert une conférence sur l’impact que peuvent avoir les diagnostics psychiatriques sur nos vies.

 

Avant de plonger dans l’univers de l’autisme et de la neurodiversité, j’ai fondé Parents Éclairés, un projet pour lequel la parentalité bienveillante suivant les normes biologiques est au cœur des relations parents-enfants. Force était de constater que la violence, même la plus anodine, est omniprésente dans notre éducation. Les méthodes punitives sont bien ancrées dans nos réflexes parentaux.

Pourtant, les neurosciences affectives nous démontrent l’importance qu’une éducation non-violente a sur le développement de l’enfant. Le cerveau d’un enfant prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Ce sont, entre autres, les interactions avec les adultes, basées sur un lien de confiance, sur l’accueil des émotions, sur l’empathie, qui permettent au cerveau de se développer selon son plein potentiel.  

C’est à partir de ce constat que le lien entre bienveillance et neurodiversité m’est apparu indéniable comme étant une part non négligeable dans la compréhension des comportements perturbants ou incompréhensibles des enfants ayant un diagnostic. Parce que si cette violence ordinaire est encore banalisée ou ignorée dans notre société en général, elle l’est encore plus, à mon avis, lorsqu’il est question de troubles neurologiques.

Dans sa conférence, Joël Monzée nous a invité à reconsidérer les comportements dérangeants et problématiques en ne les percevant plus comme signes de pathologies mais bien comme des comportements normaux qui peuvent souvent trouver leurs sources dans l’excès d’émotions comme par exemple, l’anxiété.

Nous donnons souvent des étiquettes négatives pour décrire les enfants, comme enfant téflon, enfant roi, intimidateur. Sa conférence nous rappelle que leurs comportements représentent leurs langages affectifs et qu’il est important d’en décoder le sens et d’intervenir en soutenant l’enfant plutôt que de lutter contre le comportement. Les crises sont souvent perçues de manière péjoratives alors qu’en fait, la crise est nécessaire pour le retour à l’équilibre intérieur. Par ailleurs, il est important de se souvenir que biologiquement, l’enfant et l’adolescent ne peuvent pas sortir seuls d’une fragmentation. Ils ont besoin de l’aide d’un adulte sécurisant en qui ils auront pleinement confiance pour confier et exprimer librement leurs émotions.

Il s’interrogeait également sur les motivations réelles derrières la prescription de médicaments pour contrer ces troubles neurologiques. Quelles sont les intentions des diverses compagnies qui interviennent dans ce processus pharmacologique ? Est-ce que la personne a réellement besoin d’un médicament ? Est-ce que le médicament est adapté à la détresse qu’elle vit ? Est-ce que le médicament sert la personne ou son entourage ?

Également, comme il le mentionnait, la génétique a assurément un rôle à jouer dans plusieurs conditions. Mais, a-t-elle un rôle à jouer sur les comportements problématiques ? Est-ce que la génétique est réellement à la source des « pathologies » ?  Si ces comportements trouvaient leurs sources ailleurs que dans un trouble neurologique et génétique présupposé immuable ? Il nous a donc soulevé quelques pistes alternatives possibles aux comportements assimiler aux TDAH, à la dépression, à la bipolarité, trouble alimentaire, que nous avons tendance à négliger. Tout en nous rappelant combien il peut être difficile, lorsque nous n’avons pas le portrait global, d’identifier la source de ces comportements.

Une petite phrase que j’ai bien apprécié parce que je crois fortement que si nous aurions les bons outils et que si nous prenions le temps d’observer, de comprendre, d’aller à la source, d’écouter, nous trouverons solutions à la détresse humaine plutôt que de la masquer…

« Trouble neurodéveloppemntal d’origine génétique.

On ne peut pas faire grand-chose, c’est inéluctable

C’est la faute à personne, bien que le parent ait de mauvais gènes…

Le diagnostic rassure « on met des mots savants sur une détresse. » »

S’il est démontré qu’une éducation bienveillante favorise le « bon » développement du cerveau, il est également démontré que la violence attaque et modifie le fonctionnement des gènes. L’épigénétique, c’est-à-dire l’étude des mécanismes pouvant modifier de manière réversible, transmissible et adaptative l’expression des gènes, vient alors jouer un rôle important quant à l’impact de notre mode de vie sur notre santé physique et mentale. Ainsi, l’environnement dans lequel l’enfant grandit a également une influence majeur sur son développement que l’on ne peut maintenant plus nier.

Au cœur de cette journée de la neurodiversité où l’être humain dans son unicité a été mis en avant plan, mais où les « troubles neurologiques » règnent encore beaucoup comme explicatif aux défis, il fallait du courage pour aborder ces réflexions et pour remettre en question les théories prédominantes quant à l’origine des multiples comportements que peuvent avoir les enfants, les adolescents et même les adultes. Bien que cela soit très difficile à admettre, nous avons tous une part de responsabilité vis-à-vis le développement de nos enfants. Nous avons donc, « l’exigence de bien l’accompagner, mais, le résultat dépend de l’enfant » comme Joël Monzée a pris soin de nous le rappeler en début de conférence.

Lorsque nous donnons un diagnostic psychiatrique à une personne, sans tenir compte de son histoire singulière, nous risquons davantage de l’isoler avec sa souffrance et de la blesser en silence plutôt que de lui offrir tout le soutien dont elle a véritablement besoin.

 

Mélanie Ouimet

 

 

 

1 thought on “Retour sur la conférence de Joël Monzée – Journée Mondiale de la Neurodiversité”

  1. « Lorsque nous donnons un diagnostic psychiatrique à une personne, sans tenir compte de son histoire singulière, nous risquons davantage de l’isoler avec sa souffrance et de la blesser en silence plutôt que de lui offrir tout le soutien dont elle a véritablement besoin. »

    J’ai récemment vu un terme nommé “trauma-informed care”, dont la notion de base se rapproche de ce que vous décrivez.

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