L’illusionnisme d’élitisme en autisme – partie 1

 

 

L’autisme est un diagnostic en constant essor depuis les dernières années tant chez les enfants que chez les adultes. Tristement, par méconnaissance, jugements et craintes de stigmatisation, une certaine forme de hiérarchisation s’est installée au fil des années.

 

Les différents diagnostics possibles qui se sont succédé en autisme au fil des DSM, laissaient croire à un continuum linéaire, catégoriel et défini, allant dans l’imaginaire collectif d’une limitation significative du fonctionnement intellectuel à une douance supposée. Par chance, cette façon de penser l’autisme s’est transformée depuis la parution du DSM-V en 2013, l’autisme est maintenant devenu inclusif[1]c’est-à-dire qu’il n’existe plus de distinction entre troubles autistiques, syndrome Asperger et TED non spécifique.

Nous observons en effet une certaine tendance au cours des dernières années à la suprématie de l’autisme Asperger, bien qu’officiellement, cette appellation n’existe plus dans le DSM-5. Avant tout, nous précisons que nous ne sommes pas contre l’appellation Asperger et nous respectons tous les autistes qui s’y identifient. L’Asperger, est beaucoup médiatisé, et la majorité des autistes adultes qui prennent parole ont reçu un diagnostic d’Asperger. Ce diagnostic précis d’autisme semble être presque convoité par certains qui perçoivent ce diagnostic comme de la douance.Certains adultes Asperger rejettent même d’être associés à l’autisme qu’ils considèrent comme étant inférieur. Asperger et autisme, étant selon eux, deux conditions absolument distinctes. Pour aller plus loin, certains professionnels semblent renforcer cette croyance que l’autisme Asperger serait un idéal à atteindre sur le « continuum » autistique. Cette aspiration d’appartenir à un groupe « supérieur » semble provenir d’une certaine surestimation du diagnostic et du SOI – de l’ego – par la personne. Il va sans dire, les Asperger ne sont pas supérieures aux autistes prototypiques ni aux personnes non autistes.

L’idée que le continuum autistique serait trop grand et trop vaste est un sujet de discussion qui revient fréquemment dans le monde de l’autisme et de la neurodiversité. On entend souvent qu’il y a trop de différences majeures entre les personnes autistes. Le spectre de l’autisme défini de manière linéaire allant du plus « léger » au plus « sévère » est pourtant désuet[2].L’autisme est inclusif et englobe tous les autistes, c’est-à-dire les personnes chez qui le fonctionnement perceptif est préférentiel. Le fonctionnement perceptif en autisme[3] est démontré scientifiquement depuis longtemps déjà. Le phénomène de plasticité modale croisée*[4]à la base de ce fonctionnement est présent chez tous les autistes, qu’ils soient prototypiques (Kanner, classique) ou Asperger. Ayant davantage de connexion, les aires perceptives (sensorielles) des autistes exercent des tâches plus complexes que les non-autistes pour traiter l’information entrante. C’est pourquoi nous parlons d’intelligence perceptive en autisme. Les autistes utilisent la perception autrement que les non-autistes.

Ce phénomène remarqué par Laurent Mottron et son groupe de recherche permet de mieux comprendre l’hétérogénéité de l’autisme autrement que par le présupposé « degré d’atteinte ».

Ainsi, brièvement, ce qui distingue les prototypiques et les Asperger est le surdéveloppement de zones cérébrales précises. Le surdéveloppement des zones perceptives chez les prototypiques et le surdéveloppement des aires langagières chez les Asperger traitent une grande partie de l’information entrante. Il en résulte des habiletés perceptives chez les prototypiques et des habiletés langagières chez les Asperger. N’oublions pas que ces deux groupes d’autistes ne sont qu’un portrait généraliste de la manière dont l’autisme peut s’exprimer chez les individus. Ce traitement atypique entraîne entre autres, une moins grande utilisation des aires sociales chez tous les autistes.  

 

Un texte écrit par Richard Marcotte, Mélanie Ouimet et Valérie Picotte

 

Références :

[1]Rappelons que le Syndrome de Rett et le trouble désintégratif de l’enfance sont des maladies neurocognitives dégénératives c’est-à-dire que l’enfant a un développement typique jusqu’à un certain âge avant de régresser. Ces deux diagnostics ont été retirés du DSM-5 puisqu’ils n’ont rien en commun avec l’autisme sauf certaines manifestations subjectives et stéréotypées.

[2]Barbeau, E.B., Lewis, J.D., Doyon, J., Benali, H., Zeffiro, T.A. & Mottron, L. 2015 21; La neurodiversité, l’autisme : reconsidérer la nature humaine, Mélanie Ouimet, Parents Éclairés, mars 2018 ;

Le mythe de « l’autisme léger ou sévère » https://quebec.huffingtonpost.ca/sara-barriere-brunet/le-mythe-de-l-autisme-leger-ou-severe_a_23004507/,https://quebec.huffingtonpost.ca/melanie-ouimet/le-mythe-de-l-autisme-leger-ou-severe-suite_a_23021450/,https://quebec.huffingtonpost.ca/melanie-ouimet/le-mythe-de-l-autisme-leger-ou-severe-fin_a_23038236/

[3]L’autisme : une autre intelligence, Laurent Mottron, MARDAGA, février 2005

[4]L’intervention précoce pour enfants autistes : nouveaux principes pour soutenir une autre intelligence, Laurent Mottron, MARDAGA, juin 2016

*Plasticité modale croisée : l’activité cérébrale de certaines aires est supérieure chez les autistes par rapport aux non-autistes. Les connexions cérébrales sont également plus élevées. Il s’agit de régions perceptives, principalement visuelles ou auditives ainsi que d’aires associatives qui permettent d’intégrer les informations venant des différents sens. C’est ce que nous pouvons appeler une réorganisation des zones cérébrales. L’imagerie par résonnance magnétique démontre que les régions visuelles sont davantage activées chez les autistes pour traiter l’information que chez les non-autistes.

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