Les fonctions exécutives et l’attention

Le « déficit » des fonctions exécutives est une problématique de plus en plus abordée lorsqu’on parle entre autres d’autisme ou de TDAH.

 

Les fonctions cognitives sont les capacités de notre cerveau nous permettant de communiquer, de percevoir notre environnement, de nous concentrer, de nous souvenir d’un événement ou d’accumuler des connaissances[1]. Les fonctions exécutives et l’attention font parties de ces fonctions cognitives.

Les fonctions exécutives représentent un ensemble hétérogène de processus cognitifs de haut niveau. Ces processus cognitifs sont associés généralement à l’intelligence d’un individu. Quand une personne a des difficultés à ce niveau, nous avons rapidement tendance à nommer cette difficulté « troubles » ou « déficit ».

Cependant, nous oublions deux éléments fondamentaux :  le processus de maturation du cerveau et les neurologies divergentes.

Effectivement, il faut plusieurs années, entre 25-35 ans, voire 45 ans, selon les sources, avant que le cerveau atteigne sa pleine maturité. En dessous de 5 ans, l’enfant est dominé par son cerveau archaïque et émotionnel. Son cortex préfrontal est immature et il ne peut donc pas réfléchir, analyser, exprimer ses émotions seul. C’est au fil des années que le cortex préfrontal prendra de la maturité et qu’apparaîtra la capacité de réguler les émotions, de réflexion, d’attention, de concentration, de prendre des décisions, etc. Les fonctions cognitives se développement ainsi à très long terme.

Par ailleurs, le fonctionnement de la société n’est basé que sur la neurologie majoritaire, celle des neurotypiques. Tous les comportements que nous pouvons observer, comme les processus cognitifs, sont basés sur cette norme et également évalués selon cette norme.

Les autistes et les personnes ayant un TDAH ont un cerveau davantage perceptif. Quand notre cerveau analyse les informations de manière perceptive, l’ordre de pensée n’est généralement pas linéaire. Le cerveau est bombardé de stimuli, de détails et le flux informatif est très élevé.

Il est alors facile de se sentir perdu, confus et distrait parce qu’on n’arrive que difficilement à prioriser les informations. Il ne s’agit pas d’une incapacité, ni d’un mauvais traitement de l’information. Il y a TROP d’information entrantes !

Également, lorsqu’on traite les informations de manière perceptive, il faut généralement plus de temps pour traiter les informations abstraites et les environnements changeants. Il faut les analyser de manière consciente, manuellement. Nous devons essayer de construire un scénario continu et fluide avec des “images” reçues de toute part, sans lien nécessairement les unes avec les autres.

Nous avons un tas d’images, d’idées, d’émotions, de sensations et de schémas qui circulent dans notre tête. Elles circulent extrêmement rapidement, sans ordre linéaire. Quand un imprévu ou une nouvelle tâche s’ajoute, notre schéma initial s’égare ou explose et nous devons tout refaire pour donner un sens cohérant. C’est un processus ardu et complexe.

Plus nous apprenons à connaître notre mode de penser, plus nous devenons habiles pour conceptualiser les mots et notre environnement en image (schémas, pattern, émotions, etc.), plus nous apprenons à faire des associations rapidement entre nos images et ainsi, à être plus fonctionnel dans notre quotidien. Nous pouvons plus aisément modifier notre schéma initial sans devenir confus et extrêmement anxieux. 

 

Avoir un cerveau favorisant un traitement perceptif n’est pas un déficit attentionnel et ni un déficit des fonctions exécutives.

 

Lorsqu’on parle d’attention et de fonctions exécutives, nous nous basons sur le fonctionnement des neurotypiques, les personnes qui ont le fonctionnement neurologique majoritaire, c’est-à-dire, une pensée linéaire, plus ordonnée. Alors, il est impossible de comparer ces deux modes de pensées qui sont totalement différents.

 

On ne peut pas demander à une personne d’avoir un ordre linéaire de ses pensées et de sa planification quand son mode de pensée inné est non linéaire !

 

Lorsque notre cerveau analyse les informations entrantes de manière perceptives, il favorise la pensée en images et la réflexion intuitive. Les pensées sont nombreuses, désordonnées et très rapides. Plus rapide que le raisonnement verbal. La confusion et la dispersion surviennent souvent et la personne peine à expliquer son raisonnement et ses pensées. Elle peut avoir l’impression d’être plongée dans un profond brouillard.

La majorité des personnes neurodivergentes adultes ignorent ou ont ignoré leur fonctionnement. Personne n’a tenu compte de leurs particularités. Plutôt que d’adapter l’environnement et de tenir compte de leurs différences, leur entourage, le système scolaire et le milieu de travail tentent de normaliser ou ne tient tout simplement pas compte de ces particularités. Souvent, elles ont été critiquées et forcées de se mouler afin de faire comme les autres. Ces personnes passent pour paresseuses et d’irresponsables.

Les gens ne s’imaginent même pas tous les efforts que ces personnes doivent déployer pour essayer d’être fonctionnelles dans leur quotidien. Elles sont incapables de planifier correctement et d’accomplir leurs tâches quotidiennes. Elles sont dispersées, confuses, anxieuses et elles doivent faire d’énormes efforts pour essayer de fonctionner au rythme de la société… mais elles n’y parviennent pas. Elles ont appris à compenser leurs difficultés attentionnelles et d’organisation plutôt que d’apprendre leur mode de fonctionnement divergent.

 

Ces personnes n’ont tout simplement jamais pu capter comment elles fonctionnent. Elles essaient seulement de compenser sans cesse pour être à la hauteur des exigences. Quand on compense toute sa vie, on ressent un profond sentiment de honte et d’incompétence. Le sentiment de ne jamais être à la hauteur. Le risque de développer de l’anxiété généralisée ou de sombrer dans une dépression est bien réelle.

 

Notre société étant construite en fonction de la majorité, le mode de réflexion est d’établir des listes de tâches déroulantes suivant un ordre linéaire. La majorité des gens analysent les informations les unes après les autres. Les idées s’enchaînent dans l’ordre séquentiel, étapes après étapes.

Mais quand une personne autiste, TDAH ou toutes autres personnes ayant cette pensée perceptive réfléchit, c’est une explosion d’idées et de tâches qui surviennent dans tous les sens dans le cerveau. La personne est assaillie de mots, de couleurs, d’odeurs, d’émotions, d’images, de schémas.

 

Il est alors évident qu’il est impossible de « lire » le dessin non linéaire de la même manière que le dessin linéaire !

 

Les cartes mentales ou le « mindmapping » pourraient possiblement bien représenter ce mode de pensée non linéaire. Dans l’explosion d’idées, il y a un élément central auquel il est embranché une multitudes d’autres chemins et idées. L’élément central est souvent l’idée (ou la tâche) sur laquelle on réfléchissait initialement. Il est donc essentiel de nous recentrer sur cette idée de base pour avancer et accomplir toutes nos tâches quotidiennes.

D’autres personnes pourront aussi être très à l’aise de travailler sur plusieurs petits projets à la fois. C’est comme si elle affichait, par exemple, leur “carte mentale” sur leur ordinateur. Elles ont alors plusieurs fenêtres ouvertes, dans plusieurs programmes. Elle avancent toutes ces tâches, petits à petits, en suivant le jaillissement de leurs idées.

Il est possible de mettre de l’ordre dans le chaos de nos pensées et de moins se laisser submerger par ce flot informatif. Il est essentiel tout d’abord de connaître de mode de pensée et de le respecter. Par la suite, nous pouvons nous recentrer sur nous-même et sur notre objectif principal.

 

Mélanie Ouimet

 

Référence:

[1] https://aqnp.ca/la-neuropsychologie/les-fonctions-cognitives/

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