Les effondrements émotionnels dépressifs

J’aborde aujourd’hui un sujet plus délicat : Les effondrements émotionnels dépressifs. Plusieurs personnes autistes sont touchées au moins une fois dans leur vie par ces épisodes d’affaissement généralisé d’une vive intensité. Ces effondrements peuvent être invalidants, intenses et durer de quelques heures à plusieurs jours, voire semaines dans certains cas.

Ces effondrements se vivent très intérieurement et sont, par conséquent, différents pour chaque personne. Pour cette raison, je parlerais de mon expérience personnelle pour éviter les généralisations.

Le meldown s’installe doucement, débutant souvent pas un sentiment sombre qui embrume tout le cerveau.

Tout et rien peut déclencher ce puissant sentiment. Une surcharge sociale, un changement inattendu de trop, une planification qui ne fonctionne pas comme prévu, un événement important, une fatigue physique ou psychologique, un malentendu, une dispute, une parole blessante et plus subtilement, une parole de trop dont on n’aura pas compris le sens – cette sensation de rien comprendre au dialogue social et de se sentir complètement nulle et incompétente – le sentiment de ne pas être une personne convenable, une sorte de monstre, un contact social négatif, un épisode de mutisme m’empêchant de prendre la parole, la sensation que l’univers entier est hostile. C’est un sentiment de colère et d’impuissance dont il m’a a été impossible de verbaliser.

Puis, boom, je viens d’être frappé violemment par une massue. Le sentiment m’envahi sournoisement jusqu’au plus profond de mon être. C’est le vide à l’intérieur de moi – le vide étant un trop plein d’émotions entremêlées et tissées trop serré. L’impression de se faire engloutir par un immense trou noir à l’intérieur de soi. Je me retrouve paralysée par un immense chagrin avec la certitude que plus rien n’ira jamais bien. La douleur physique s’installe, souvent, au niveau du diaphragme. Parfois, je peux me cogner la tête sur les murs ou m’égratigner la peau pour arrêter cette souffrance ou pour tenter de me ramener dans le monde réel. Mes pensées semblent disparaître. Je suis tellement submergée par mes propres émotions que je ne parviens pas à comprendre ce qui se passe dans ma tête, ni à y mettre de l’ordre. C’est un chaos émotionnel dans ma tête et dans mon âme.

Plus aucune discussion n’est possible, aucun mot n’arrive à sortir de ma bouche. Je tombe en épisode de mutisme profond. Aucun mot n’est accessible dans mon cerveau, du moins, par la parole. Je me referme complètement comme une huître. Si je parviens à dire quelques mots, ils sont incohérents et totalement hors contexte. Un malaise évident s’installe, mélangé à un sentiment de honte et je voudrais me faire toute petite et disparaître. Je me sens encore plus ignoble et indigne de vivre.

Je me retrouve recroqueviller dans mon lit, incapable de bouger durant des heures. Une ombre noir enveloppe mon cœur. Il n’y a plus rien que le vide intérieur et la douleur au ventre.

Une immense fatigue se fait également sentir. Un lourd sentiment d’être incomprise et d’être seule au monde s’empare de moi. Je repasse sans cesse l’événement déclencheur en boucle dans ma tête pour y trouver un sens logique jusqu’à me ronger intérieurement.

Pour sortir de la pénombre, j’aurais besoin de tranquillité et de solitude. Aucune source de stimulation agressante. Surtout, plus de discussion qui ne ferai qu’envenimer mon état de confusion et de dépression. J’aurai besoin de faire quelque chose que j’aime mais qui ne demande aucun effort mental comme naviguer sur internet ou me balancer au soleil. J’entre alors dans un état plus neutre, plus tolérable mais non optimal. Je peux alors redevenir fonctionnelle au bout d’un -long- moment mais le sentiment de déprime ne me quitte pas. Il s’installe sur une très – trop – longue période. Par contre, une extrême bonne nouvelle – pour le commun des mortels, il ne s’agit de vraiment pas de grand-chose – peut me faire sortir des ténèbres en un claquement de doigt.

Ces épisodes sont beaucoup moins fréquents et intenses pour moi. Maintenant, je peux me trouver tout juste sur le bord de la falaise, prête à tomber dans le trou noir, mais je n’y tombe plus depuis quelques années. Avec le temps, j’ai appris à me respecter, à anticiper les situations problématiques, à écouter mes besoins. J’ai également beaucoup lâché prise sur les relations sociales. D’avoir reçu un diagnostic m’a donné également beaucoup de réponses logiques dont j’avais tant besoin. J’ai appris à moins m’en faire et à moins ruminer. J’ai pris confiance en moi et mon estime de soi est plus grande.

Nous avons une condition neurologique particulière. Il ne s’agit en aucun cas de problèmes psychologies ou émotionnels, ni d’une immaturité émotionnelle. Nous ne sommes pas en névrose ou autres.

Trouvez des solutions aux difficultés rencontrées, identifier la source des effondrements. Passez le plus de temps possible dans notre domaine de prédilection. Travailler dans un domaine qui nous convient et nous ressemble où il sera possible de suivre nos passions. De rester sur notre chemin de vie, sur la route de notre bonheur. Un changement dans notre entourage peut s’avérer libérateur. N’ayez pas peur de faire du ménage dans votre vie. Éviter les personnes sources de conflits et qui vous renvoie une image négative de vous-même. Entourez-vous de personnes compatissantes et attentives. Aller au bout de nos émotions, les apprivoiser et les laisser s’exprimer, sans jugement envers soi-même. Il est possible de limiter les situations qui nous poussent dans le gouffre.

Nous avons notre place dans la société trop uniformisée et nous devons oser la prendre. N’ayons pas peur d’être qui nous-sommes. Montrons notre personnalité avec assurance.

 

 

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