Les crises à l’âge adulte.

Une des caractéristiques des autistes, ce sont les fameuses crises, ou « meltdowns ». Ces crises arrivent souvent lorsqu’on est en surcharge sensorielle et/ou émotionnelle. Ce ne sont pas de simples crises de colère ou de simples caprices. En anglais, on distingue d’ailleurs « meltdown » (crise autiste) de « tantrum » (crise de colère).

Comme l’autisme ne disparaît pas à l’âge adulte, il m’arrive encore de faire des crises. Elles sont beaucoup moins fréquentes que quand j’étais enfant, mais quand même, ça m’arrive de temps en temps. C’est probablement le trait autistique que j’ai le plus de mal à accepter, mais je ne veux pas guérir de l’autisme pour autant. Je pense que les crises font partie de moi au même titre que mon intelligence (supérieure à la moyenne, mais quand même pas phénoménale) ou mes intérêts particuliers.

Comment se passe une crise chez moi ? C’est difficile à décrire (je ne suis pas en crise au moment où j’écris ces lignes), mais je vais essayer de dire en gros comment ça se passe. Tout commence par une situation anxiogène (par exemple, un autobus manqué ou une dispute avec ma sœur). Souvent, l’anxiété est aggravée par une surcharge sensorielle (causée, par exemple, par un environnement bruyant) et/ou par la fatigue. Quand je suis anxieuse et fatiguée, je suis probablement plus sensible au bruit que d’habitude : des bruits qui ne me dérangent pas d’habitude peuvent me déranger et me rendre encore plus anxieuse. Je sens alors la tension monter dans mon corps. Parfois, j’arrive à me contrôler, mais parfois, j’explose et c’est la crise. Je me mets à crier et à pleurer, souvent je me frappe. Je peux dire des choses que je ne pense pas vraiment, car mes pensées sont comme brouillées. Je me sens souvent coupable de faire une crise, d’attirer l’attention, de ne pas avoir réussi à me contrôler… et paradoxalement, cette culpabilité aggrave souvent mes crises. En général, quand on me dit de me calmer, ça aggrave aussi ma crise, peut-être aussi parce que ça me fait sentir coupable. Je pense que quand je fais une crise, il n’y a pas grand-chose à faire que d’attendre que ça passe. Je finis toujours par me calmer, mais je me sens alors vidée de mon énergie.

Certains me disent que je pourrais prendre des médicaments pour m’aider à réduire mon anxiété, et donc à faire moins de crises. Je ne crois pas que ce soit vraiment nécessaire pour moi, car mon anxiété n’est pas si sévère que ça, et je préfère apprendre à gérer mon anxiété par moi-même. Je connais des trucs pour m’aider à gérer mon anxiété, comme les techniques de respiration et l’activité physique. Ces trucs fonctionnent assez bien pour moi… quand je me donne la peine de les appliquer. J’essaie de travailler pour les appliquer plus systématiquement, par exemple prendre de grandes respirations quand je sens la tension monter, avant qu’il ne soit trop tard. Je sais que je serai toujours autiste et que les crises ne sont pas toujours évitables, mais j’essaie de faire en sorte qu’elles soient de moins en moins fréquentes.

Angélique Lafrance

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