À l’époque où l’autisme était encore inconnu

Il n’y a pas si longtemps, l’autisme n’était pas connu et le mot « autiste » ne faisait pas parti du langage courant.  

Une époque pas si lointaine. Où les gens habitaient dans les rangs à la campagne.  Quand les familles étaient nombreuses, que le mari partait labourer les terres et que la femme préparait les repas des enfants. Dans les rangs, tout le monde se connaissaient et s’entraidaient.

S’occuper d’une maisonnée au quotidien était une lourde tâche avec sept enfants.

Parfois, un bruit, une parole, un malentendu, une chicane de trop entre les enfants, la soupe renversée, la voisin insistante, et l’interrupteur de la colère s’ouvrait à la puissance maximale. Sans crier gare, la tension accumulée s’extériorisait. Tu criais, tu hurlais, tu te cognais la tête et te tirais tes cheveux. Un ouragan déchaîné, impossible arrêter. Tu semblais avoir perdu contact avec la réalité. Tu délirais disait-on.

Contre ton gré, on te maintenait fermement. On t’attachait les mains. Tu te débattais de toutes tes forces comme si tu allais mourir. Tu avais de la difficulté à respirer. On t’amenait à l’hôpital. Tu y restais, le temps que tu te calmes. Une fois l’ouragan passé, plus aucun mot ne sortait de ta bouche. Dans ta chambre, tu te recroquevillais sur ton lit. Ailleurs et inaccessible. Quelques jours, tout au plus, on te ramenait à la maison. Tu étais complètement exténuée, le regard vide. Le « retour à la réalité » était long, ardu et pénible. Tu semblais revenir de si loin.

On te qualifiait de dépressive, de folle, d’hystérique, de névrosée, de malade…

Le voisinage venait t’aider à reprendre ton souffle et « tes esprits ». On prenais bien soin de toi, comme on le pouvait.

À l’époque, on ignorait ce qu’était l’autisme. On ignorait que la folie qu’on te prêtait n’était qu’un trop plein. Des surcharges émotionnelles ou sensorielles. On ignorait que comme un poisson que l’on jette hors de l’eau, tu te débattais et tu lançais un appel à l’aide pour survivre. Survivre à cette intensité quotidienne qui parfois, devient insupportable quand nos besoins, notre condition neurologique est ignorée, incomprise et non respectée.

Et toi, tu ignorais ta condition. Quand on ignore sa condition, on se croit folle. On se croit un monstre. C’était impossible pour toi de comprendre pourquoi les fils de ton cerveau semblaient se toucher et faire un court-circuit. Impossible d’exprimer ta peur terrifiante, ton chaos interne. Il n’y avait qu’une énorme pression dans ta poitrine et dans ta tête et pour survivre, il te fallait exploser.

Tu n’étais pas folle. Tu n’étais pas un monstre. Ce que tu ressentais était bien réel et explicable.

À l’époque, si on avait su que tu étais autiste, ta vie aurait peut-être été autrement grand-maman.

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