Le droit à la fierté

Petite, on me montrait une tapisserie de petites fleurs rouges et on me demandait : Dis-moi, s’il y avait une fleur bleue parmi ces rouges, est-ce que ce serait joli ? On s’attendait à ce que je réponde non et que je reconnaisse que la différence est une tare. On voulait me mouler, car les pas pareils dérangent.

Maintenant je revendique le droit d’être la fleur bleue et pire encore, j’en suis fière. Elle est utile cette fierté puisqu’elle réduit les doutes et donne de l’assurance. Et de l’assurance, j’en ai un immense besoin.

Lorsque je constate l’incompréhension de certains face à la fierté autistique et à son importance, ça me peine. Imaginez que toute votre vie, vous mettiez votre énergie à être une autre personne que vous même, que vos efforts soient dirigés à vous battre contre votre propre identité, comment est-ce que ceci pourrait devenir constructif. Selon moi, c’est impossible. C’est là que la dignité et l’amour-propre deviennent des outils essentiels pour cesser ce comportement malsain d’autocensure de l’âme.

Le contraire de la fierté, c’est la honte.

La honte se cache. La honte n’ose pas, elle ne progresse pas. La honte est aveugle puisqu’elle ferme les yeux du porteur face à ses possibilités. La honte est fataliste.

Quand je vois un pays membre du G8 continuer à prétendre que l’autisme est de la faute des parents me cœur se soulève. Comment voulez-vous qu’ils se tiennent fiers et se fassent confiance pour se donner le droit de remettre en cause certaines thérapies comportementales sur leurs enfants ? Comment voulez vous qu’ils soient libres de défendre leurs droits alors qu’on dit que si leurs petits choux sont comme ils sont, c’est à cause d’eux ? Comment voulez-vous qu’ils gardent du recul et de l’ouverture pour reconsidérer ce qui va à l’encontre de leur conscience si on les culpabilise ? Comment voulez-vous qu’ils aiment avec fierté ? Qu’ils s’enorgueillissent de leurs belles qualités parentales ? Qu’ils applaudissent à leurs réussites et aux défis relevés alors qu’on leur met toutes les difficultés de l’enfant sur le dos ? On leur dit que s’ils aiment vraiment, ils doivent faire fit de leurs sentiments et imposer certains traitements inhumains au nom de quoi ? Au nom de la copie conforme ? De l’imitation parfaite ? Ce n’est que dans un profond respect de l’individu qu’il pourra atteindre son plein potentiel , pas en le dressant à s’ignorer.

On a le droit et le devoir de ne pas avoir honte de cette différence neurologique, les défis ne rendent nos réussites que plus grandes, les particularités nous offrent de nouveaux chemins à découvrir. Les plus beaux trésors sont rarement ceux qui sont le plus aisés à dénicher.

J’ai conscience que certains parents soient heurtés par la fierté autistique, ceux pour qui les enfants n’ont pas encore ou peut-être n’auront jamais de qualité de vie. Des parents rejettent le mouvement pro neurodiversité par crainte que cela minimise l’importance de leurs besoins, nos réalités étant trop éloignées entre autismes selon notre « niveau ». J’arrive à comprendre. Ça me rend triste aussi lorsqu’un enfant est en souffrance et n’a pas accès au bien-être (ces choses arrivent). Mais la fierté n’est pas un rejet de l’ensemble des outils proposés aux personnes autistes, c’est une invitation à ne pas gober tout ce qui est offert, une invitation au libre arbitre, à la réflexion et au progrès. Je ne crois pas que museler les auteurs sur les beaux côtés de l’autisme rende service à qui que ce soit. En fait, même si nos réalités sont différentes, un point nous soude, on a droit à une reconnaissance positive en tant qu’individus. Cette situation de respect profitera à tous. Ce n’est pas une négation des nécessités des personnes à besoins particuliers, c’est un cri du cœur à ne pas oublier l’humain derrière. À se souvenir que non, tous les moyens ne sont pas bons et non, un seul chemin ne mène pas aux résultats attendus.

Partir à la recherche de notre potentiel n’est pas un geste égoïste, c’est un incontournable pour trouver notre place dans un environnement non naturellement adapté à notre fonctionnement. C’est un pilier de notre évolution personnelle. C’est le contre poids face à l’exclusion. Oubliez la possibilité d’un égo surdimensionné, on est très loin de là. La plupart des personnes qui ont vécu des années de rejet luttent plutôt pour conserver et augmenter le peu de confiance en eux qu’ils ont. On ne parle pas ici de fierté « hubristique » (orgueil, démesure), mais bien de la fierté authentique, celle qui donne envie de travailler dur et de se montrer créatif.

Je serai la fleur bleue.

On sait maintenant que les autistes perçoivent, ressentent, apprennent et vivent leurs émotions différemment des neurotypiques. On ne prétend plus que la personne n’y a pas accès. Si on tente de guérir l’autiste, chose impossible d’ailleurs puisque ce n’est pas une maladie, on passe à côté d’un monde à découvrir.

Changeons l’angle de vue, sortons des sentiers battus, remettons en question chacune des pratiques et à ce moment nous pourrons progresser comme société inclusive. Et cet exercice, cet avancement, cette introspection collective, elle ne peut pas se faire dans la honte.

Aucun argument n’est valable pour altérer le droit à la fierté. La fierté ne se négocie pas, elle ne se monnaye pas, elle est en nous comme un moteur nous donnant accès à notre authenticité et à notre personnalité distincte, un outil pour se sentir à la hauteur.

Je serai la fleur bleue, sans me peindre. Je serai et j’existerai et je n’accepterai plus jamais qu’on me demande de me cacher. La conformité ne deviendra pas ma priorité.

P.S. Ce texte vient à la défense de ceux qu’on musèle, ce qui n’est pas ma réalité actuelle. Mon entourage me traite avec un beau respect. Par contre, j’ai la tristesse de constater que tous n’ont pas cette chance. Puis mon outil de défense, ce sont les mots. Alors voici des mots. Pour aider…

Jessica Laporte

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