Le chien comme solution miracle : DANGER

Depuis quelques années, de plus en plus de personnes entendent parler des bienfaits des chiens d’assistance psychologique. Plusieurs articles dans les journaux valorisent l’utilisation des chiens auprès des enfants autistes, des personnes vivant avec des troubles d’anxiété invalidants, des vétérans vivant avec un trouble du stress post-traumatique, etc. Bien que plusieurs enfants, hommes et femmes puissent en effet témoigner de l’impact positif d’un chien sur leur qualité de vie, il est dangereux de véhiculer l’idée que la présence d’un chien suffit pour garantir rémission, bonheur et épanouissement de la personne en difficulté d’adaptation. Tout comme il est faux de prétendre qu’il s’agit d’une aide pouvant convenir à n’importe qui.

Bien sûr, le chien peut être un compagnon extraordinaire, un ami qui ne juge pas et qui apprécie son humain inconditionnellement. De plus, s’il reçoit un entraînement approprié, il peut être un moyen très puissant de gestion de l’anxiété qui peut permettre à la personne : de surmonter sa peur d’aller dans les lieux publics, d’être en contexte social, de trouver le sommeil, de se rendormir après un cauchemar, etc. Il peut parfois aider l’enfant à acquérir des habiletés sociales, de l’autonomie et lui permettre de pratiquer ses habiletés d’expression des émotions, etc.

Par contre, pour augmenter la qualité de vie de la personne en difficulté, le chien à lui seul ne peut être suffisant. Il doit être combiné à d’autres moyens aidants (ex.: thérapies, médication appropriée, saines habitudes de vie, etc.). De plus, bien que l’humain vive des difficultés, il doit être en mesure de s’occuper de son animal, de lui fournir les soins appropriés, de le promener, le nourrir, etc. Un chien peut être aidant, mais il demandera aussi que l’on s’occupe de lui, même quand il fait très froid, même quand il pleut, même quand on vit une journée moins facile, etc…Il faut en être conscient.

 

Tous les chiens sont faits pour la zoothérapie : FAUX

Je vais peut-être choquer certains lecteurs, mais il faut savoir que de nombreux chiens détestent les câlins. À cela s’ajoute que plusieurs chiens sont anxieux, hyperactifs et présentent des problèmes de comportement à l’âge adulte qui fait en sorte qu’ils ne sont pas de bons “match” avec des humains anxieux, des enfants vivant certaines problématiques, etc. Il est donc très dangereux de croire qu’il ne s’agit que d’adopter n’importe quel chiot sous prétexte qu’il s’agisse d’une “race de chien qui aime les enfants” en espérant que l’animal sera aidant et réduira le stress vécu par la famille.

 

Le chien et l’enfant autiste

Dans le cadre de mon travail chez Les chiens Togo, je reçois beaucoup de courriels de parents d’enfants autistes qui rapportent avoir adopté un chien en croyant que la seule présence de celui-ci allait suffire à aider leurs enfants. Souvent, ces familles vivent de véritables cauchemars. Le chien est en pleine adolescence (7-15 mois), il saute et bouscule les enfants, il les mordille ou pire, il manifeste des signes d’agressivité à leur égard. Ces personnes désirent que nous “dressions” leur chien pour devenir chien d’assistance; malgré tous les signes que l’adoption de cet animal est un échec, ceux-ci maintiennent l’espoir que celui-ci sera aidant au bout du compte. En tant que mère, je sais à quel point nous sommes prêts à tout essayer pour augmenter la qualité de vie de nos enfants. Par contre, je me dois d’être honnête avec eux.

En aucun cas, chez Togo, nous n’acceptons de certifier ou d’entraîner un chien déjà présent dans le foyer. Dans un premier temps, parce que le chien qui possède les caractéristiques nécessaires pour devenir chien d’assistance est un cas d’EXCEPTION. Par exemple, le chien doit avoir certaines aptitudes innées (tempérament calme, curiosité, peu de réactivité face aux situations stressantes, etc.). Comme celles-ci ne peuvent pas être apprises en entraînement, il est donc faux de véhiculer l’idée que n’importe qui peut prendre un chien et en faire un chien d’assistance.

Le travail requis et les compétences nécessaires chez l’éducateur canin capable d’entraîner un chien d’assistance est énorme. Il n’existe d’ailleurs aucune réglementation à ce sujet présentement et force est de constater que plusieurs organismes du Canada sont en réalité menés par des imposteurs à la recherche de faire de l’argent sur le dos de personnes à la recherche du fameux miracle…qui n’existe pas. Je pense que la situation doit être dénoncée.

En tant que fondatrice de l’organisme Les chiens Togo, je suis bien placée pour témoigner des bienfaits que la présence d’un chien Togo d’assistance psychologique peut amener chez un adulte, adolescent ou enfant en difficulté. Cela dit, mon rôle est de mettre de l’avant qu’il ne s’agit en aucun cas d’une solution adaptée pour tous, ni d’une solution magique.

 

Pour cette raison, chez Les chiens Togo, nous refusons beaucoup plus demandes que nous en acceptons et nos bénéficiaires doivent rencontrer les conditions d’admission suivantes :

 

Si la demande est pour un enfant :

  • L’enfant le plus jeune du foyer doit être âgé de 6 ans minimum.
  • Les enfants du foyer ne doivent pas être à haut risque de comportements agressifs à l’égard d’un chien. (Une évaluation des interactions chiens-enfants est obligatoire pour être admissible à l’adoption d’un chien Togo. Cette évaluation mesure l’encadrement parental, la capacité de supervision parentale, le respect des consignes pour tous les membres de la famille et la qualité des interactions des enfants envers l’animal)
  • Il est obligatoire d’obtenir un mot de la part d’un professionnel de la santé (psychologue, psychiatre, médecin, psychoéducateur et/ou travailleur social) qui approuve votre projet d’adoption d’un chien Togo (assistance et bon compagnon).

 

Si la demande est pour un adulte :

  • Il est obligatoire d’obtenir un mot de la part d’un professionnel de la santé (psychologue, psychiatre, médecin, psychoéducateur et/ou travailleur social) qui approuve votre projet d’adoption d’un chien Togo (assistance et bon compagnon).
  • La personne doit avoir mis en place des moyens (psychothérapie, thérapie de groupe, médication, suivi professionnel, etc.) pour augmenter sa qualité de vie et ne s’attend pas à ce que la seule présence d’un chien soit suffisante pour surmonter tous ses défis quotidiens.
  • Un diagnostic de troubles psychologiques invalidants doit avoir été émis (ex.: trouble d’anxiété généralisée, trouble du stress post-traumatique, agoraphobie, phobie sociale, trouble du sommeil, etc.). Le simple fait d’être stressé ou déprimé n’est pas suffisant pour avoir accès à nos services.

 

 

Écrit par Noémie Labbé-Roy, révisé par Joëlle Beauséjour.

http://www.leschienstogo.com

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