L’autisme au début de l’âge adulte: le parcours d’une autiste

Ma vie de jeune adulte autiste
En octobre dernier, j’ai donné une conférence appelée « L’autisme à l’âge adulte : différents parcours » avec deux amis autistes. L’idée était de partager notre parcours de l’enfance à l’âge adulte. En effet, il ne faut pas oublier que les enfants autistes finissent par devenir adultes et qu’ils seront confrontés aux mêmes réalités que les non-autistes : trouver un emploi, partir en appartement, peut-être poursuivre des études supérieures, peut-être vivre en couple et fonder une famille… Ces aspects de la vie adulte peuvent être difficiles pour tout le monde, mais c’est souvent encore plus difficile pour les autistes, même pour ceux considérés comme autonomes. Pour ma part, je m’en tire plutôt bien, mais ça n’a pas toujours été facile.

Pour moi, l’aspect le plus facile de l’âge adulte a été les études. J’ai fait un DEC en sciences humaines et un baccalauréat en traduction, et je fais une maîtrise en traduction. Plusieurs autistes demandent des services adaptés au cégep et à l’université, mais je n’en ai pas demandé parce que je ne crois pas en avoir besoin. Donc, ce n’est pas tout le monde qui était au courant de mon diagnostic, mais les gens m’acceptaient comme je suis (par exemple, le fait que je parle beaucoup de Rafael Nadal). J’ai toujours eu de bonnes notes à l’école et je me suis toujours sentie à ma place au cégep et à l’université. Je n’ai jamais eu de difficulté à finir mes travaux et mes examens à temps, même que j’étais souvent parmi les premiers à finir les examens. Oui, j’ai eu un peu de difficulté avec les travaux d’équipe, mais je m’en tirais quand même bien. Depuis que je suis au primaire, on m’a toujours dit que je devais apprendre à travailler en équipe, et j’ai fini par l’apprendre au fil des années. Oui, j’ai eu de la difficulté à aller vers des profs pour me trouver un directeur de maîtrise, mais j’ai surmonté mes peurs. Pour ma maîtrise, je travaille dans un groupe de recherche, où je suis bien intégrée. Cela dit, je comprends que certains autistes ont besoin d’adaptations au cégep et à l’université, surtout ceux qui ont en plus un TDA/H ou des troubles d’apprentissage.

J’ai décidé de faire une maîtrise pour approfondir mes connaissances en traduction, mais aussi parce que ça me semblait plus facile de faire une maîtrise que d’entrer sur le marché du travail. Pour moi, c’est difficile de faire les démarches pour trouver des emplois. Par exemple, bien souvent, je n’envoie pas de CV parce que j’ai peur que ça ne fonctionne pas, mais ça ne fonctionne pas plus si je ne fais rien! J’ai tout de même de l’expérience comme monitrice au centre d’aide en français de mon ancien cégep, car je suis forte en français et je n’avais pas de CV à envoyer pour être acceptée. Je suis restée là pendant deux ans, mais j’ai fini par partir parce que mes élèves reportaient souvent des rencontres et ça me stressait (c’est difficile pour moi de sortir de ma routine). De plus, depuis près de deux ans, je travaille comme traductrice à la pige grâce à une amie traductrice qui m’a recommandée à certains de ses clients. Après ma maîtrise, quand je serai prête à travailler à temps plein, je devrai trouver d’autres clients par moi-même, mais ça devrait être plus facile parce que j’ai de l’expérience. Je n’ai pas de difficulté avec le travail de traduction lui-même (sauf parfois quand je suis sous pression, mais c’est difficile pour tout le monde). Je peux travailler de chez moi ou d’un autre endroit tranquille avec un accès à Internet, comme une bibliothèque. Et depuis peu, je travaille aussi comme auxiliaire de recherche à l’université, et c’est ma directrice de recherche qui m’a offert le poste. Encore là, c’est un travail qui me convient bien. Je me considère comme chanceuse de travailler malgré mon autisme, car beaucoup d’autistes ont de la difficulté à s’intégrer sur le marché du travail même s’ils sont compétents.

Je vis encore chez mes parents parce que je n’ai pas encore les moyens de partir en appartement, mais je passe beaucoup de temps chez mon amoureux, Guillaume. Lui aussi est autiste, donc nous nous comprenons assez bien. Bien sûr, il arrive que nous ayons des accrochages parce que nous avons parfois de la difficulté à communiquer nos besoins à l’autre, mais nous finissons toujours par régler nos problèmes par la discussion. Si tout va bien, j’emménagerai avec Guillaume cet été. Bien sûr, je devrai faire ma part des tâches ménagères, payer le loyer, les factures, faire un budget… Je ne crois pas que j’aurais été prête à partir en appartement à 18 ans, mais aujourd’hui, à 24 ans, je me sens prête. Et à plus long terme, je veux me marier avec Guillaume et fonder une famille avec lui.
Évidemment, je ne peux pas dire comment je vis le rôle de mère tant que je ne l’ai pas vécu, mais je connais plusieurs autistes qui sont de bons parents.

Évidemment, je n’ai pas raconté en détail mes difficultés en tant que personne autiste. Ma vie est loin d’être rose tous les jours, mais je crois que je suis en voie de bien réussir dans la vie malgré ma différence.

Angélique Lafrance

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