Autisme: rien n’est encore compris, mais en attendant…

On nous parle beaucoup de sensibilisation, d’acceptation, de tolérance. Que le bonheur est possible avec les « malgré ». On s’efforce de faire reconnaître notre valeur en tant qu’autiste, de justifier notre existence en mettant notre âme à nu.

 

C’est un combat épuisant, épineux, injuste et émotif. Essayer de gagner ce droit à la vie, de prouver notre valeur en tant qu’être humain. De s’évertuer à trouver des forces qui doivent servir à toute la société. Comme si l’acceptation se méritait, comme si certains talents nous rendaient plus digne d’exister.

Parce que l’essence du mot différence n’est pas compris. Parce que le véritable sens dans ces mots « la diversité est une richesse » n’est pas compris. Les autistes ne sont pas que des « êtres attachants » pour lesquels on doit s’efforcer de trouver une place dans notre société dite inclusive. L’autisme n’est pas une infériorité ni une fragilité génétique de la vie à essayer de contrebalancer. L’autisme est une variation neurologique des esprits humains faisant partie de la neurodiversité. La neurodiversité mérite d’être valorisée au même titre que la diversité raciale, culturelle, sexuelle. Lorsqu’il sera réellement compris que la force de la société se mesure dans la diversité qui la compose, nous aurons compris ce pourquoi l’autisme existe.

J’aspire au jour où les autistes pourront être soi, simplement. Que le simple fait de respirer, d’être en vie, sera légitime et suffisant pour être considéré comme un humain à part entière. Qu’on cherchera à comprendre plutôt qu’à corriger, enrayer, voire guérir certains comportements. Qu’on pratiquera l’empathie, la bienveillance à l’égard des autistes qui sont en détresse.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que tu es magnifique quand ta joie est débordante. Quand tu sautilles, virevolte et tourne. Quand tes mains battent rapidement et calquent les ailes d’un papillon. Ne laisse personne te dire le contraire. Ne laisse personne te prendre cette joie de vivre, cette spontanéité, cet élan naturel qui te rendent si vivant intérieurement.

J’aimerais que tu saches que tu n’es pas obligé de regarder dans les yeux quand on te parle. Je sais que tu écoutes et que tu comprends. Je sais aussi que c’est difficile, même douloureux pour toi d’avoir un contact visuel. Je sais aussi que tu n’es pas hypocrite, ni menteur et que tu n’as rien à cacher. Ne laisse pas les gens te dénaturer.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que ton besoin d’ordre est correct. Tu as le droit d’aligner tes voitures, tes dinosaures, tes oursons en peluches. Tu peux jouer comme bon te semble, aussi longtemps que tu en as besoin. Tu peux calculer l’espace entre les cintres dans ta garde-robe, tu peux même compter tes bas et les placer à leur endroit bien précis avant de t’endormir. Cela te fait du bien, fait-le.

J’aimerais que tu saches que tu as le droit de ne pas parler. Je sais combien c’est énergivore. Tu n’es pas obligé d’aller socialiser à la récré, aux pauses, au diner. Tu n’es pas bête ni stupide ni sauvage. Tu as le droit d’écrire derrière ton ordinaire tes états d’âme, de libérer ces mots que tu retiens ou qui sont incapables de sortir de ta bouche en présence de gens.

J’aimerais que tu saches que tout comme toi, je me balance pour me calmer, pour me concentrer. Je me prends la tête quand tout semble glisser sous mes pieds et que mon cerveau s’échappe, éclate en mille morceaux. Tu n’es pas fou, ni névrosé. Ce que tu ressens est permis.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que ta sensibilité est ta force. Que malgré tout ce qu’on peut dire, tu n’es pas immature émotionnellement. Tu ressens la vie intensément. Tu as le droit d’être euphorique, de crier, de pleurer, de t’isoler sans que les autres n’en comprennent le sens, l’essence. Ne doute pas de toi, n’aies pas honte de toi.

J’aimerais que tu saches que tu n’es pas seul. Il n’y a rien de mal avec ce que tu es.

Ne laisse jamais personne te prendre la liberté de ton cœur.

 

Mélanie Ouimet

 

Pour le 2 avril 2019 sur le huffington Post

https://quebec.huffingtonpost.ca/melanie-ouimet/autisme-bienveillance-ouverture-neurodiversite-societe_a_23704928/

 

5 thoughts on “Autisme: rien n’est encore compris, mais en attendant…”

  1. Merci Mélanie pour ce très joli texte. J’ai moi-même souvent l’impression de devoir me dépasser pour mériter le droit d’être acceptée. C’est absurde et energivore.

    1. Merci 🙂 C’est vrai que c’est absurde !! Je fais encore pareil… je me trouve ridicule parfois !! L’habitude de se « conformer », c’est difficile à défaire !

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