Être soi, simplement

On nous parle beaucoup de sensibilisation, d’acceptation, de tolérance. Que le bonheur est possible avec les « malgré ». On s’efforce de faire reconnaître notre valeur en tant qu’autiste, de justifier notre existence en mettant notre âme à nu.

 

C’est un combat épuisant, épineux, injuste et émotif. Essayer de gagner ce droit à la vie, de prouver notre valeur en tant qu’être humain. De s’évertuer à trouver des forces qui doivent servir à toute la société. Comme si l’acceptation se méritait, comme si certains talents nous rendaient plus digne d’exister.

J’aspire au jour où les autistes pourront être soi, simplement. Que le simple fait de respirer, d’être en vie, sera légitime et suffisant pour être considéré comme un humain à part entière. Qu’on cherchera à comprendre plutôt qu’à corriger, enrayer ou guérir certains comportements. Qu’on pratiquera l’empathie, la bienveillance à l’égard des autistes qui sont en détresse.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que tu es magnifique quand ta joie est débordante. Quand tu sautilles, virevolte et tourne. Quand tes mains battent rapidement et calquent les ailes d’un papillon. Ne laisse personne te dire le contraire. Ne laisse personne te prendre cette joie de vivre, cette spontanéité, cet élan naturel qui te rendent si vivant intérieurement.

J’aimerais que tu saches que tu n’es pas obligé de regarder dans les yeux quand on te parle. Je sais que tu écoutes et que tu comprends. Je sais aussi que c’est difficile, même douloureux pour toi d’avoir un contact visuel. Je sais aussi que tu n’es pas hypocrite, ni menteur et que tu n’as rien à cacher. Ne laisse pas les gens te dénaturer.

En attendant, que tu sois un enfant ou un adulte, j’aimerais que tu saches que ton besoin d’ordre est correct. Tu as le droit d’aligner tes voitures, tes dinosaures, tes oursons en peluches. Tu peux jouer comme bon te semble, aussi longtemps que tu en as besoin. Tu peux calculer l’espace entre les cintres dans ta garde-robe, tu peux même compter tes bas et les placer à leur endroit bien précis avant de t’endormir. Cela te fait du bien, fait-le.

J’aimerais que tu saches que tu as le droit de ne pas parler. Je sais combien c’est énergivore. Tu n’es pas obligé d’aller socialiser à la récré, aux pauses, au diner. Tu n’es pas bête ni stupide ni sauvage. Tu as le droit d’écrire derrière ton ordinaire tes états d’âme, de libérer ces mots que tu retiens ou qui sont incapables de sortir de ta bouche en présence de gens.

J’aimerais que tu saches que tout comme toi, je me balance pour me calmer, pour me concentrer. Je me prends la tête quand tout semble glisser sous mes pieds et que mon cerveau s’échappe, éclate en mille morceaux. Tu n’es pas fou, ni névrosé. Ce que tu ressens est permis.

J’aimerais que tu saches que tu n’es pas seul. Il n’y a rien de mal avec ce que tu es.

Ne laisse jamais personne te prendre la liberté de ton cœur.

 

Mélanie Ouimet

 

 

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