Être autiste Asperger n’est pas plus facile qu’être autiste de Kanner (Fin)

Pour la majorité des gens, lorsqu’un autiste ne s’exprime pas verbalement, c’est signe d’un autisme véritable, celui profond, celui que l’on doit traiter.

 

Dans la première partie, je mentionnais que nous étions une famille très atypique. Dans celle-ci, nous avons un petit garçon autiste typique (Kanner, classique, prototypique) ” sévère “.

Un petit enfant qui était bien ancré dans son monde imaginaire, dans « sa bulle ». Non verbal, avec sa manière particulière de nous prendre la main pour nous communiquer ses besoins. Ces effondrements autistiques incessants. Ces épisodes d’automutilation et d’incompréhension. Ce petit garçon dont on pourrait craindre fortement pour son autonomie future, sur sa véritable qualité de vie.

Ce petit bonhomme âgé de 5 ans évolue à son propre rythme. Il ne sait toujours pas compter jusqu’à 10 et ne connait toujours pas son alphabet. Il sait maintenant communiquer avec nous verbalement, avec un beau petit vocabulaire tout simple, bien à lui. Les mots sortent parfois difficilement, surtout lorsqu’il parle rapidement, sa dyspraxie verbale vient jouer les troubles fête ! Le jaune, l’orange et le rouge s’entremêlent encore dans sa tête, tout comme le bleu marin, le noir et le brun. Il ne joue pas au ballon. Il ne comprend pas les jeux de rôle et et les sports d’équipe. Il ne construit pas d’animaux avec sa pâte à modeler, il la manipule, l’écrase et l’étire.

Il porte des souliers à velcros…quand il en porte. Il ne va pas seul aux toilettes et fait encore pipi au lit, parfois 2 fois par nuit. Il fait aussi pipi dehors, n’importe où. Il ne chante pas. Il ne sourit pas devant la caméra (sauf si vraiment, on le fait rire!). Il ne dit pas bonjour, ni merci. Il mange peu et sort de table sans permission. Il s’endort avec maman et dort avec papa. Il fait des crises, donne des coups de pieds, frappe et s’effondre par terre encore plusieurs fois par jour. Il n’apprend pas de manière conventionnelle, le système scolaire, ce n’est pas pour lui. Il ne supporte pas les bruits forts inattendus. Il se désorganise complètement en sorties.

Un petit garçon autiste prototypique qui apprend à son propre rythme, d’une manière atypique.

Les conventions, les normes sociales, les standards font en sorte que ces enfants sortent complètement du cadre, bouleverse nos croyances, nous effraient, nous remettent en doute constamment. La société nous pousse en tant que parent à agir vite avant qu’il soit trop tard. Mais agir comment et pourquoi? Si pressé, on en oublie l’humain derrière ainsi que ses capacités innées.

A l’inverse du syndrome d’Asperger pour lequel j’avais envie de vous montrer les difficultés invisibles, ici, j’ai envie de vous montrer les forces, parfois invisibles surtout en bas âge chez un autiste prototypique.

Mon petit bonhomme crée des constructions Lego fantastiques, hors du commun. Il sait reconnaître sur papier plusieurs espèces complexes dinosaures lorsqu’on lui nomme leur nom. Il connait le nom de tous les outils de papa et il sait se servir de certains d’entre eux (sous supervision!) Il est passionné par les fils, les câbles, les vis, les boulons, etc. Il sait maintenant comment fonctionne un circuit électrique simple. Il sait reconnaître les grenouilles, les crapauds et les rainettes, tout comme les sauterelles, les menthes religieuses et une panoplies d’autres insectes. Et il leur construit des habitats. Il est un pro de Mario car à la WII. Il sait pointer le Québec, le Canada, la Chine, la Russie, l’Australie et l’Antarctique sur le globe. Il sait comment se forme les orages. Il reconnait les planètes. Il adore ses animaux et peut en prendre soin.

Il n’y a pas de « bons » ou de « mauvais » apprentissages, ni d’ordre dans lequel ils doivent se faire. Dans notre société, nous avons tendance à uniformiser les compétences et les acquis des enfants. Pourtant, chaque enfant est unique et a son propre rythme, qu’il soit autiste ou non. À force d’insister et de diriger les apprentissages, nous risquons d’éteindre la curiosité naturelle et les apprentissages spontanés de ces enfants.

Pour les enfants autistes, plus particulièrement les prototypiques qui sont davantage perceptifs, nous risquons de perdre le cap sur les intérêts spécifiques et par conséquent, sur leurs forces naturelles. Ce sont surtout ces autistes qui ont subi de mauvaises thérapies ce qui a nuit considérablement au développement de plusieurs d’entre eux. Le manque de connaissance en autisme conduit encore aujourd’hui, plusieurs autistes à avoir des problèmes de comportements et un retard intellectuel acquis.

Les besoins et les apprentissages des autistes sont complètement différents de ceux des non autistes. Et on doit en tenir compte dans nos approches. Nous devons cesser de « faire n’importe quoi, n’importe comment » parce que des spécialistes en autisme non autistes le recommandent sans comprendre comment fonctionne le cerveau des autistes.

Avoir des manifestations comportementales de l’autisme n’est pas un signe d’un véritable autisme. Et à l’inverse, ce n’est pas parce qu’un autiste semble bien fonctionner vu de l’extérieur qu’il n’a pas de grands défis à surmonter au quotidien. L’important n’est pas de rendre l’autisme invisible mais bien de s’assurer que la personne a tous les outils nécessaires pour communiquer ses besoins et pour bien comprendre comment fonctionne son cerveau pour éviter l’épuisement mental.

Que la personne autiste soit Asperger ou prototypique, peu importe son « degré de sévérité » attribué, il est essentiel de respecter le fonctionnement de la structure de pensée des autistes. Il est essentiel que les « interventions » soient adaptées au cerveau autistique.

Que l’autisme soit « invisible » ou « plus apparent » ne dit absolument rien sur les véritables difficultés que rencontre la personne autiste. Il ne faut jamais se fier aux apparences extérieures pour se faire une idée des difficultés de la personne autiste, qu’elle soit Asperger ou prototypique.

 

 

Partie 1 : http://neurodiversite.com/etre-autiste-asperger-nest-pas-plus-facile-que-detre-autiste-de-kanner-partie-1/

3 Comments

  1. Bonjour,

    Bel article.
    Pouvez-vous expliciter ce que vous entendez par “les autiste prototypiques sont davantage perceptifs?” Merci

  2. @Claire: Je pense que cela veut dire que non seulement certains de leurs sens sont plus aiguisés que la moyenne, ils perçoivent le tout de manière intense et sont donc plus à même de reconnaître ou d’identifier des détails et des liens entre eux.

  3. Mon fils Mehdi est autiste il a 36 ans ! J’en ai souffert faute de ne pas savoir comment m’y prendre dans un pays comme le mien l’Algerie qui manque de spécialistes et de structures adéquates !
    J’ai fait contre mauvaise fortune bon gré la patience aidant !
    J’ai créé un espace école de vie à mascara sous la forme associative il y vit et semble s’y plaire dans ce milieu àvec toute une famille et d’autres enfants !

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