Le cirque de l’autisme

Le livre L’intervention précoce pour enfants autistes du Dr. Laurent Mottron lancé récemment remet en doute les idées reçues sur l’autisme et plus particulièrement, sur les thérapies comportementales intensives visant, à priori, à apprendre de nouveaux comportements et habiletés aux jeunes enfants autistes.

Au-delà du fait que ce livre refonde entièrement les idées reçues sur l’autisme; au-delà du fait que Laurent Mottron soit un homme exceptionnel ayant su voir les autistes comme des humains à part entière avec leurs différences neurologiques; au-delà du fait qu’enfin un grand chercheur ait l’audace de publier un livre affirmant que l’autisme n’est pas une maladie à guérir et remettant en doute les interventions précoces faites sur les enfants autistes, ce livre me bouleverse complètement.

Je me demande comment nous avons pu nous rendre là. Comment avons-nous pu commettre tant d’erreurs? Comment a-t-on pu tirer des conclusions aussi erronées en se basant uniquement sur des observations? Comment avons-nous pu faire subir tant de traitements monstrueux à des êtres humains? Comment avons-nous pu condamner des milliers de vies humaines à la souffrance? Comment l’humanité a-t-elle pu manquer d’humanité à ce point?

Aujourd’hui, nous assistons au cirque de l’autisme. Une maladie, un trouble élaboré de toutes pièces. Des psychanalystes, des psychiatres, des chercheurs, des scientifiques, des organismes, des parents d’enfant «atteints» unissent désespérément leurs forces pour trouver du financement afin de combattre ce mal terrible. Un fléau épidémique dont la croissance est si fulgurante qu’elle surpasse l’augmentation du cancer, du SIDA et du diabète réunis!

Le cirque de l’autisme émane des campagnes de peur et de propagande, et sème la terreur dans les familles en laissant derrière lui des idées erronées et scandaleuses sur l’autisme.

Un cirque où on raconte un peu partout sur les tribunes médiatiques l’histoire de parents martyrs vis-à-vis la souffrance de leur enfant; où on expose publiquement des enfants autistes pour montrer leurs comportements désobligeants, leurs maniérismes, leurs bizarreries, leurs jeux obsessifs, leurs crises, comme des bêtes de foire. Le tout, en applaudissant leurs «exploits».

À force de rejet, d’acharnement, de tentatives de guérison, nous avons fait en sorte que les autistes deviennent, pour certains, des personnes inaccessibles, solitaires, prisonnières de leurs pensées et de leurs angoisses. Nous avons redéfini les autistes en tant que personnes souffrantes et incapables d’auto-détermination.

Ces observations ont été faites par des humains dépourvus d’humanité, dépourvus de tolérance, dépourvus de sens critique et enfermés dans leurs interprétations techniques; ils ont commis le plus grand artéfact scientifique: ils ont omis la personne derrière les caractéristiques. Ils ont omis l’intérieur, ils ont omis les émotions, les pensées. Ils ont omis la nature humaine.

«Des observations ont été faites, des standards ont été posés et une maladie a été inventée: l’autisme.»
Cette bêtise laisse derrière elle des milliers de personnes blessées, des milliers de personnes en souffrance, des milliers de personnes internées, soumises à des traitements abominables. Des milliers d’enfants que l’on tente de normaliser à tout prix. Des milliers d’enfants soumis à des thérapies comportementales non éthiques. Des milliers d’enfants qui subissent au quotidien une violence banalisée.

Nous assistons au paradoxe de l’autisme: ces êtres humains qualifiés d’asociaux et d’apathiques ont subi de multiples mauvais traitements de la part de personnes dites normales, humaines, empathiques et sociales.

Voici ce qu’est en réalité le scandale de l’autisme.

D’une manière simpliste, tout ça pourquoi? Parce que des enfants communiquent différemment? Parce que des enfants s’expriment différemment? Parce que des enfants jouent différemment? Parce que des enfants pensent différemment? Parce que des enfants ressentent la vie de manière différente?

Et un jour, on a décidé que cette différence normale était devenue une maladie mentale, un trouble psychiatrique, puis un trouble neurologique.

Est-ce notre incompréhension de la différence qui nous a enfermés derrière nos œillères dans une fausse normalité inventée et imposée de toutes pièces?

Des observations ont été faites, des standards ont été posés et une maladie a été inventée: l’autisme.

Aujourd’hui, derrière le cirque autistique, des humains se battent pour leur reconnaissance positive en tant qu’individus, au-delà de toute particularité neurologique.

 

Mélanie Ouimet

Lien vers le Huffington Post

http://quebec.huffingtonpost.ca/melanie-ouimet/le-cirque-de-lautisme_b_10926266.html

2 Comments

  1. Quel texte fabuleux! Bien écrit! Bien senti!
    Preuve d’un humanisme bien assumé! Inspirant!
    Si tous pouvaient aussi bien réfléchir…

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